‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 66 sur 551 · DÉGRADATION DES MOINES · texte numérisé non relu

DÉGRADATION DES MOINES

nication, l'achetable seulement par de grosses amendes, sur ceux qui se trouvaient placés ainsi, sans qu'il y eût de leur faute, en état de contumace, et cela souvent sans même essayer de savoir si les parties avaient été réellement citées! Pour estimer à leur juste valeur les souffrances et les persécutions ainsi infligées à la société laïque, nous devons nous rappeler que l'instruction et la connaissance des affaires étaient alors presque un privilège de la classe ecclésiastique, dont l'intelligence aiguisée pouvait tirer les plus grands avantages de l'état d'ignorance et d'impuissance où se débattaient ses adver" saires éventuels (1).

Les ordres monastiques formaient une classe trop nombreuse et trop importante pour ne pas partager pleinement, en bien comme en mal, les responsabilités de l'Église. Quelques grands services qu'ils rendissent à la religion et à la civilisation, ils étaient particulièrement exposés aux influences dégradantes de cette époque et leurs vertus en étaient profondément atteintes. Au siècle où nous sommes, ils obtinrent progressivement 35 d'être exemptés de la juridiction épiscopale et d'être placés sous le contrôle immédiat de Rome. Ce fut là une cause efficace et inévitable de la décadence morale des couvents. Richard, archevêque de Canterbury, se plaignait amèrement à Alexandre 111 du relâchement introduit ainsi dans la discipline monastique; mais ses plaintes restèrent sans effet. Ces mesures abaissaient l'épiscopat, mais elles augmentaient, directement et indirectement, l'autorité du Saint-Siège, en lui assurant de puissants alliés dans ses luttes contre les évêques; c'était, en outre, une source de revenus, si nous devons en croire l'abbé de Malmesbury, qui se vantait d'être exempté de la juridiction de l'évêque de Salisbury moyennant le paiement, à Rome, d'une once d'or par an.

Dans un trop grand nombre de cas, les abbayes devinrent ainsi des foyers de corruption et de troubles; les couvents de femmes ressemblèrent à des lupanars et les monastères

(1) Concil. ap. Gampiniacum, unn. 1238, a 1,6.

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