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d'instruction primaire avait chargé une commission de lui faire un rapport général sur les asiles du I: arrondissement. Je fis ce rapport, et je me plus à constater les admirables effets de l'asile. &« Avec quel soin, me disais-je, la société veille sur les enfants de la classe indigente ! de deux à six ans, l'asile ; de six ans jusqu’à l’âge de la puberté, l’école primaire ; ensuite les classes d'adultes... que de charité, que de prévoyance, dans ces institutions ! Mais pourquoi ne pas prendre l’enfance au berceau ? — L'amour maternel pourvoit à tous les besoins du nourrisson ; l'enfant est attaché au sein de sa mère, et la société ne veut pas l’en séparer... — Mais que devient pourtant, lorsque la mère est forcée de travailler hors du logis, que devient le pauvre enfant. » Je prends l'adresse de quelques mères inscrites au livre des pauvres, et je fais mon enquête à Chaillot. Au fond d’une arrière-cour infecte, j'appelle Mr: Gérard, blanchisseuse. Elle descend, afin de ne pas me laisser pénétrer dans son logis, trop sale pour être vu (ce sont ses expressions) ; elle a sur les bras un nouveau-né ; à la main un enfant de dix-huit mois. — «Madame, vous avez trois enfants : où est le troisième ? » — « Monsieur, il est à l’Asile. » — «S'y trouve-t-il bien? » — «Oh ! oui, Monsieur ; quel bonheur pour les pauvres mères qu'il y ait des Asiles Ï » — « Vous êtes blanchisseuse, et vous travaillez loin d'ici : que deviennent ces deux enfants lorsque vous allez au travail ? » — « Monsieur, je les donne à garder. » — « Et combien vous en coûte-t-
il?» — « Quatorze sous par jour. » — « Quatorze sous pour les deux ? » —« Non, Monsieur, quatorze sous pour chacun : huit sous pour garder, et six sous pour nourrir. Quand je fournis de quoi nourrir, je ne paie que huit sous. » — «Et combien gagnez-vous ? » — «Deux francs, mais je ne travaille pas tous les jours. » Je courus chez la sevreuse. Elle était à son poste, gardant trois petits enfants sur le carreau, dans une misérable chambre : « Madame, vous êtes inscrite au bureau de bienfaisance ? » — « Oui, Monsieur, voici ma carte. » — « Avez-vous fait une déclaration à la police ? » — « Non, Monsieur. » — « Combien avez-vous d'enfants à garder ordinairement ? » — « Cinq ou six, mais l’Asile me fait beaucoup de tort. » — « Combien vous donne-t-on pour chaque enfant ? »— « Huit sous pour le garder et six sous pour le nourrir.» — « Qui fournit le linge ? » — « La mère apporte le matin du linge pour la journée, et, le soir, elle emporte le linge sale en reprenant son enfant. » — « Et comment nourrissez-vous celui qui tette encore ? » — « La mère vient l’allaiter aux heures des repas. » Ce que cette pauvre femme trouve moyen de faire dans la misère, me disais-je en sortant, ne pourrions-nous pas le faire dans la charité ? Oui nous le pouvons. — J’exposai l’état des choses au bureau de bienfaisance, et je lui soumis un projet de crèche... »
Ainsi ce fut pour remplacer la garderie insuffisante et défectueuse par une institulion meilleure que Firmin Marbeau fonda la Crèche.
RÉGLEMENTATION DES ANCIENNES GARDERIES ET MAI- SONS DE SEVRAGE. — SON INSUFFISANCE. — De même que la nourrice mercenaire, la garderie etla maison de sevrage existent depuis des siècles, car de tout temps il y eut des mères de famille obligées, pour subvenir à leur existence, de travailler hors de leur domicile et qui durent se séparer de leurs nourrissons. Mais tandis que de nombreux règlements furent successivement édictés dans le but de protéger les enfants en nourrice, il semble que les pouvoirs publics se désintéressèrent des enfants placés en sevrage ou en garde. Il faut arriver en effet augaoût 1828 pour trouver le premier texte instituant une surveillance officielle des garderies et maisons desevrage. Ce fut M. Debelleyme, préfet de police, qui eut le mérite d'établir ce premier règlement sous forme d’une ordonnance de police qui ne fut abrogée et remplacée qu'après la loi du 23 décembre 1854.
Voici quel était le préambule de cette ordonnance, il contient de précieux renseignements sur les garderies et les maisons de sevrage en 1898 :
Paris, 9 août 1828.
Nous, Préfet de Police,
Informé qu'il existe, tant dans l’intérieur de Paris que dans la banlieue, des établissements connus sous la dénomination de maisons de sevrage, lesquels ontété formés et sont dirigés par des personnes qui n’y ont point été autorisées ;
Que, outre les établissements dont il s'agit, il existe aussi
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des lieux de sevrage, où des femmes, dont la moralité et les moyens d'existence sont incertains, reçoivent à l’époque où ils cessent d’être allaités, des enfants auxquels elles s’engagent à donner tous les soins dont ils ont besoin, sans avoir à leur disposition toutes les ressources nécessaires pour être en état d'accomplir un engagement aussi important ;
Considérant que toute personne qui prend des enfants en sevrage, doit présenter des garanties suflisantes pour la santé et le bien-être des enfants qui lui sont confiés, et que ces garanties ne peuvent être assurées que par une surveillance spéciale exercée sous la direction et par les agents de l’autorité,
Ordonnons ce qui suit :.….
Cette ordonnance qui était, on le voit, animée des meilleures intentions, édictait aussi de très sages mesures : nulle femme ne pouvait, sans une autori- . Sation spéciale de la Préfecture de police, tenir une garderie ou une maison de sevrage ; le nombre d’enfants qui pouvait être admis dans chaque établissement était fixé après inspection des locaux et mentionné sur l’autorisation ; l'inspecteur des maisons de santé devait visiter les garderies et les maisons de sevrage et veiller à leur bonne tenue.
Malheureusement, il advint de cette ordonnance ce qu'il était advenu des règlements concernant les nourrices, dont nous avons parlé précédemment. Faute de moyens suffisants pour exercer une surveillance convenable, la situation ne fut pas sensiblement améliorée. D'abord, beaucoup de gardeu-
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ses ne faisaient pas les déclarations prescrites et restaient ainsi en dehors de tout contrôle. D'auire part, les inspections auxquelles se trouvaient soumises celles qui remplissaient les formalités voulues étaient en réalité illusoires, faute d’un nombre suffisant d’inspecteurs. En effet, pour Paris et le département de la Seine, le même inspecteur devait, seul, surveiller non seulement toutes les garderies et toutes les maisons de sevrage, mais encore toutes les maisons de santé et toutes les nourrices.