‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 68 sur 551 · RECRUTEMENT DES ORDRES · texte numérisé non relu

RECRUTEMENT DES ORDRES

Cela n'a rien d'étonnant si l'on tient compte de la manière dont les Ordres étaient recrutés. Césaire de Heisterbach, bien qu'admirateur enthousiaste de la règle cistercienne, affirme comme un fait avéré que les garçons élevés dans les monastères devenaient de mauvais moines et souvent même des apostats. Quant à ceux qui prononçaient des vœux à un âge plus avancé, les motifs de leur résolution étaient la maladie, la pauvreté, la captivité, l'infamie, le péril de mort, la crainte de l'enfer ou le désir du ciel, tous motifs égoïstes dont on ne devait pas attendre grand bien. Césaire ajoute que les criminels échappaient souvent au châtiment en se faisant admettre dans des monastères, qui devenaient ainsi des espèces d'établissements pénitenciers ou de prisons. Il cite à ce propos le cas d'un baron pillard qui, en 1209, condamné à mort par le comte palatin Henry, fut sauvé par Daniel, abbé de Schonau, à la condition qu'il entrât dans l'Ordre cistercien. Le concile de Palencia, en 1429, prescrivit formellement que tous les ravisseurs de femmes, tous ceux qui auraient assailli des clercs, des pèlerins, des moines, des voyageurs et des marchands, fussent exilés ou enfermés dans des couvents.

Une autre classe guère plus estimable de moines étaient ceux qui, sous l'impulsion d'un remords subit, se détournaient d'une vie entachée de crimes et de violences, pour s'ensevelir dans un cloître, alors qu'ils étaient encore en possession de toute leur force physique et tourmentés de passions violentes. Les chroniques sont pleines d'exemples d'hommes énergiques, n'ayant jamais appris à refréner leurs instincts brutaux, qui, sous l'habit du moine, étonnent le monde par leur férocité et leurs excès. En 1071, Arnoul III de Flandres tombe à Montcassel en défendant ses domaines contre son oncle Robert le Frison. Gerbald, le chevalier qui avait tué son suzerain, fut pris de c? remords et partit pour Rome, où il se présenta à Grégoire VII, demandant qu'on lui coupât les mains en expiation de sa faute. Grégoire consentit et ordonna à son chef cuisinier de procéder à l'exécution; toutefois, il le fit secrètement avertir que si Gerbald retirait ses mains en présence de la hache levée, il

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