CHAPITRE V
XVIU® SIÈCLE.
Le dix-septième, on l'a vu, est celui de tous les siècles qui aurait le moins produit d'établissements d'instruction populaire. Ce fait n'est, à la vérité, que la conséquence du principe de la monarchie absolue appliqué avec tant de rigueurs. Le peuple était alors dans une profonde misère ; il le sera bien encore pendant le xviii^, et ce ne sera guère que dans la seconde moitié de ce siècle que le mouvement libéral se fera sentir, et qu'il entraînera la société tout entière vers des idées qui elles-mêmes feront naître dans l'esprit de la nation le besoin d'une instruction populaire, puis d'une instruction professionnelle.
Ce siècle vit s'établir à Troyes de nombreuses maisons d'instruction soit pour les jeunes filles, soit pour les jeunes gens. Nous consacrerons donc à chacun de ces établissements un paragraphe particulier.
MAISONS d'iNSTBUCTION ISSTINÉBS AUX «DNES FILUtS.
§ unique.
Les Sceurs-Noires — les Sceurs-Grises — les Ursulines — la Congrégation — le Bon-Pasteur — les Orphelines de l'Enfant-Jésus.
Sous l'impulsion de M. Nicole, Tun des solitaires de Port- Royal, Mlle Aubry, de Troyes, dirigea dès l'origine la maison des Sœurs-Noires. Cette maison se maintint sous la direction de cette dame jusqu'au jour où la persécution religieuse dispersa, à Troyes, presque toutes les écoles des jeunes filles. Il en fut de même de la maison des Ursulines et de celle de la Congrégation.
En 1717, les Sœurs-Grises furent établies par Mme Catherine Peruchon, veuve de M. Nicolas Paillot, premier élu en l'élection. Elles tinrent, sous le nom de Petites-Ecoles, des classes pour les jeunes filles pauvres de la paroisse Saint- Jean. Elles devaient en même temps donner des secours à domicile aux malades de la même paroisse. Leur nombre à l'origine fut de deux, mais peu à près il fut porté à quatre. Ces sœurs s'établirent rue du Sauvage, aujourd'hui de Saint-Yincent-de-Paul, dans une maison qui leur fut donnée par Mlle Gombault.
Les Ursulines tinrent leurs écoles, préposées à l'instruction des jeunes filles, sans distinction de classes, suivant le but de leur création et les conditions qui leur furent impo*^ sées lors de leur installation à Troyes. En 1726, on leur reproche de ne vouloir admettre dans leurs classes que celles qui appartiennent aux familles aisées de la ville.
Les querelles motivées sur des matières religieuses, le jansénisme, prirent à Troyes, sous l'épiscopat de Mgr Poncet de
la Rivière, une ardeur qu'elles avaient depuis lœigtemps perdue. Des exils, dans les deux partie, furent un premier résultat de cette lutte ardente. La population fut touchée dans cette lutté par la suppression, non des écoles des garçons ou du Collée, mais dans les écoles de filles tenues alors par des femmes appartenant à des corporations ou associations religieuses qui se rattachaient ou au jansénisme ou à Port-Royal. Les Sœurs-Noires de M. Nicole furent les premières qui dnreç^ cesser Tinstruction. Cet ordre leur fut infligé en 174$S;et, en 1749, elles se dispersèrent. L'année 1743 voyait par le même motifse fermer, et se fermer pour ne plusse rouvrir, le monastère de Sainte-Scolastique, dont les biens, au moins en partie, servirent à doter le Petit-Séminaire. Les deux maisons des Carmélites (celle de la ville et celle du faubourg Groncels) subirent les mêmes épreuves en 1749, et les religieuses de la Congrégation, vouées à l'enseignement des jeunes filles, subirent le même sort en 1762, après u^e lutte de près de douze ans.
Après avoir vu détruii'e le plus grand nombre des écoles de fiîles par suite des querelles religieuses, la population troyenne s'émut de ce fâcheux résultat. Aussi )es^ corps des métiers, dans une assemblée du il octobre 1764, décidèrent-ils qu'il y avait lieu de demander l'ouverture de deux nouvelles écoles pour les jeunes filles. Le bureau de la vitle accueillit favorablement cette proposition. "L'évêque Mgî* de Barrai, de son côté, proposa, en* attendant la délivraricïe des lettres-patentes nécessaires pour en régulariser l'ouverture, de confier les jeunes filles aux Sœurs du Bod-Pasteur, ou Filles de saint Bernard, pendant un ah, sauf à renouveler, s'il y avait lieu, l'autorisation. Ceâ Sœurs jjrirent alors possession de la maison des Carmélites, située nie du Bourg^Neuf, et dont l'emplacement est aujourd'liui diôcupé par le palais dé justice/* '"• ^
Les écoles chrétiennes publiques et gratuites pour les jeunes filles subsistèrent jusqu'à là âeriiière heurèïïe'raWciénne toonarchic,'él l'on trouvé alors en éiéreicétes ciass^â^teriùes
par les Sœurs du Bon-Pasteur sur la paroisse de oaint- Reray, les écoles dés Sœurs grises sur la paroisse de Saint- Jean, celles de rÉnfàhi-Jésiis sur la paroisse de Sairit-Nizier, et celles dès 'Ûrsulines au faubourg Saint-Martîn .
Il n'est pas douteux que des établissements particuliers ne dussent' ekister eh mêràe temps qiie les petites écoles publiques et gratuites ; mais cette partie de notre sujet resté dané lès ténèbres qu'aucun document n'est venu percer.
iTAtsdNS blNStRUCTION POUR LÉS' JEUNES GENS.
Les Frères de la doctrine chrétienne.
Bien que Tinstitut des Frèreà de la doctrine chrétienne, fon^é par le père Jean-3aptiste de la Salle, remonte à l'année 1681, ce n'est qu'en 1702 que deux frères de cet institut s''établissent à Troyes, sur la paroisse de Saint-Nizier, avec l'appui de M. Lebé, curé de cette paroisse, et les dons de personnes charitables. Le père Ghantereau, de l'Oratoire, employa toute son influence pour augmenter le nombre des frères. En 1719, la ville compte trois écoles qui leur sont confiées, et, dans ces écoles, som distribues les enfants de toutes les paroisses de la ville. L'existence de ces instituteurs dévoués demeure fort précaire, la gratuité étant rigoureusement observée. La ville leur accorde une subvention ânnu|^lle de cent livres qu'elle augmentera selon lés besoins, des Frères. Pour vivre^ ils sont souvent réduits à faire des quêtes dont le produit est, aii moins quelquefois, abondant.
Lies services rendus par les Frères de là doctrine chrétienne furent ffoûtés à Troves. En* 1760, on ouvrit une école qui léiir fut confiée; ils y reçurent lés enfants des paroisses de Saint-Remy et de'âaîht-FroWt. En 17TO, ils ont six écoles
sous leur direction ; ils y reçoivent environ sept cents enfants. Mais les temps sont durs, le prix des denrées alimentaires s'est élevé dans une proportion considérable ; les Frères ne peuvent subsister. En 1769, le Bureau de la ville leur accorde une gratification, commandée par les circonstances, de 300 livres et de cent boisseaux de grain. Deux écoles auraient été fermées à la suite de cet état de choses. En 1779, il n'en existe plus que quatre; une cinquième redevient nécessaire. Elle s'établit, en 1780, avec les ressources précaires d'une souscription ; puis elle se consolide avec l'appui et les secours de la municipalité et aussi avec les revenus des prieurés de Ghalette et de Saint-Winebaut réunis à ceux de l'abbaye de Saint-Loup, à la charge de payer aux Frères la moitié des revenus de ces deux prieurés. Un vénérable chanoine de Saint-Pierre, c persuadé que l'ignorance et l'oisiveté sont la
> source des vices, et que toute bonne administration doit
> chercher à la tarir, » constitue aux Frères de la doctrine chrétienne cent livres de rente. Enfin l'année 1789 trouve les Frères tenant trois maisons à Troyes ; ces maisons sont divisées en huit classes et reçoivent les enfants de toutes les paroisses de la ville.
sn.
Petit-Séminaire.
Le Petit-Séminaire dut sa fondation à M. Lebé, curé de Saint-Nizier, qui sacrifia sa personne et ses biens à l'instruction élémentaire des enfants de sa ville natale. Créé en 1693, il reçut un règlement de Mgr de Bouthillier ; en 1696, il fut érigé en communauté. Mgr Bossuet le prit d'une manière toute spéciale sous sa protection. Les dons vinrent en augmenter les revenus ainsi que la réunion qui se fit en sa faveur des biens du prieuré de Sainte-Madeleine d'Herbice, de
ceux de Thermitage da Hayer de Ghennegy, et d'une partie du prieuré de Sainte-Scholastique, près Troyes.
Le Petit'Séminaire avait un personnel enseignant composé d'un supérieur, de plusieurs* préfets et maîtres de conférences. En 1791, il n'y a plus qu'un supérieur et deux préfets, dont l'un cumule les fonctions de préfet avec celles de procureur.
A partir de 1774, le Petit-Séminaire occupait les bâtiments aujourd'hui convertis en caserne et situés dans la rue du Flacon.
Grand-Séminaire .
La fondation du Grand-Séminaire remonte au 1®^ octobre 1643, raaisla création n'en fut régularisée que le 6 avril 1662, sous l'épiscopat de Mgr Maliier. Placé sous la direction des lazaristes ou prêtres de la mission établis à Saint-Julien, puis au faubourg Groncels, au coin de la rue des Bas-Glos, il s'établit, en 1725, à Notre-Dame-en-l'Isle. Entretenu à l'aide d'une imposition levée sur les bénéficiers du diocèse, il voit réunir en sa faveur les revenus des prieurés de Pel-et-Der, de Saint-Gond et de Chiche, puis en 1775, ceux du prieuré d'Isle-Âumont, et en 1780, ceux du prieuré de St-Flavit, de Villeraaur.
Le Grand-Séminaire, établi dans l'ancien prieuré de Notre- Dame-en-l'Isle, ne comptait qu'un supérieur, deux professeurs et un procureur. On n'y enseignait que la théologie. Cet état se continua jusqu'en 1792.