HISTORIOGRAPHIE DE L INQUISITION XI
par ces mots prophétiques : « Leurs cendres ne se refroidiront plus ; le vent les portera dans tous les pays. L'été est à nos portes; l'hiver a fui; les douces petites fleurs commencent à se montrer. Et celui qui a entrepris cette chose,, saura bien la mener à bonne fin! Amen. » A partir de cette « chanson nouvelle » de Luther, c'est un déchaînement par toute l'Europe contre l'Inquisition, dans les chants et les pasquilles des luthériens allemands, des huguenots français, des Gueux des Pays-Bas, des Calvinistes de Genève, des Puritains d'Ecosse et d'Angleterre. Le flot monte et envahit la littérature : Érasme, Rabelais,. William Tyndale, Marnix de Sainte-Aldegonde, Fischart^ Hans Sachs, tant d'autres encore, prosateurs et poètes,, burinent des jugements indignés contre l'Inquisition et les inquisiteurs. On en veut surtout à l'Inquisition espagnole. Le volumineux et docte pamphlet du protestant espagnol Reginaldus Gonsalvius Montanus, ou plutôt Raimond Gonzalès de Montés, qui s'était échappé des prisons du Saint-Office de Séville en 1558, fut publié à Heidelberg en 1567 sous le titre de Sanctœ Inquisitionis Hispanicœ ailes aliquot detectœ et palam traduclœ, où l'auteur flétrit toute la procédure du Tribunal du Saint-Office d'Espagne. Ce livre fut, moins de deux ans après, traduit en français, en allemand, en anglais et en néerlandais ; il a fait le tour de l'Europe. C'est la période de l'invective, qui se poursuit au xvne siècle dans le camp protestant et à laquelle le catholicisme oppose un redoublement d'apologies cauteleuses ou brutales comme celles de l'italien Paolo Sarpi, de Bossuet dans son débat avec l'évêque de Montauban, du sicilien Antonino Diana, conseiller du Saint-