RENAISSANCE DU DROIT ROMAIN
éludes; mais la preuve que d'autres sujets, plus dignes d'attention, n'étaient pas négligés et qu'on comprenait les dangers qu'ils récelaient pour l'orthodoxie, c'est qu'à diverses reprises la lecture des ouvrages d'Aristote fut prohibée par l'Université de Paris.
Plus menaçante encore pour l'Église était la renaissance du droit civil romain. Que cette renaissance ait été causée ou non par la découverte du manuscrit des Pandectes à Amalfif l'ardeur avec laquelle on en poursuivait l'étude, dès le milieu du xne siècle, dans tous les grands centres de savoir, est un fait historique incontestable. Les hommes s'aperçurent, à leur grand étonnement, qu'il existait un système de jurisprudence d'une simplicité et d'une rectitude merveilleuses, incommensurablement supérieur à la lourde confusion des lois canoniques et surtout à la barbarie des coutumes féodales. Ce système fondait son autorité sur l'idée de la justice immuable, représentée par 59 le Souverain, et non pas sur un canon ou une décrétale, sur les paroles d'un pape ou d'un concile ou même sur l'Écriture Sainte. La clairvoyance de saint Bernard n'était pas en défaut lorsque, dès 1149, il s'inquiétait de la situation de l'Église et se plaignait que les tribunaux retentissent de l'écho des lois de Justinien plutôt que de celui des lois de Dieu (1).
Pour comprendre pleinement l'effet de ce mouvement intellectuel sur les pensées et sur les sentiments du peuple, nous devons nous représenter un état social qui, à bien des égards, différait entièrement du nôtre. Ce n'est pas seulement que, dans les pays civilisés, des institutions bien assises ont rendu les hommes plus dociles aux lois et aux coutumes; mais la diffusion de l'intelligence et le progrès mental des générations ont fortifié le contrôle de la raison et diminué l'influence pernicieuse de ce qui est purement émotionnel et impulsif. Cependant, même
(1) Pelayo, ffeterodoxos Esj anoles, i, 4 5 (Madrid, 1880). — Pétri Venerab. O p. p. 650 sq. (éd. Migne). — F. Francisci Pipini Chron. cap. 16. — Rigord. De Gest. Phil. Aug. ann. 1210. — Concil. Paris, ann. 1210.— Gregor. PP. IX, Bull. Cuw salutem, 29, apr. 1231. — S. Bernardi De consid. lib. i, cap. 4. — Pour le respect presque religieux inspiré aux scholastiques du xne siècle par Aristote, voir le Metalogicus de Jean de Salisbury, lib. u, c. 16.