‹ Histoire de l'Institution des CrèchesChapitre 6 sur 40 · D SA EU PT PONS · texte numérisé non relu

D SA EU PT PONS

Calvados NT on 78,09 »

Seine-et-Oise........... 69,23 »

Gôte-d'Or rm es re 66,46 »

Indre-et-Loire.......... 62,16 »

Manche star onee, 58,66 »

De tels chiffres sont assez éloquents par eux-mêmes pour n’avoir pas besoin de commentaires.

Et cependant la mise en nourrice est une des questions d'hygiène sociale qui fut le plus anciennement et le plus fréquemment réglementée. Successivement les ordonnances royales du 29 janvier 1915 et du 24 juillet 1769, les règlements du 1° mars 1727 et du 23 juin 1750, les arrêtés du Gouvernement du 12 messidor an VIII (1° juillet 1800) et 3 brumaire an IX (25 octobre 1800), les ordonnances de police du 9 août 1828 et du 20 juin 1842, édictèrent de très sages mesures pour protéger les enfants en bas

âge; mais la surveillance étant nulle ou insuffisante, les pires excès purent être commis par des nourrices cupides ou inintelligentes. Les rapports et les statistiques des D“ Bertillon, Brochard et Monot, communiqués à l'Académie de médecine en 1866 (séance du 27 novembre et suivantes) par M. Husson directeur de l’Assistance publique, firent connaître dans toute leur étendue les effrayantes conséquences de l’industrie nourricière, et furent le point de départ de ce mouvement d'opinions qui devaitaboutir à la loi Roussel.

Les femmes du peuple qui savaient bien les risques que couraient leurs nourrissons quand elles les plaçaient « au rabais » chez des nourrices éloignées, préféraient avoir recours à la maison de sevrage et surtout à la garderie, car par ce moyen elles ne se séparaient que peu ou pas de leurs enfants. C’est pourquoi il est juste de prétendre qu'avant l'institution des crèches, les principaux auxiliaires de la maternité pauvre furent la garderie et la maison de sevrage ; la crèche elle-même ne sera d’ailleurs, nous le verrons, qu’une garderie perfectionnée.

Les maisons de sevrage étaient des établissements où l’on gardait nuit et jour des petits enfants sevrés moyennant 18 à 20 francs par mois (1). À Paris, la

1. Ces prix et ceux qui sont indiqués un peu plus loin à propos des garderies, étaient demandés à Paris et dans le département de la Seine vers 1844.

plupart de ces maisons étaient établies dans la banlieue parce que les loyers et les vivres y étaient moins chers. |

Les garderies installées dans les quartiers ouvriers recevaient les enfants le matin et les rendaient le soir. Les mères payaient 60 à 70 centimes par journée, un peu moins quand elles fournissaient la nourriture. Celles qui le pouvaient venaient allaiter leur nourrisson aux heures des repas.

Beaucoup de garderies étaient en même temps maisons de sevrage, c’est-à-dire qu’elles gardaient les enfants au mois ou à la journée, au gré des parents. Les ouvrières auxquelles un travail régulier était assuré chaque jour, et qui n’avaient de libre que le temps strictement nécessaire à leur repos, celles qui étaient obligées d’habiter hors de leur domicile ou qui n’avaient pas de domicile à elles, les domestitiques par exemple, plaçaient leur enfant « en sevrage »; les journalières qui chôment le dimanche, les jours de fête et aussi quand le travail manque, ne donnaient leur nourrisson à garder qu’à la journée afin de pouvoir s’en occuper elles-mêmes quand elles restaient au logis.

Garderies et maisons de sevrage, nous dit le docteur Siry, répondaient à un besoin si général, qu’en 1853, leur nombre, dans le département de la Seine, fut évalué à plus de 600, et qu’en 1869, malgré la concurrence des crèches, un document officiel en comptait 350 à 400 pour la seule ville de Paris. Ces maisons recevaient de 1.500 à 2.000 enfants par an. Et

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encore ces chiffres sont-ils au-dessous de la vérité, car ils ne comprennent pas les garderies non déclarées qui étaient pourtant fort nombreuses.

HYGIÈNE DÉFECTUEUSE DES ANCIENNES GARDERIES ET MAISONS DE SEVRAGE. — Il est évident que la garderie et la maison de sevrage valaient infiniment mieux que la mise en nourrice. D'abord la sécurité de l’enfant était sauvegardée dans une certaine mesure puisqu'il restait à portée de la surveillance maternelle ; d'autre part, au point de vue moral, le contact fréquemment renouvelé entre la mère et son enfant avait pour résultat de maintenir et de resserrer les liens de la famille, au contraire de ce qui se passait lorsque celui-ci était placé en nourrice au loin. À ce double point de vue, la garderie qui chaque soir rendait l’enfant à sa mère, était préférable à la maison de sevrage qui l’en séparait pendant plusieurs jours et quelquefois plusieurs mois. Mais si ces établissements, comparés à la mise en nourrice, présentaient d’incontestables avantages, il n’en était pas moins vrai qu'ils restaient très défectueux au point de vue hygiénique.

« Beaucoup de garderies, écrit le Dr Siry, consisaient en des locaux exigus, impénétrables aux rayons du soleil ; des exhalaisons malsaines, se dégageant de vieilles hardes, des restes d’aliments et de couches souillées, viciaient une atmosphère déjà parcimonieusement mesurée. La nourriture grossière et donnée sans régularité se trouvait, la plupart du temps, peu appropriée à l’âge de l’en-

fant, et la propreté du corps, si essentielle à la santé des jeunes êtres, n’obtenait que des soins rares et toujours douteux. Un pareil état d’insalubrité s’explique par ce fait que bon nombre de gardeuses étaient des indigentes. En 1853, il fut constaté que, parmi les femmes gardant les enfants moyennant salaire, deux cent vingt-quatre se trouvaient inscrites aux bureaux de bienfaisance de la ville de Paris. » (Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales : art. Crèches.) La gardeuse, en eflet, était habituellement une vieille femme ignorante, quelquefois infirme, se livrant à ce métier parce qu’elle ne pouvait en exercer aucun autre, et qui, naturellement, n’avait qu’un but : gagner le plus possible. Pour y arriver, elle entassait en son étroit et malpropre logement beaucoup plus d'enfants qu'elle n'en pouvait soigner et les nourrissait plus souvent avec de la soupe et de l’eau panée qu'avec du lait qui lui aurait coûté trop cher. En somme, manque d’air et d'espace, soins insuffisants, alimentation défectueuse, tel était le lot habituel des pauvres enfants placés en sevrage ou en garde.

Mais pour donner une idée exacte de ce qu’étaient les anciennes garderies et maisons de sevrage, nous ne saurions mieux faire que de citer quelques auteurs qui les décrivirent après les avoir visitées.

Le D: Cannet faisait en 1846 la description suivante du Bouquet des Champs, faubourg qui s'élevait là où se trouve actuellement le quartier des Champs- Elysées : «Le Bouquet des Champs est un assemblage

Meur

de masures que traverse une rue étroite et tortueuse, encombrée d’ordures de toute espèce, et qui affectent à la fois tous les sens de sensations désagréables. Dans cette rue, reniée par l’administration municipale, qui lui a refusé Le baptème, quelques maisons. sont sans portes et sans fenêtres ; d’autres ont des chambres placées au-dessous du niveau du sol, où l’air se renouvelle à peine, et où de sales carreaux laissent pénétrer quelques rayons d’un jour douteux. Là, les habitants, en rapport avec la demeure, sont presque tous chiffonniers ; accroupis autour du sale produit de leurs rondes nocturnes, ils comptent pendant le jour combien il faut d'’immondices pour faire une pièce de trente sous, et entassent dans tous les coins de leur hideux galetas, et jusque sous leurs couchettes, des os infects et de vieux linges souillés de fange, dont les miasmes fétides se répandent jusque dans la rue. C’est là cependant, c’est dans une pareille localité que s'élève une partie des enfants de la division de Chaillot. C’est dans un tel gite qui n'avait pas six pieds carré, qu'il nous est arrivé de rencontrer une femme vieille, insouciante, et sourde aux cris perçants de deux enfants confiés à sa garde; ils lui demandaient sans doute de l'air et de la nourriture, car les malheureux ne recevaient pas même en quantité suffisante l'air corrompu qu'ils respiraient, et l’un des deux est mort de faim ! C’est à la vue d’une telle image de la misère que la nécessité de la crèche se fait sentir !...» (Rapport médical sur la Crèche Saint-Pierre de Chaillot, mai 1846.)

M. de Cormenin, le fondateur des ouvroirs campagnards, écrivait en 1849 dans les Annales de la Charité : « Avant qu'il y eût des asiles, et là où il n’y en a point, il s’est établi des refuges volontaires, des garderies pour les enfants moyennant un sou par jour. Des femmes qui «en font spéculation et métier tiennent sous clef, pendant toute la journée, ces pauvres créatures. Elles les entassent sur des bancs ou sur des chaises, pêle-mêle et souvent sans distinction de sexe ; elles ne leurs apprennent que ce qu’elles savent, c’est-à-dire rien. Elles placent les plus petits à côté des plus grands ; elles ne font aucune attention aux conditions hygiéniques du jeu, du froid, de la chaleur, de l'air, ni aux habitudes dépravées, aux mots grossiers, aux gestes indécents, non plus qu'aux bobos et affections qui peuvent se communiquer, à la malpropreté, elc. J'ai vu des enfants qu'on tenait renfermés dans de pareils bouges, ne pouvant remuer, n'ayant ni air, ni soleil, ni espace, s’arracher leurs bonnets, crier, se battre ou dormir comme de petites brutes. Cela avait existé de tout temps, sans que le ministre en sût seulement un mot. » (Annales de la Charité, 1849, p. 41.)

Ce fut à la vue d’une garderie non autorisée que Firmin Marbeau, alors adjoint au maire du I° arrondissement, eut l’idée d'instituer la crèche. Mais luimême a exposé la genèse de cette institution au début d’un petit volume intitulé : Des crèches ou moyen de diminuer la misère en augmentant la population ; laissons-lui la parole : « Le comité local

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