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veillance éclairée et des soins convenables étaient assurés à leurs enfants. $
Mais avant la fondation des crèches et même après, là où il n’en existait pas encore, que devenaient les enfants en bas âge ?
Lorsque la chose était possible le nourrisson était gardé au logis par l'aîné des enfants ou par quelque vieux parent incapable de travailler. Cette combinaison avait pour la mère l’avantage de n'être pas coûteuse, mais elle était le plus souvent funeste au nourrisson à qui de tels gardiens étaient incapables de donner les soins nécessaires.
Quand personne ne restait au domicile qui püût suppléer la mère pendant les heures de travail, celleci était obligée de confier ses enfants à la garde de femmes étrangères ; la nourrice, la garderie et la maison de sevrage, telles étaient les ressources qu'elle avait à sa disposition.
La mise en nourrice a toujours été rare dans la classe ouvrière pauvre pour des raisons différentes suivant les époques. Actuellement, depuis que la loi du 23 décembre 1874, relative à la protection des enfants du premier âge et en particulier des nourrissons, à réglementé les nourrices d’une façon rigoureuse et les a soumises à une surveillance effective, celles-ci, ne pouvant que jort diflicilement spéculer sur le nombre ou l’alimentation des enfants qui leur sont confiés, exigent un salaire en conséqueuce ; les mois de nourrice se payent suivant les régions
de 25 à 35 francs ; à cette somme viennent s'ajouter
des frais divers tels que voyages, layettes, vête: ments, soins médicaux, ete. Il est évident que de telles dépenses sont bien au-dessus des ressources de l’ouvrière qui travaille à la journée hors du logis. Aujourd'hui ce sont généralement les familles appartenant à la classe moyenne, celles où déjà règne une certaine aisance, qui envoient leurs enfants en nourrice. Mais il n’en fut pas toujours ainsi ; avant l’application de la loi du 23 décembre 1854, certaines nourrices peu scrupuleuses recrutaient dans la classe pauvre des nourrissons € au rabais ».
| Moyennant un salaire qui variait entre 9 et 15 francs par mois et par enfant, elles prenaient deux, trois nourrissons et plus quand elles le pouvaient. [1 n'était naturellement pas question de les nourrir au sein, le lait même qui coûtait trop cher léur était parcimonieusement mesuré, des soupes et des panades faisaient la base de leur alimentation. A ce régime la plupart mouraient, et il arriva qu’après le décès on présenta au maire l'acte de naïssance de celui des nourrissons qui payait le moins ou le moins bien. Ceux qui ne mouraient pas devenaient nécessairement rachitiques. Voici d’ailleurs, d’après des documents de l’époque, quelques détails sur le fonctionnement de l’industrie nourricière à Paris, vers 1850. Il existait un grand bureau de nourrices, dirigé par l'administration de l’Assistance publique, et qu’on appelait direction des nourrices, plus quatorze bureaux particuliers ; le grand bureau procurait annuellement 3.600 nourrices, les quatorze
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bureaux en avaient ensemble 10.000 environ. En 1842, une commission, dont faisaient partie les préfets de la Seine et de police, parlait ainsi de ces établissements : « Dans les bureaux particuliers on ne s’occupe ni de l’état de santé de la nourrice, ni de l’âge de son lait, ni de ses moyens d’élever les enfants ; on ne lui interdit pas d’avoir deux ou plusieurs nourrissons à la fois; on ne la fait pas surveiller au lieu de l'allaitement. Les enfants se trouvent ainsi abandonnés, loin de leurs parents, aux soins mercenaires des nourrices, Sans aucune espèce de garantie pour leur santé et leur conservation, sans sécurité même contre la substitution de personnes. Enfin on ne prend aucune des précauiions que le bon ordre, la prudence et l’humanité, ont établies dans la direction des nourrices, en ce qui concerne les enfants placés par elle. Aïnsi, chaque année, plusieurs milliers d'enfants sont livrés à la merci de quelques spéculateurs, comme un objet de commerce, et il n’est pas étonnant que beaucoup de ces enfants meurent en nourrice ou bien reviennent chétifs et souffrants, ce qui affaiblit la population de la capitale. » Or la direction des nourrices dont on nous vante en ce rapport la vigilance, ne put dans une période de six ans (1559 à 186%) obtenir dans les cinq départements (Aisne, Yonne, Orne, Somme, Eure-et-Loir) où elle opérait ses placements une mortalité inférieure à 34 0/0. En présence de tels résultats, on se demande avec anxiélé, quels devaient être les tristes effets des
quatorze bureaux particuliers qui, en ce même rapport, nous sont présentés sous un jour si défavorable ! Il est vrai qu’en 1862, une statistique du ministère de l'Intérieur, concernant les enfants assistés placés en nourrice dans certains départements avoisinant Paris, accusait des résultats tellement désastreux qu'ils en paraissent invraisemblables. Voici, d’après cette statistique, quelle fut la mortalité de ces pauvres enfants dans la première année de leur vie.
Loire-Inférieure........ 90,50 o/o Seine-Inférieure........ 87,36 »