‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 93 sur 551 · QUESTION DES SACREMENTS · texte numérisé non relu

QUESTION DES SACREMENTS

Les hérésies antisacerdotales étaient dirigées contre les abus, tant de doctrine que de pratique, par lesquels le clergé avait fait effort pour établir sa domination sur les âmes. Un point qui leur était commun à toutes était le principe, renouvelé du Donatisme, que les sacrements sont souillés par des mains impures, de sorte qu'un prêtre, vivant en état de péché morte!, est incapable d'administrer les sacrements. Étant donnée la moralité générale du clergé d'alors, ce principe équivalait à l'exclusion de la grande majorité des prêtres et il constituait, entre les mains des hérétiques, une arme d'autant plus redoutable que le Saint Siège paraissait s'en être servi dans sa lutte contre le mariage des clercs. En 1059, le synode de Rome, a l'impulsion du pape Nicolas II, avait adopté un canon interdisant aux fidèles d'assister aux messes célébrées par des prêtros qui seraient connus pour entretenir une femme ou une concubine. Cela équivalait à inviter les ouailles à porter un jugement sur leurs pasteurs. Ce canon resta presque lettre morte pendant •3 quinze ans ; mais, en 1074, le pape Grégoire VII le renouvela et le mit en vigueur. Il en résulta une confusion effroyable, car les prêtres chastes étaient de rares exceptions. La lutte engagée à ce propos fut si violente qu'en 1077, à Cambrai, les prêtres mariés ou vivant en concubinage brûlèrent vif un malheureux qui soutenait fermement l'orthodoxie des rescrits pontificaux. Les ordres de Grégoire furent encore réitérés par Innocent II au concile de Reims en 4J31 et au concile de Latran en 1139; Gratien les introduisit dans la loi canonique, où elles subsistent encore aujourd'hui. Bien qu'Urbain II se fût efforcé d'établir que c'était là une simple question de discipline, et que la vertu des sacrements restait entière aux mains des plus coupables des prêtres, il était difficile que l'esprit populaire s'inclinât devant une distinction aussi subtile. Assurément, un savant théologien comme Geroch de Reichersperg pouvait déclarer qu'il ne faisait pas plus d'attention aux messes da prêtres vivant en concubinage qu'à des messes dites par des païens, et rester néanmoins impeccable dans son orthodoxie; mais pour des intelligences moins fermes dans leur foi, cette

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