XII HISTORIOGRAPHIE DE L INQUISITION
Office, de l'espagnol François Pena, de César Caréna, etc.
En 1692, un livre, publié à Amsterdam, prélude enfin à étude scientifique de l'histoire de l'Inquisition (1). C'est un in-folio de plus de 800 pages, intitulé « Philippi a Limborch Historia Inquisitionis..., cui subjungitur Liber Sententiarum Inquisitionis Tholosanœ, ab anno Christi 1307 ad annum 1323 ». L'auteur, ministre protestant de la secte dissidente des Remonstrants, dédie son livre au primat de l'Église anglicane, l'archevêque de Canterbury. Il déclare ne s'appuyer que sur les bulles des papes, sur les écrits et les actes émanés des inquisiteurs eux-mêmes ; et il tient parole. Il trace d'abord une esquisse, aujourd'hui encore fort utile, de l'histoire de l'Inquisition, exposant successivement ses origines et ses progrès dans les différents pays catholiques, surtout dans le midi de la France, en Espagne et dans les colonies espagnoles; puis il passe en revue le personnel du redoutable tribunal, les crimes qui y ressortissent, la procédure et les supplices. Mais la partie la plus précieuse de cette œuvre vraiment érudite pour le temps est ce Liber Sententiarum de l'Inquisition de Toulouse de 1307 à 1323, document inédit, d'une valeur inappréciable, dont l'original semble perdu et dont la provenance n'est pas indiquée par l'auteur, qui se borne à dire que son possesseur le lui a gracieuse-
(1) Déjà, en 1649, un autre auteur hollandais, Marcus Zuerius van Boxborn, avait publié à Leide, sous le nom de Nederlantsche Historié, un tableau des persécutions religieuses dans les Pays-Bas depuis l'an 1000 jusqu'à Charles-Quint, en s'appuyant sur les chroniques et les documents contemporains. On trouve un exposé plus complet encore dans l'ouvrage du pasteur G. Brandt, Historié der Meformatie (t. i, Amsterdam, 1671; 2e édition revue et augmentée en 1677).
HISTORIOGRAPHIE DE L'iNQUISITION XIII
ment confié pendant quatre ans pour le copier et l'étudier soigneusement.
Limborch donne une description détaillée du manuscrit, de sa reliure, des signatures des notaires, etc. ; dans son texte, il a noté l'indication des folios de l'original et en a conservé scrupuleusement l'orthographe. Il souhaite, dit-il, de voir déposer dans une bibliothèque publique un trésor aussi important, menacé d'être perdu à jamais, si son possesseur doit avoir des héritiers moins intelligents que lui ; ce qui paraît malheureusement s'être réalisé, car le manuscrit n'a pas été retrouvé jusqu'à ce jour.
C'est à juste titre que Limborch présente sa trouvaille au lecteur par ces mots un peu emphatiques : « Ecce tibi librum qualemtypiseditumhactenus non vidit Christianus orbis. » En effet, ce Liber Sentenciarum est le point de départ et la base de toutes les recherches vraiment scientifiques sur l'Inquisition dans le Midi de la France, où elle a été si vivace.
Le tableau que Limborch avait le premier tracé de l'histoire et des procédés de l'Inquisition, fut repris par la plupart des auteurs qui traitèrent le même sujet au xvme siècle, par exemple par l'anglais J. Baker (1736), qui se borna à y ajouter des exemples et rlpp piecdotes ef^ frayantes, et dont l'ouvrage fut aussitôt traduit m aUe= mand, à Copenhague, en 1741 . Mais presque en même temps que l'ouvrage de Limborch, à une année de distance (1693), avait paru à Cologne (Paris) une Histoire de V Inquisition et de son origine, écrite par un prêtre français, l'abbé Jacques Marsôlîièr, chanoine d'Uzès, qui, tout en reven-