RACHAT DES VOEUX DES CROISÉS
en avertissant son légat que de pareils malfaiteurs ne devaient pas être protégés (1).
Des récompenses plus grandes encore furent offertes par la papauté lorsque l'ambition et la rancune personnelles du pontife étaient en jeu. Quand Innocent IV, après la mort de Frédéric II, prêcha une croisade dirigée contre Conrad IV, il accorda à ceux qui y participeraient une plus large rémission de péchés que n'en comportait un voyage en Terre Sainte et déclara que le père et la mère du Croisé jouiraient aussi de l'indulgence divine. Lorsqu'un Croisé ne voulait pas accomplir son vœu ou en était empêché, il pouvait se racheter en payant une somme en rapport avec sa valeur militaire présumée. La cour romaine se procura ainsi beaucoup d'argent, qui dut être dépensé — on le prétendait du moins — au profit de la sainte cause.
Ce système lucratif ne cessa de se développer jusqu'à ce qu'on vînt à l'employer dans les plus petites querelles des papes, en tant que maîtres du patrimoine de St-Pierre. Si Alexandre IV en usa avec succès contre Eccelin da Romano, le siècle suivant vit Jean XXII y recourir, non seulement pour faire la guerre à des antagonistes formidables comme Matteo Visconti et le marquis de Montefeltre, mais même lorsqu'il voulut réduire les citoyens révoltés de petites localités, comme Osimo et Recanati dans la marche d'Ancône,ou le peuple turbulent de Rome même. 45 L'ingénieuse méthode consistant à accorder des indulgences à ceux qui prenaient la croix, puis à les exempter du service pour de l'argent, avait fini par paraître trop compliquée, et l'achat du salut fut simplifié au point d'être réduit à un paiement direct. Ainsi le pape Jean trouva moyen de subvenir aux frais de ses guerres privées en distribuant au monde chrétien le trésor de salut et en ordonnant aux évêques d'établir partout des troncs, afin que les fidèles pussent venir en aide à l'Église, tout en sauvant leurs âmes. Les évêques, qui voyaient avec regret les deniers de leurs paroissiens disparaître dans le gouffre
(1) Concil. Turon. ann. 1236, c. i.— Établiss. de Saint Louis, i, 84.— Berger, Reg. d'Innocent IV, n° 2230.