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EXÉCUTION D' ARNAUD

ment populaire, le cardinal de Santa Pudenziana fut tué. Adrien IV, l'habile Anglais qui venait de monter sur le trône pontifical, saisit l'occasion aux cheveux et mit en interdit la capitale de la chrétienté tant qu'Arnaud n'en aurait pas été expulsé. La populace, épouvantée de la privation des sacrements à l'approche de Pâques, abandonna presque immédiatement Arnaud, qui dut se retirer dans un château de la campagne romaine, chez un seigneur de ses amis. L'année suivante, Frédéric arriva à Rome, après avoir conclu avec Adrien une convention qui impliquait le sacrifice d'Arnaud. Ses protecteurs, sommés de le livrer, obéirent. L'Église essaya de se soustraire à la responsabilité de sa vengeance; mais il n'est guère douteux qu'Arnaud ait été condamné régulièrement comme hérétique par un tribunal spirituel, dont il était seul justiciable, puisqu'il était dans les Ordres. Il fut ensuite livré au bras séculier. On lui offrit sa grâce s'il voulait rétracter ses erreurs, mais il refusa W obstinément et passa ses derniers moments en prières silencieuses. Les bourreaux eux-mêmes furent touchés jusqu'aux larmes par sa résignation; on eut la charité de le pendre avant de le brûler et l'on jeta ses cendres dans le Tibre pour empêcher le peuple de Rome de les conserver comme des reliques et de l'honorer comme un martyr. Frédéric Barberousse, dit-on, se repentit trop tard d'avoir sacrifié ce malheureux; peu de temps après, il eut bien des raisons de regretter la perte d'un allié qui aurait pu lui épargner l'humiliation amère de sa capitulation devant le pape Alexandre III (1).

Bien que l'influence immédiate d'Arnaud de Brescia ait été de courte durée, sa carrière fut importante en tant que manifestation des sentiments d'impatience qu'éveillaient, parmi les

(1) S. Bernardi Epist. 189, 195, 196, 243, 244. — Gualt. Mapes, De nugis enriaHum, dist. i, cap. xxiv. — Otton. Frisingens. De gestis Frid. i, lib. i, cap. 27; lit), h, cap. 20. — Harduin. Concil. vi, n, 1224. — Martène, Am/diss. Coll. h, 554-558. — Guntheri Ligurin. lib. m, 262-348. — Gesta di Federico I in Italia, descritti in versi latini da un anonimo con'emporaneo, Rome, 1887, p. 31-5. — Gerhohi Reic'iersperg. De innestig. Anlichristi, i. — Baronii Annal, ann. 1148, n° 38. — JalVé, Re>i st. n° 6445. — Vit. Adriani PP. ÏII (Muratori, m, 441, 442). — Seechsische Weltchronik, n° 301. — Cantu, Eretici d Italia, i, 61-63.— Tocco, Uhresia nel medio evo, p. 242, 243. — '-ornba, La ri forma in Italia, i, U3, 194-9. Bonghi, Arnaldo da Brescia, Città di Gastello, 1885.

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intellectuels, les envahissements et la corruption de l'Église. Arnaud avait échoué dans son entreprise ; il avait péri pour n'avoir pas exactement estimé les forces énormes coalisées contre lui ; mais, pourtant, son sacrifice ne fut pas entièrement inutile. Son enseignement laissa une trace profonde dans l'esprit de la population et ses successeurs, pendant des siècles, chérirent secrètement sa doctrine et sa mémoire. La curie romaine savait bien ce qu'elle faisait lorsqu'elle jetait les cendres d'Arnaud dans le Tibre, redoutant d'avance les effets de la vénération que le peuple ressentait pour son martyr. Des associations secrètes d'Arnaldistes se formèrent sous le nom de « Pauvres » et adoptèrent le principe que les sacrements ne pouvaient être administrés que par des mains vertueuses. En 1184, les Arnaldistes furent condamnés par le pape Lucius III au soi-disant concile de Vérone; vers 1190, Bonaccorsi y fait allusion et jusqu'au xvie siècle leur nom revient dans les listes d'hérésies proscrites par une succession d'édits et de bulles. Toutefois, nous avons une preuve de l'oubli où ils étaient tombés par un passage du célèbre glossateur Jean Andréas, mort en 1348; il remarque que le nom de la secte doit peutêtre s'expliquer par celui d'une personne qui l'aurait fondée.

Quand Pierre Waldo de Lyon essaya, d'une manière plus pacifique, de faire prévaloir les mêmes idées et que ses partisans devinrent les « Pauvres de Lyon », leurs frères italiens se montrèrent prêts à coopérer avec les nouveaux réformateurs. 7g Bien qu'il y eût quelques différences peu importantes entre les deux écoles, leur analogie était telle qu'elles se confondirent et que l'Église les enveloppa du même anathème. Une secte très semblable à celles-là était désignée sous le nom à'Umiliati; c'étaient des laïques ambulants qui prêchaient et recevaient des confessions, au grand scandale du clergé, mais sans être des hérétiques proprement dits (1).

(!) Lucii PP. III, Epist. 171. — Bonacursi Vit. Hxretic. (d'Achery, t. i, 214, 215). Constit. gênerai. Frid. ann. 12-20, § 5. — E.jusdem Constit. Ravenn. ann. 1232. — Conrad. Urspergens. ann. 1210. — Pauli ^Imilii De Reb. gestis Iran. lib. vi, p. 3:6 (éd. 1509). — Nicolai PP. III, Bull. Noverit Uwversitas, 5 mart. 1280. — Julii PP. II, Bull. Consueverunt, 1 mart. 1511.— Innocent. PP. III,

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