MOINES AVIDES ET VOLEURS
devait le frapper sans merci, mais que, si le pénitent ne bronchait pas, il devait lui annoncer sa grâce. Gerbald ne broncha pas. Le pape lui déclara alors que ses mains ne lui appartenaient plus, mais qu'elles appartenaient à Dieu,et l'envoya à Cluny sous la direction du saint abbé Hugues. C'est là que le fier guerrier termina paisiblement ses jours. Mais il arrivait trop souvent que ces âmes indomptées, une fois l'accès de remords passé, reprenaient leurs habitudes de violence, au grand détriment de la paix intérieure des cloîtres et de la sécurité de leurs voisins (1).
Parmi les foules composites qui remplissaient les monastères, il était impossible de maintenir cette communauté des biens qui était l'essence de la règle de saint Benoît.
Grégoire le Grand, étant abbé de Saint-André, refusa les dernières consolations de la religion à un Frère mourant et maintint son âme pendant soixante jours dans le Purgatoire, parce qu'on avait trouvé trois pièces d'or dans ses vêtements. Plus tard, cependant, les bons moines de Saint-André de Vienne crurent nécessaire d'adopter une constitution qui écartait, comme sacrilège et voleur, tout Frère surpris à dérober des vêtements au dortoir, des coupes ou des plats au réfectoire, et menaçant de faire appel à l'intervention de l'évêque si pareil scandale venait à continuer. Dans l'abbaye de Saint-Tron, vers 1200, chaque moine avait un placard fermant à clef, derrière le siège qu'il occupait au réfectoire; il y renfermait avec soin sa serviette, sa cuillère, son assiette et sa coupe, afin de les soustraire aux mains de ses commensaux. Au dortoir, c'était encore pis. Ceux qui pouvaient se procurer des coffres y serraient, au moment du lever, leurs vêtements de nuit ; mais ceux qui ne pouvaient pas se plaignaient sans cesse d'être volés (2).
La fâcheuse réputation des moines était encore aggravée par le nombre des gyrovagi, des sarabaitae et des stertzer, vagabonds et mendiants, barbus et tonsurés, qui pénétraient, sous
(1) Cœsar. Heisterbac, Dial. Mirar. dist. t, cap. 3, 24, 31. — Cor.cil. Palentin. ann. 1129, cap. xii (Uard. Vi, n, 2054). — HisL Monast. Andaginens. cap. 34.
(2) Gregor. PP. I, Dialog. iv, 55. — D'Achery, Spicileg. m, 382. — Chron. S. Trudon. lib. vi.