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tion apportée par le décret impérial et l'arrêté ministériel de 1862, consistait donc uniquement dans l'établissement et la détermination de relations officielles entre la crèche et l’Autorité. A ce dernier point de vue deux catégories de crèches étaient prévues : les crèches approuvées qui, sous les conditions portées au titre Il, pouvaient seules obtenir des subventions du Gouvernement, et les crèches privées qui, pour fonctionner, n'avaient besoin que des autorisations de police énoncées en titre Le": ces dernières avaient été prévues par le règlement afin de laisser toute latitude et toute indépendance à la bienfaisance désireuse de s'organiser et de s’exercer en dehors des attaches administratives.
Mais une revision de cette réglementation ne tarda pas à s'imposer. D'une part en effet, les changements survenus dans notre régime politique avaient rendu caduques certaines dispositions prescrites au titre I, notamment celles qui se rapportaient à l’intervention de l’Impératrice ; il en résulta dans la pratique que la distinction entre les crèches approuvées et les crèches simplement autorisées tomba en désuétude. D'autre part de nouvelles catégories de crèches se firent jour : crèches reconnues comme établissement d'utilité publique, crèches industrielles, crèches municipales, dont nous ferons plus loin une étude détaillée, et qui s’adaptaient difficilement au règlement de 1862, lequel ne les avait pas prévues. Enfin et surtout, les prescriptions hygiéniques fixées par le décret impérial et l’arrêté ministériel de
Or
1862, étaient bien vite devenues insuffisantes ; dès 1868, l’Académie de médecine, sur le rapport de M. Delpech, émettait plusieurs vœux concernant l'hygiène des crèches, et à mesure que les dangers dont l'enfance est menacée étaient mieux connus, les réclamations des hygiénistes se faisaient plus pressantes.
Rarporr DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ASSISTANCE PuBique. — Ce ne fut qu’en 1895 que le ministre de l'Intérieur chargea le Conseil supérieur de l’Assistance publique de reviser et de compléter la réglementation de 1862. Tout en laissant aux membres du Conseil une entière latitude, le ministre appelait particulièrement leur attention sur les questons relatives à l'hygiène et notamment sur les points suivants : «Le cube d’air fixé à 8 mètres par enfant est-il suffisant ? Les précautions pour éviter la contamination d’un enfant à l’autre ont-elles été toutes précisées ? Le mode d’alimentation est-il assez surveillé? Quelles preuves de capacité professionnelle doit-on exiger des personnes qui soignent les enfants ? »
Le Conseil supérieur renvoya à sa première section (services de l’enfance) les diverses questions qu'il était chargé de résoudre ; M. Eugène Marbeau fut chargé de faire le rapport. Les questions à examiner se divisaient en deux catégories: 1° Les relations des crèches avec l'Administration publique: autorisation, inspection, etc. ; 2° la tenue intérieure des crèches et les conditions d’hygiène qui doivent y
Thévenin 7
être observées. La première section du Conseil supérieur retint l'étude des questions administratives qui étaient de sa compétence et fitappel, pour étudier et déterminer les conditions relatives à l'hygiène, aux lumières spéciales du Comité consultatif d'Hygiène publique. Les délibérations du Comité consultatif furent résumées en un rapport lumineux et complet du D: Napias, alors inspecteur des services administratifs.
Le 10 mars 1897, M. Eugène Marbeau au nom de la première section présenta son rapport au Conseil supérieur qui, en même temps, avait sous les yeux le rapport rédigé par le D' Napias. Le Conseil consacra aux délibérations ses séances des 10 et 11 mars; il adopta, sur la proposition de son rapporteur, un projet de décret qui réglait les rapports des crèches publiques ou privées avec l'Administration et un projet de règlement ministériel qui traitait plus particulièrement des questions hygiéniques. M. Eugène Marbeau, en effet, s’était attaché à démontrer qu'il fallait éviter une réglementation excessive : GQuand il s’agit d'œuvres privées,comme le sont la plupart des crèches, disait-il, c’est par la voie de la persuasion qu'ilest sage d'agir: «Si vous prétendez diriger la main qui donne, répétait souvent le fondateur des crèches, cette main se fermera. » Les œuvres privées, fières de leurs bonnes intentions et de leur désintéressement, sont justement jalouses de leur indépendance. « Mais surtout dans notre pays, elles sont portées à
s’appuyer sur l'autorité publique et à se laisser gui-
der par elles. Elles suivront docilement ses conseils dès qu'elles seront bien convaincues que ces conseils sont inspirés par la bienveillance et par le désir d'obtenir des améliorations pratiques et réalisables. » Prescrire impérativement dans un décret toutes les conditions indispensables pour sauvegarder la santé des enfants, et renvoyer à de simples instructions ministérielles beaucoup de recommandations utiles qu’il n'est malheureusement pas toujours possible de suivre, qui peuvent varier avec les progrès de l'hygiène et qui sont mieux écoutées si elles sont présentées comme des conseils accompagnés d’explications plutôt que comme des prescriptions sèches et impératives, tels furent les vœux formulés par le rapporteur et approuvés par le Conseil supérieur de l’assistance publique.
Le Conseil termina sa délibération en adoptant, sur la proposition de M. Sabatier, inspecteur général des services administratifs, le vœu que des crèches soient annexées aux écoles normales de filles. afin que les futures instituirices apprennent à connaître théoriquement et pratiquement les éléments d’hygiène infantile pour pouvoir les enseigner ensuite à leurs jeunes élèves. Cette idée avait déjà élé émise au Congrès international d'Hygiène par le professeur Landouzy et le Dr Napias. Dans un rapport sur les mesures d'ordre législatif, administratif et médical prises dans les divers pays pour la protection de la santé et de la vie de la première enfance, MM. Landouzy et Napias demandaient, entre autres choses,
que les élèves des écoles primaires supérieures de filles, fussent, à tour de rôle, attachées à des crèches bien tenues pour y apprendre les soins à donner à l'enfance. Ils purent convaincre M. Paul Brousse qui soumit cette proposition à ses collègues du Conseil municipal ; ceux-ci lui firent bon accueil, mais nous ne sachons pas qu’il lui ait été donné suite officiellement. L'idée n’en a pas moins fait son chemin; elle est appliquée dans certaines villes de France, notamment à Reims, dans les crèches de la Société protectrice de l'enfance (1).
LA RÉGLEMENTATION DE 1897. — Le décret du Président de la République en date du 2 mai 1897 et l'arrêté du ministre de l'Intérieur du 20 décembre de la même année, qui réglementent les crèches actuelles, ne furent que la confirmation des décisions prises par le Conseil supérieur de l’Assistance publique.
1. À l'étranger, cette idée est appliquée depuis longtemps et donne les meilleurs résultats : en Angleterre, les jeunes filles vont dans les day-nurseries apprendre le métier de bonnes d’enfants ;: en Bavière, à Nuremberg, une crèche fondée en 1857 par la Société luthérienne de secours, sert également à former
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des bonnes d’enfants; enfin en Suède, à Stokholm et à Gothembourg il existe des Ecoles professionnelles de servantes, où les jeunes filles apprennent à devenir des ménagères et à soigner les enfants ; les élèves ont à leur disposition comme moyens pratiques, une lessive, une cuisine, une boulangerie et en outre une crèche qui rend le double service d'offrir une asile aux enfants que leurs mères ne peuvent garder elles-mêmes, et d’habituer les futures servantes à élever les petits enfants.