IV
Le Collège,
En 1708, on créa une classe dé sixième au Collège.
En 1716, le Collège aurait eu à souffrir d un incendié; ses pertes auraient été assez considérables pour décider récbîevinage à autoriser la perception d'une rétribution scolaire, afin d'aider les bons Pères à reconstruire les bâtiments incendiés.
Sept ans après, le Corps de ville accorda aux Oratoriens une subvention de 400 livres: Il est' dit a sans tirer à conséquence pour l'avenir, d ce qui n'empêcha pas que cette somme ne fût payée chaque année jusqu'en 1790.
La ville de Troyes est arrivée à une époque malheureuse ; elle souffre comme elle n'a jamais souffert. Sa population, déjà fort diminuée vers la fin du xvn® siècle, diminua encore. En 1728 elle ne compte plus que 12,000 habitants, tandis que vers 1650 le nombre de ses habitants s'élevait à 24,000 au moins. Ses maisons sont désertes, et ses rues principales, comme ses rues les plus pauvres, comptent un grand noriibre de maisons vides. — La misère ne fait pas seulement sentir ses douloureuses étreintes dans la ville, mais encore dans les campagnes. Le Collège se dépeuplé ; vers 1680 il reçoit plus de quatre cents élèves ; en 1739 il n'y en a plus que trois cents, et pendant tout lé siècle, après être tombé, en 1747, à cent soixante-seize (sans doute en raison des querelles religieuses), le nombre ne flottera plus, jusqu'en 1792, que vers deux cent cinquànié'. La lutte religieuse du milieu du xviu® siècle eut pour résultat de faire supprimer un certain nombre de maisons d'éducation, mais elle n'alla jamais à en faire ouvrir de nouvelles.
Le Collège souffire de cette lutte ; il est dans un état de
ni&rasme et de pénurie; il a besoin de seeoui*s\ Aussi s'àdresse-t-il de nouveau au Bureau de la ville afin d'être autorisé à percevoir une rétribution de 12 livres au lieu de 6. Le Bureau lui accorda l'objet de sa requête, mais à la condition de distribuer des prix chaque année. A quelques années de là, la ville accorda une ' somme de 600 livres affectée aux dépenses de cette distribution.
C'est entre 1 760 et 1 770 que la nation éprouve lé besoin d'une instruction générale répandue sur toutes lés classes de la société. C'est à cette époque que commence à se faire voir l'action de la royauté sur i'instructiou par la fondation des gfktides écoles sfféc'îales, d'où sortiront dès' élevés chargés des emplois de l'Etat. Mais c'est surtout sous le règne dé Louis XVi que ce' mouvenient prend une grande importance, et qu*ii est question dé créer une administration spéciale dé Tinstruction publique.'
Le progranune des études chez les Oratoriens ne parait pas avoir subi dé modifièation dans le cours du xviîi^ siècle. Les classes sont les mêmes qu'au siècle précédent'.
Lés mœurs relâchées dé l'époque, les tendances sociales éloignaient de là retraite. D'autre part, certains prieurés servaient de dotation à quelques grands dignitaires ecclésiastiques. Tel était, dans le diocèse de Troyes, le prieuré de Ràdbrivilliers, dépendant de l'abbaye' de Môlême, et dont le tùtélaire, prieur cômmeridà taire, était M. dé Loniénîe dé Briènne, archevêque dé Toulouse. Alissî^ a^rès une information régulière, la suppression de ce prieuré fut prononcée en 1772, afin d'en appliquer les revenus, estimés â'6,006 livrés, au Collège de Troyés, ainsi qu'à l'entretien de sept bourses, qui' y furent' fondées au prix* de 300 livres chacune. Maïs le Collège de Troyes ne profita pas de cette réunion; Mgr de Toulouse, s^étant réservé l'usufruit des revenus de ce prieuré, mourut en 1793,' victirhe de la révolution.
A cette époque, les revenus du Collège sotif réduits à 4,203 livres. Près de la moitié de cette somme* est'absorbée
par des dépenses de première nécessité, par les réparations des bâtiments, qui sont dans le plus mauvais état, et par les acquisitions de livres destinés aux distributions de prix. Le surplus suffit à peine à Tentretien d'un personnel de dix ou douze personnes, aux gages des domestiques et à d'autres dépenses non moins indispensables (1).
Le prix de la pension de 300 livres, vers 1 760, est porté à 360, et en 1789 il est arrivé à 400.
Bien qu'il existât un cours de physique comprenant une classe de mathématiques, ces études sont toujours laissées en dehors des récompenses accordées aux élèves. L'étude des langues seule est honorée et encouragée. Le programme était donc dressé de manière à orner la mémoire et le langage des élèves, mais non à les instruire des choses pratiques de la vie, des connaissances usuelles dont l'application est quotidienne, et qui sont aujourd'hui la base de tout enseignement.
Les bons Pères continuèrent jusqu'au dernier jour leurs exercices publics de littérature. Dans ces exercices se reflètent les idées du jour. Le Père professeur de rhétorique, chargé de la composition des pièces représentées, parait s'y conformer sans trop de regrets. Ainsi en 1778 les élèves jouent sur le théâtre la Mort d'Abel, drame pastoral en trois actes ; en 1784, c'est Fanfan et Colas^ autre drame pastoral c du » choix le plus heureux et le plus propre à inspirer aux » enfants une juste aversion pour l'orgueil des rangs et de » la naissance, et à les préserver du sentiment de mépris que » donnent communément aux riches les avantages de la » fortune pour ceux qui n'en jouissent pas (2). » En 1787, le professeur de rhétorique démontre les avantages du commerce dans sa harangue annuelle, et fait jouer DopAnts^ ou le Berger justifié ; en 1788 on vante dans la harangue les douceurs de la paix et de la liberté.
(1) Bêquétê du Corp» de ville à Févique de Troyes (areh. mnn.)
(2) Almanaeh de Tnyyes. 1785, page 182.
En 1789, le père rhétoricien fait démontrer par ses élèves que les talents civils n'illustrent pas moins que les talents militaires. Il compose et fait représenter une pastorale sur le départ du roi aux Etals généraux. L'année suivante, les faits ont marché, et les idées ne sont pas restées inactives même au Collège. Alors, Le prix de la Liberté et ses limites devient le sujet de la harangue. La Liberté conquise ^ pièce tragique, et La Cocarde nationale vengée^ pièce comique, sont les deux sujets traités sur le théâtre, la veille de la distribution des prix. Enfin, à la veille du jour oii le Collège des Oratoriens devait se fermer pour toujours, les jeunes élèves jouèrent un drame intitulé : Le Dévoilement filial.
Le Collège se ferma le 1^' septembre 1792. Les Oratoriens, après avoir enseigné la jeunesse troyenne pendant 162 ans, quittèrent la maison des Pithou pour n'y plus rentrer.
J'ai connu, — maintenant il n'en existe plus sans doute, -» quelques-uns des élèves des Oratoriens (1). Jamais ils n'évoquaient le souvenir des années passées . sous leur paternelle direction, sans rappeler et leurs bons soins et la douce affection qui les animait pour toute la jeunesse. Aussi la tradition à Troyes leur reste-t-elle favorable.
Enfin, nousjie terminerons pas ce paragraphe sans rappeler que le savant académicien, M. Daunou, fut régent au Collège de Troyes, de 1780 à 1784.
Ecoks particulières.
Pendant tout le xviii® siècle, la ville paraît avoir eu des maisons d'éducation tenues par des chefs qui les dirigeaient pour leur propre compte. Ces pensions étaient au nombre de
(1) Il en existe encore un : c'est M. Raby, âgé de 90 ans, père de l'honorable administrateur du journal VAube,
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cinq dans le dernier quart de ce siècle. L enseignement comprenait les éiémeritsaé la langue latine et de la géographie! Dans troià^ autres maisons les élèves recevîaient dès leçons élémentaires d'écriture et dé calcul. Enfin, il existait des ndiEiîtrès de musique, de danse, de dessin et des maîtres en fait d'armes. lly aVait un besoin général d'apprendre, et les arts d^àgrémènt et d'utilité commencent à être enseignés.
Parnii les maîtres de pension, ii en ec.t un dont nous croyons devoir rappeler le nom, c'est M. Collarl, qui, en 178S, comptait' SO ans d*exèrcicé. Ses nombreux élèves firent faîre^ un service d'actions de grâces à l'église de la Madeleine pour célébrer le 50® anniversaire de' son exercice. M. Dubois, cùr^ de la! Madeleine, fit un sermon sur cette touchante cérémonie, et M. Éèrtheïin, maire, présida à* THôtel-de- Ville un banquet* offert à M. CoIIart.
Le Gouvernement encourage les maîtres de peiisi6n,etleur accorde certaines faveurs qui témoignent de la sollicitude pour' Tenseigtiément dé là jeunesse.
Les besoins de rinstruction se répandent à cette époque avec rapidité*. Ces besoins éclatent pour ainsi dire, et déjà le gouvernement sent le besoin, non d'arrêter oii d'entraver ce mouvement si général, mais de le régulariser, de le maintenir sôûs sa main. Ainsi le Parlement' de Paris, le 2 avril 1784, rend un arrêt sur renseignement. It ordonne que, dans toutes les villes placées dans son ressort, et dans lesquelles sont établis des collèges, nul autre que les maîtres ès-arts et les maîtres de pension ne pourront enseigner, si ce n'est dans la maison des parents, et seulement les premiers éléments de la langue latine, à moins que' rè^fisêigtièihent ne soit absolument gratuit et que ces particuliers ne prennent aucun honoraire ni aucune rétribution, même sous prétexte de se charger de la nourriture et de l'entretien des enfants (1).
(1) Arch. mun. Reg. série H, n® 16.
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