XV® SIÈCLE
Etudions d'abord les moyens employés pour répandre une instruction jusque-là si peu désirée, si peu enviée.
Le XV® siècle s'ouvre à Troyes par la constatation de l'existence d'une certaine dame Jehanne, maîtresse d'école dans le quartier du Saint-Esprit ou de Croncels. Le nom de cette femme est compris dans un rôle de levée de deniers, inscrite sous le nom de : Aide de Guyenne et de Picardie, pour 2 sous 6 deniers ; rien n'indique qu'elle fût déchargée de cette taxe.
En 1415, M® Jehan de Bèse, maître d'école au quartier de la Madeleine, est bien taxé pour une somme de 20 sous dans l'aide qui fut levée pour repousser les Anglais ; mais les connétables et les élus, chargés de procéder à l'assiette et à la levée de l'impôt, le dispense de payer cette taxe < en faveur » de l'étude et afin qui ait cause de résider à Troyes. »
En 1419, c'est Jean de Potières, maître d'école, qui est taxé
de 19 sous. En 1435, c'est Girart, mattre d'écoto, qiutiit laxé 5 S0U9, et messire Thierry Robichon, écolitre, porté aurôle pour 40 sous (1). En 1437, les connétables saisissent ch^z l'écolâtre « un lavoir et un bassin » pour ne pas avoir payé la^tsûlle levée en faveur de M. Je connétable de France, mais le lieutenant-général du bailli décide que ces objets seront rendus à Técolàtre, et qu il sera dispensé d'acquitter sa tax,e en raison de sa qualité.
La guerre de cent ans, qui causa tant de ruines dans la Champagne, avait amené la suppression des écoles. Aussi, les habitants de Troyes, après le traité d'Ârras, voyant la.paix revenir parmi eux, se préoccupèrentîls de faire rouvrir les anciennes écoles.
En 1436, dans une assemblée oii figuraient Tévêque Jean Léguisé, Jean Pougeoise, doyen de Téglise de Troyes, Lambert Milon, officiai et archidiacre de Margerie, Thierry Robichon, écolâtre de Saint-Etienne, un certain nombre de chanoines de Saint-Pierre, Jean Blanche, chantre de la même église et recteur ou grand-maître des écoles ; Odard Griveau, lieutenant-général du bailli, Nicolas et Etienne Jeoffroy, licenciés ès-lois, Jean de Grève, procureur du roi, Laurent Tourier, clerc et procureur de la ville, Jean Le Boucherat et Félix Barat, procureurs au bailliage, Jean Largentier, Jean Bareton, Jean Dorigny, Pierre de Chicherey, Bourgeois, avec plusieurs autres marchands et habitants de Troyes, un règlement fut préparé et rédigé par les soins de Tévéque Jean Léguisé, avec le concours de gens d'égUse, des gens de la justice, de commerçants et bourgeois de la ville. Ce règlement fut publié par Nicolas Huyart, promoteur en cour d'église, en présence d*un nombreux auditoire, oii assistaient des maîtres, des enfants, des écoliers même des petites écoles.
Ce règlement ne contient pas moins de 56 articles. Il fixe les devoirs des élèves, ceux du recteur ou grand-maître, ceux du portier, ceux du prévôt, enfin ceux des primitifs. Il se
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termine par les serments que le recteur ou grand-maltre doit au chantre de Saint-Pierre et au Scholastique de Saint* Etienne, et celui que les maîtres ou bacheliers doivent lorsqu'ils sont admis à enseigner dans les écoles.
Ce document renferme donc des détails fort minutieux sur l'organisation des écoles grandes et petites. Tordre et le choix des études, l'emploi du temps ; les noms des auteurs dont les ouvrages servent aux études y sont indiqués avec la plus grande précision. Les grandes écoles étaient placées sous la direction du grand-maître qui confiait à d'autres les fonctions de maîtres, de régents ou de bacheliers. Il y avait aussi un prévôt; celui-ci convoquait le conseil des maîtres, conduisait les écoliers à la messe, veillait au luminaire, désignait les chanteurs aux fêtes de Sainte-Catherine, et de Saint-Nicolas (1). Il pourvoyait au matériel nécessaire pour entretenir la propreté de l'école, tels que pelles, balais, etc. Pour subvenir à cette dépense, il percevait, en outre de la rétribution scolaire fixée pour les deux sexes à 6 sous par an, 6 deniers tournois payables avec la taxe annuelle à Noël et à la Saint- Jean. Sur cette somme la moitié était appliquée à la dépense faite pour l'achat des verges. Les primitifs et le /?orïter étaient pris parmi les élèves : les primitifs étaient des écoliers pauvres, mais vigoureux, chargés des soins de propreté et des autres corvées ; ils étaient pour cela exempts de la taxe scolaire (2). Le portier avait la garde de la porte, donnait le congé, après la messe, et le soir, après vêpres. Lorsque les élèves devaient revenir, il frappait sur la porte avec une pierre ou un bâton, puis disait : ailez dîner I Lors des congés il se bornait à dire : allez t
L'étude du latin était l'objet particulier des recommandations ; et pourtant quel latin I Les écoliers entre eux devaient
(1) Cette particularité indiquerait que les écoles étaient pratiquées par les enfants des deux sexes.
(2) Cette coutume s'est maintenue à Troyes jusqu'à nos jours—peut-être est-elle encore pratiquée ailleurs.
parler cette langue a mieux vaut, i» dit le règlement, « un ]> latin cangru qu'incongru, mieux vaut encore un latin in- » congru que le français. j>
Mais l'une des fonctions principales du portier était celle de fouetter les écoliers. Il était fouetteur en titre (art. 48).
L'instruction, si Ton en juge par le document dont l'analyse sommaire précède, était, dans les grandes écoles, donnée à des élèves libres de la ville ou de la banlieue, vivant sous la direction de leurs parents. Elle était surtout consacrée à la connaissance de la langue latine. La partie des études désignées aujourd'hui sous le nom de sciences ne comprenait guère que les éléments du calcul.
Les livres recommandés sont : le Donat (1), le Catho (2), le Facetus et le Theodolus (3), puis d'autres auteurs latins dont les noms ne sont pas conservés, mais l'ouvrage qui paraît le plus en vogue est le Doctrinal^ sans doute le Doctrinal de sapience, de Guy de Roye, mort archevêque de Sens, en 1409. Ce livre fut imprimé à Troyes, par Jean Lecoq, dès les premières années du xvi® siècle.
Ce beau règlement (4), ces statuts si précis dans leurs prescriptions furent-ils exécutés ? On peut s'adresser cette
(1) Mlïus Donatus, connu sous le nom de Donat^ grammairien latin, né vers 333, fut le précepteur de saint Jérôme. Il est l'auteur de deux traités : De barbarismo et de Octo parlibus orationis, imprimés, paraît-il, pour la première fois, en 1522.
(2) Denis Caton, auteur latin du in^ siècle, a laissé quatre livres de Distiques moraux, qui ont joui d'une grande vogue au Moyen-Age et qui ont été traduits dans toutes les langues de l'Europe.
(3) Theodolus, peut-être Theodoret, 'écrivain ecclésiastique, né à la fin du iv^ siècle, et qui a écrit une histoire ecclésiastique en cinq livres et une histoire pieuse contenant la vie de cinquante solitaires.
(4) Arch. départ, de F Aube. — Ce règlement a été publié en entier par M. Yallet de Yiriville dans ses Archives hisioriques du département de r Aube, 1841.
(jijyea^Qn, partout quand on sait que, dès 1445, le Conseil de ville se préoccupe du temps que perdent les enfants parce que les geôles sont fermées. Ce Conseil, déplorant ce fait, demande qu'il soit pourvu à leur réouverture. Il est vrai que, vers 1438 et 1440, la ville de Troyes et la Champagne eurent à souffrir d'une grande famine, suivie d'une peste qui causa de grands ravages. La guerre n'était pas encore terminée; Les écorcheurs tenaient encore le pays. Toutes ces causes étaient plus que suffisantes pour entraîner après elles la suppression des écoles.
En l'année 1447, au mois de décembre, la ville traita avec M® Jean Breton, licencié ès-lois, né à Troyes, et y demeurant, pour tenir école de grammaire et enseigner toute autre science aux enfants de la ville et à tous ceux qui yçudraient suivre ses leçons. Les élèves devaient lui payer un salaire raisonnable, et la ville lui acquitter en deux termes la somme de vingt livres par an. Maître Jean prit la charge qui lui fut proposée, quitta toute autre fonction et parut s'acquitter de ses pénibles devoirs à la satisfaction de ceux qui l'avaient choisi (1). M® Jean Breton, en 1454, est grand-maître et fermier de la grande maîtrise des écoles de Troyes. Il avait enlevé aux enfants de chœur de Saint- Urbain le Doctrinal qui était à leur usage, afin de les contraindre à payer la rétribution scolaire. Mais, comme ces enfants avaient droit à une rétribution gratuite, le bailliage condamna M^ Jean Breton à restituer les deux exemplaires 4u Doctrinal dont il s'était saisi (2) .
Vers cette époque, l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains tenait toujours école pour les filles. Dans une sentence d'excommunication prononcée en 1448 contre l'abbesse et les religieuses par Tévêque Jean Léguisé, il est défendu aux bourgeois de Troyes d'y envoyer leurs filles.
En 145S, Jean Gaulcher est maître d'école à Troyes, dans
(1) Arch^mun., nmy. ton^s, série A, cart..., liasse....
(2) Mfhn. ff^t^c. deSémillard, bibliot. commun, de Troyes.
une levée de deniers, faite pour l'entretien « des lances four- » nies, » il est taxé 4 sous 2 deniers.
Vers la même époque, les frères prêcheurs ou Jacobins faisaient de nombreuses prédications dans les églises de Troyes. Ils semblent aussi tenir école dans leurs maisons, et, pour ces deux causes, ils émargeaient quelque aumône de 5 ou 10 livres par an dans les comptes de la ville. Le fait douteux, vers 1450, ne l'est plus en 1478, et ici ce sont les Jacobins et les Gordeliers qui tiennent école. Aussi l'une et l'autre maison, pour cette cause, < et pour subvenir à leurs » nécessités et par aumône, » reçoivent-elles chacune 5 livres.
Dans l'assemblée générale et populaire de la Saint-Barnabe, les habitants de Troyes allouent, des deniers de la ville, la somme de 40 sous tournois pour aider les maîtres de la Grande-Ecole à payer le loyer « de la grange » où se tenait l'école. Cette allocation avait lieu, parce que, en 1468, l'école avait été fermée pendant trois mois, en raison de la peste qui sévissait à Troyes. Alors l'école était tenue dans la rue de la Grande-Ecole et dans une maison appartenant à Jean de Vitel, plus tard à sa veuve. Ils louèrent « cette grange D d'abord 8 livres, puis 12 livres pendant presque toute la dernière moitié du xv® siècle.
En 1479, M® Pierre Picart régentait les écoles de Troyes, sans doute celles que la ville avait prises à sa charge ou au moins encourageait. Ses services ne répondaient sans doute plus aux hesoins du jour. Le Conseil fit appeler de Paris M® François Cousinot, maître ès-arts, pour l'adjoindre à W Pierre Picart. Mais on ne put s'entendre, et la ville indemnisa M^ Cousinot de ses frais par une somme de 6 livres 10 sous, qui lui permit de retourner à Paris.
En 1481, M® Pierre, dit Chrétien, prêtre, est recteur des écoles de Troyes. A ce titre, il reçoit de la ville une pension annuelle de 16 livres pendant plusieurs années consécutives. Le recteur M® Pierre n'aurait pas été le successeur du régent Pierre Picart; car, en 1485, le 10 novembre, l'échevinage décide que la ville continuera et entretiendra la
grande école qui était autrefois tenue en la grande maison ou grange appartenant à la veuve de Jean Vitel. Cette école avait été délaissée depuis le décès de M^ Picart, maître et régent, et même avant son décès, pour défaut de paiement du loyer. Aussi, pour obvier à un pareil inconvénient, la ville prend-elle le loyer de l'école à sa charge. Nous touchons donc ici même à l'origine de la sécularisation de Tinstruction. Le clergé n'est pas seul chargé de ce soin ; les habitants s'y intéressent directement, et si le grand-chantre de la cathédrale et l'écolâtre de Saint-Etienne prélèvent encore des droits sur les écoles, les habitants et l'échevinage puisent dans les deniers communs pour assurer la tenue continuelle des grandes écoles, autant au moins qu'il est en eux. Il s'agit ici d'un collège, mais non des petites écoles.
Les encouragements sont donnés par l'échevinage. En 1486, il accorde 60 livres à M® Etienne de Villiers, afin de se faire recevoir docteur en médecine ; et à un autre enfant de la ville, une somme de 60 livres pour continuer ses études en théologie.
Il avait déjà été proposé, — mais nous n'en avons pas vu la réalisation, — vers le milieu du xv® siècle, que l'on paierait, par an, 50 livres à un médecin au même titre que la ville payait celle de 20 livres au maître des grandes écoles.
L'échevinage est à peine organisé que déjà il donne tous ses soins aux écoles. C'est grâce à cette sollicitude que nous devons de savoir que Troyes possédait, en dehors de la grande école tenue dans la maison de Jean de Yitel s'ouvrant sur la rue de la Grande-Ecole et dans la Grande-Rue, en face de la rue du Maillet-Vert ou des Mauberts, plusieurs petites écoles.
C'est par suite des bons soins de nos premiers échevins qu'il nous est donné de savoir que Simon Maçon, prêtre, a cinq élèves suivant ses leçons de grammaire, et il en donne les noms. Messire Pierre La Caille a le même nombre d'élèves ; messire Jean Bonnin en a vingt-cinq sous sa férule ; M® Pierre Savine est aussi maître d'école ; Jacques Guillemin et Jean
Pissot régentent ensemble; M® Piefrèf et M® Jacques ont aussi un certain nombre d'élèves qu'il ne nous est pas donné de connaître. Troyes a donc alors trois ecclésiastiques tenant école, et cinq laïcs qui se livrent aux mômes soins en faveur die la jeunesse. Les deux derniers sont même invités à élever la force des études, puisqu'il est dit qu'à l'avenir ils < liront les grandes leçons. »
Mais de nouveaux embarras surviennent en 148^. Là grande école a été de tiouveau fetiïiée en raison dé dli&caltés touchant la maîtrise. Ces embarras, s'ils ont été levés en 1488, reparaissent en 1491, et l'assemblée de là Saint- Barnabe est saisie d'une requête présentée par le chapitre de Saint-Pierre et par messire Gras, sous-chantré dû méhie chapitre, à l'occasion de la collation' et de la provision des écoles de grammaire. Cette assemblée, qui entre dans une nouvelle voie, ne résout pas la difficulté, mais la renvoie à l'examen de MM. les officiers du roi, de ceux de la ville, quelques membres du iciergé étant appelés, afin qu'il soit fait droit sur la requête et afin de rétablir les grandes écoles « comme elles étaient autrefois. » De nouveau elles avaient donc été fermées (1). En 1489, le Conseil de ville ouvre une sorte de souscription volontaire dans l'intérêt des écoles.
Il y a lieii de croire que la délibération prise sur cette requête amena la réouverture de la grande école. Mais la peste, la syphilis même, alors dans toute sa force épidémique^ obligèrent de nouveau à la fermeture des écoles. C'est M^ Jean Parisot, régent, qui nous l'apprend par la quittance de la somme de 25 livres, que la ville lui paie pour les grandes pertes subies par lui à cause de la peste qui a sévi à
(1) Une requête des nlarguilliers de Saint-Remy, adressée à c Messeigneurs les habitants de Troyes, » nous apprend que cette église avait déjà son horloge, et que cette horloge servait nonseulement au public, mais encore à faire assembler lés écoliers de la gratade école.
Troye?, ce qui l*a obligé de cesser de donner l'instruction aux enfants (1).
On le voit, le Conseil de ville, rassemblée annuelle et populaire* de la* Saint-Barnabe, Téchevinage, qui venait de naître, réunissent leurs efforts pour soutenir et entretenir les écales d^la viHe et notamment la grande école, dont le nom, conservé à Tune de nos rues, a dû s'effacer pour faire place au nom du savant Gambey, le protégé, puis Tami d'Arago. Les commencements sont humbles dans Tinstruction comme dans toutes les institutions. Par ces motifs, ces détails présentent, à notre sens, quelque intérêt.
Quels sont les résultats obtenus à la fin du xv® siècle ? Quelle est l'instruction en dehors des cloîtres et du clergé ? Enfin quel est l'état général de l'instruction publique et populaire parmi les habitants de la ville de Troyes ? Cette question est difficile à résoudra d'une manière absolue. Si nous en jugeons par les documents écrits émanés de laïcs et qui sont arrivés jusqu'il nous, nous devons croire, quoique l'écriture vers la fin du xv® siècle soit belle, claire, parfaitement lisible, d'une netteté et d'une rectitude de traits qui en fait une des belles époques de la calligraphie, quoique ces .documents soient d'un style facile, j'allais dire agréable et piquant, l'écriture ne parait être encore pratiquée que par le petit nombre. La bourgeoisie écrit et écrit bien ; les bourgeois signent leur nom avec grille et paraphe tracés avec élégance ; leurs signatures décèlent une grande habitude de l'écriture. Us ont abandonné le sceau dont ils faisaient usage au xiv^ siècle, mais les artisans ne
(1) Sur le caractère épidémîque de la syphilis, voir la note du bibliophile Jacob insérée dans le Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire, octobre et novembre 1862, sur un opuscule intitulé De Guaiaci medidna et morbo gallico liber unus, — Ce fut précisément à cette date que cette maladie apparut à Troyes. Les gens atteints de cette affection étaient traités comme les pestiférés. — Voir aussi mes Becherches sur les anciennes pestes de Troyes. Troyes, 1887.
savent encore rien ou presque rien de l'art calligraphique. A cette époque, cet art si rempli d'élégance et de grâces nous a laissé des chefs-d'œuvre et au-dessous de ces chefs-d'œuvre des pièces d'écriture courante, dirions-nous, admirablement tracée par des gens qui n'étaient pas des artistes. Les relations commerciales, beaucoup plus celles de négociant à négociant que celles qui résultaient de la fréquentation des foires, étaient considérables, et la bourgeoisie alors si active ne négligeait aucun moyen pour satisfaire à des besoins devenus de plus en plus impérieux, de plus en plus^pressants.
Il nous paraît impossible d'apprécier sur d'autres éléments l'instruction populaire à la fin du xv® siècle. Mais nous sommes à l'aurore d'une période qui a laissé de si profondes traces dans l'histoire qu'il est arrivé jusqu'à nous des documents en grand nombre établissant combien se répandit l'instruction populaire au xvi® siècle. Puis l'imprimerie découverte, Troyes a déjà des presses qui fonctionnent, l'abbaye de La Rivour a les siennes.
Troyes fut une des premières villes de France qui possédèrent une imprimerie, sans prétendre avec Grosley que l'imprimerie troyenne aurait produit, dès 1464, un règlement sur les foires (dans ce cas, les villes de Mayence et deBamberg seules auraient devancé celle de Troyes). Mais à Troyes s'imprime, en 1483, le bréviaire du diocèse. Notre ville n'avait été devancée en France que par huit villes ; elle précède Nantes, Orléans, Dijon, Rheims, Rennes, etc. Les bibliophiles citent trois ouvrages imprimés à Troyes dans le xv« siècle. Bientôt le nombre des imprimeurs s'augmentera, et chacun s'efforcera de produire des livres pour satisfaire les lecteurs formés dans les écoles de la ville. Ces livres se composeront de saintes légendes dont le style appartient au moins au xv^ siècle, de romans manuscrits du Moyen-Age dont l'ensemble formera la bibliothèque bleue, collection de livres essentiellement populaires, ou bien d'almanachs ; ce qui fera dire à tel géographe que la ville de Troyes était alors peuplée de piarchands çt d'astrologues, comme si les Baudot de cette
époque, comme ceux d'aujourd'hui, avaient besoin d'astrologues pour rédiger leurs almanachs.