PÉNITENCES ILLUSOIRES
et à' Ave, jointe au sacrement magique de la pénitence. Bien plus, si le pénitent lui-même ne voulait pas se soumettre à ces pratiques, il pouvait en charger des amis, dont les mérites acquis de la sorte étaient comme reportés sur lui par une espèce de jonglerie sacrée. Lorsqu'une réunion d'hommes, préparant les Pâques, recevaient en bloc la confession ou l'absolution, ce dont les prêtres négligents et paresseux ne se faisaient pas faute, le sacrement de la pénitence n'était plus qu'une incantation magique, où la condition intérieure de l'âme était chose à peu près indifférente (4).
Plus utile encore à l'Église, et tout aussi désastreuse par son influence sur la foi et la morale, était la croyance, alors si répandue, que les libéralités posthumes t par lesquelles un pécheur fondait un couvent ou enrichissait une cathédrale, pouvaient compenser une longue vie de cruautés et de rapines; qu'un service de quelques semaines contre les ennemis du pape 41-3 pouvait effacer tous les péchés d'un homme qui prenait la croix pour exterminer ses frères chrétiens. L'usage, ou plutôt l'abus des indulgences, est un sujet qui mériterait une longue étude; nous devons nous contenter ici d'en indiquer les éléments, en vue des allusions fréquentes que nous serons amenés à y faire plus loin (2).
L'indulgence, à l'origine, était simplement le rachat d'une pénitence, la substitution de quelque œuvre pie — telle qu'une libéralité envers l'Église — aux énormes périodes de pénitence que les Pénitentiaux imposaient pour le rachat de chaque faute individuelle. C'était donc, en réalité, une indulgence lorsque Guido, archevêque de Milan, s'imposa en 1059 une pénitence d'un siècle, pour expier une rébellion contre le Saint-Siège, et la racheta par le payement d'une somme annuelle. L'indulgence plénière, ou rémission de tous les péchés, a pour prototype la
(1) Pétri Exoniens. Summa exigendi confess. ann. 1287 (Harduin. vn, 1128). — Cœsar. Heisterbac. Dial. Mirac. dist. m, cap. 45. — Martène, Ampliss. Coll.
(2) Voir Lea, A history of confession and indulgences, 3 vol. Londres, 1896. [Ce qui suit est traduit sur quelques pages manuscrites communiquées par Pauur et qui doivent remplacer les p. 41-43 t!e l'édition originale.]