MARCHANDS D 'INDULGENCES
insatiable du Saint-Siège, essayèrent vainement de résister. Ils n'étaient plus indépendants et les faibles barrières qu'ils cherchaient à élever étaient balayées aussitôt (1).
46 Un système plus démoralisant encore consistait dans l'envoi de quaestuarii ou marchands d'indulgences, quelquefois munis de reliques, par une église ou un hôpital en quête de fonds. Us n'avaient souvent, pour tout bagage, que des lettres pontificales ou épiscopales, les autorisant à remettre les péchés moyennant des contributions à l'œuvre. Bien que la rédaction de ces lettres fût sage et prudente, elles étaient cependant assez ambiguës pour que leurs porteurs se crussent permis de promettre, non seulement le salut des vivants, mais la libération des damnés détenus en enfer, le tout pour quelques pièces de monnaie. Dès 1215, le concile de Latran s'élève amèrement contre ces pratiques et interdit d'enlever les reliques des églises ; mais l'abus était d'un trop bon rapport pour être facilement supprimé. Des évêques et des papes, en mal d'argent, émettaient continuellement de pareilles lettres et le métier de marchand d'indulgences devint une profession régulière, où, naturellement, les plus impudents réussissaient le mieux. Nous en croyons volontiers le pseudo Pierre de Pilichdorf, lorsqu'il avoue tristement que la remise « indiscrète », mais lucrative d'indulgences à toute sorte de gens, affaiblissait la foi de bien des catholiques en l'Église elle-même. En 1261, le concile de Mayence ne peut pas trouver de mots assez énergiques pour dénoncer la peste des marchands d'indulgences, dont les escroqueries excitent la haine des hommes, qui dépensent ce qu'ils gagnent dans la plus vile débauche, qui trompent les fidèles au point que ceux-ci négligent de se confesser, sous prétexte qu'ils ont déjà acheté la remise de leur péchés. Mais ces plaintes furent inutiles et l'abus continua, sans empêchement, jusqu'au jour où il excita une indignation qui trouva un éloquent interprète en Luther.
47 Des conciles postérieurs à celui de Mayence ont dénoncé non
(I) Matt. Paris, Hist. Angl. ann. 1251 (p. 553, éd. 1644). - Chnn. Tnron. ann. 1226. — Joannis PP. XXII, lîegest. iv, 73, 74, 76, 77, 95, 97, 99. — Buluze et Mansi, Miscell. m, 242. — Concil. Ravennat. ann. 1314, c. 20.