‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 71 sur 551 · DANGER DES RICHESSES · texte numérisé non relu

DANGER DES RICHESSES

occupants du célèbre prieuré de Grammont, alors qu'il n'était pas encore devenu la tête d'un ordre puissant. Quand le fondateur et premier prieur, saint Etienne de Thiern, mort en 1124, commença à donner des preuves de sa sainteté en guérissant un chevalier paralytique et en rendant là vue à un aveugle, ses candides compagnons prirent peur à l'idée de l'opulence et de la notoriété mondaine dont ils se trouvaient menacés bien 39 malgré eux. Le successeur d'Etienne, le prieur Pierre de Limoges, se rendit sur sa tombe et lui adressa ces paroles pleines de reproches : « 0 serviteur de Dieu, tu nous as montré le chemin de la pauvreté et tu as fait effort pour y guider nos pas. Maintenant, tu veux nous détourner de la voie droite et étroite du salut vers la route large de la mort éternelle. Tu as prêché la solitude, et maintenant tu. veux convertir notre solitude en une place de marché et de foire. Nous croyons déjà suffisamment à ta sainteté. Gesse donc d'opérer des miracles pour l'attester, car tu détruirais en même temps notre humilité. Ne sois pas jaloux de ta propre gloire au point de négliger notre salut ; nous l'exigeons de toi, nous l'attendons de ta charité. Si tu agis autrement, nous déclarons, au nom de l'obéissance que nous t'avons vouée, que nous déterrerons tes ossements et les jetterons dans la rivière. » Ce mélange de prières et de menaces produisit l'effet désiré et saint Etienne, jusqu'à sa canonisation, cessa d'opérer des miracles si dangereux pour les âmes de ses successeurs. Sa canonisation, qui eut lieu en 1189, fut le premier acte officiel du prieur Girard, qui la demanda à Clément III, et comme Girard avait été élu contre deux concurrents écartés par l'autorité pontificale, après des dissensions qui avaient presque ruiné le monastère, nous voyons que les passions et les ambitions mondaines avaient dès lors envahi la sainte retraite de Grammont et produisaient, là comme ailleurs, leurs funestes effets (1).

(1) Brevis Hist. Frior. Grandimont. — Stephanï TVrnacens. EpUt. H5, 152, 153, 156, 162. A l'appui de la crainte du prieur Pierre, que le couvent ne devînt un marché et une loire, on peut rappeler la plainte du Concile de Béziers en 1233. Beaucoup de maisons religieuses avaient pris l'habitude de vendre leur vin au

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