‹ Histoire de l'insurrection dans le sud de la province d'AlgerChapitre 6 sur 9 · BLESSÉS · texte numérisé non relu

BLESSÉS

Officiers 2 /

Troupe 25

En s'avançant sur le territoire marokain, le général de Wimpffen avait déposé une partie de ses impedimenta à Bou-Kaïs, ksar situé entre Guenalhsa et Aïn-ech-Chàïr, et dont il avait fait un poste militaire défendu par une garnison de 4 officiers et 170 hommes de troupe. Le commandement de ce poste important avait été confié à la vigueur et à ^intelligence de M. le capitaine Pamard, de l'arme du Génie. Gomme l'avait prévu le général, cette petite garnison avait eu à se défendre, et elle l'avait fait avec succès, contre des forces de beaucoup supérieures à son effectif: du 9 au 21 avril, elle avait été vigoureusement attaquée, à deux reprises différentes, par les Marokains, lesquels payèrent cher, du reste, leurs infructueuses tentatives, tandis que la garnison, protégée par les murailles du ksar, que son commandant avait fait consolider et créneler, ne perdit que deux hommes seulement.

Le général de Wimpffen était de retour, le 17 avril dans la matinée, à son bivouac d'El-Bahariat.

Le 19, le commandant de la province d'Oran remontait vers le Nord pour se porter à la rencontre de la colonne De La Jaille, qui lui amenait un convoi de ravitaillement sur les puits d'El- Mengoub, lieu de bivouac situé dans le pays des Oulad-Brahim, au nord-est d'Aïn-ech-Châïr.

La colonne De Wimpffen était, le 22, à Bou-Kaïs : le général recevait là le rapport du commandant du poste sur les deux attaques, qu'avait supportées sa garnison depuis le 9 avril, jour de son établissement dans le ksar. Les auteurs des agressions dont nous parlons étaient lesBeni-Guil et les Oulad-En-Naceur. C'est à l'instigation du vieux Sid Ëch-Chikh-ben-Eth-Thaïyeb, qui, malgré son grand âge, dirigeait en personne leurs contingents, qu'ils avaient attaqué le biscuit-ville de Bou-Kaïs. Ce n'est qu'à

l'approche de la colonne De Wimpffen que les rebelles, et leurs alliés avaient cessé leurs infructueuses opérations sur nos magasins, et qu'ils s'étaient retirés vers Aïn-ech-Châïr.

Or, comme nous avions un compte sérieux à régler avec les tribus marokainesde notre frontière, lesquelles, tout en donnant asile à nos fractions rebelles, n'avaient cessé de prêter, depuis longtemps, un concours des plus actifs à Sid Kaddour-ould-Hamza et à ses prédécesseurs, et de faire ainsi cause commune avec les Oulad-Sidi-Ech-Chikh, le général de Wimpffen, qui ne se trouvait éloigné d' Aïn-ech-Châïr que de 15 à 20 kilomètres, ne put résister à l'envie, toute naturelle d'ailleurs, — et bien que ses étroites instructions, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, lui interdissent toute collision avec les tribus marokaines, le général, disons-nous, ne voulut point laisser échapper l'occasion si favorable de chercher à châtier ces incorrigibles pillards, que, depuis quelques années surtout, nous retrouvions dans toutes les affaires de poudre et de sang dirigées contre nos tribus fidèles. Du reste, le général avait plus d'une bonne raison pour en agir ainsi : d'abord, les rebelles de notre territoire figuraient pour une bonne partie parmi les assaillants du ksar Bou- Kaïs ;en outre, il avait trop le sentiment de son devoir militaire, et le souci des intérêts algériens dans le sud-ouest de son commandement, pour passer à proximité des rebelles sans leur faire sentir, autant qu'il le pourrait, le poids de son bras vigoureux. Il résolut donc de frapper, laissant aux contingents marokains le soin de s'abriter de ses coups.

La colonne De Wimpffen se dirigeait donc, le 24 avant le jour, des puits d'El-Mengoub sut l'oasis d'Aïn-ech-Châïr, qu'elle apercevait devant elle au lever du soleil.

Avant d'en arriver à Vultima ratio, le général commandant la colonne voulut essayer de faire appel à la raison des défenseurs de l'oasis ; mais ses bons conseils, ce qu'il était facile de prévoir, ne furent pas accueillis favorablement; les Arabes se font toujours d'ailleurs un point d'honneur d'avoir au moins leur journée de poudre, quelles qu'en dussent être les conséquences. Le général résolut donc d'employer la force pour amener les rebelles et les contingents marokains à composition.

Une première reconnaissance, exécutée dans la journée, permit de constater que l'oasis était enveloppée, sur trois de ses faces, par une forêt de dattiers des plus favorables à la défense. Quelques coups de canon tirés sur un ksar fortifié de cette oasis pour en tâter les défenseurs, purent leur donner une idée de l'habileté de nos artilleurs et de la puissance de nos moyens d'attaque.

Une partie de la journée du lendemain 25 se passa en négociations. Enfin, vers quatre heures de l'après-midi, tous les moyens de conciliation ayant échoué, et le général, dans un esprit d'humanité, ayant tenté, mais sans plus de succès, un suprême et dernier effort dans le but d'épargner à la population d'Aïn-ech-Chàïr les conséquences désastreuses d'un assaut, se vit dans la pénible obligation de donner le signal de l'attaque ; elle eut lieu en même temps sur quatre des points de l'oasis. Au bout de quelques instants, nos soldats, qui avaient déployé une vigueur extrême, en étaient les maîtres, et ses défenseurs se voyaient rejetés dans le ksar. Notre feu ne cessait qu'à la chute du jour.

L'approche de la nuit, les perles de l'ennemi, et l'importance du succès obtenu, décidèrent le général de Wimpffen à ne pas pousser plus loin son action, certain que la leçon qu'il venait de donner aux Beni-Guil et aux rebelles qui faisaient cause commune avec eux, ne tarderait pas à porter ses fruits.

En effet, le lendemain 26 au matin, les gens d'Aïn-ech-Châïr se présentaient à la tente du général pour lui faire leur soumission et en solliciter leur pardon : ils s'engageaient à vivre en paix avec celles de nos tribus qui étaient voisines delà frontière, et à refuser désormais tout appui aux Oulad-Hamza dans leurs entreprises sur notre territoire. Et pour prouver combien ils étaient sincères, — c'est là généralement la façon d'agir des indigènes, — ils s'empressaient d'informer le général, le lendemain 27, de l'approche d'un fort parti de Nomades, commandé par Sid El-Hadj El-Arbi, le fils aîné de Sid Ech-Chikh-ben-Eth-Thaïyeb, et ils lui offraient de se joindre à nous pour combattre leurs alliés de la veille, lesquels, du reste, ayant appris le résultat de la journée du 25, s'étaient hâtés de renoncer à leur projet d'attaque, et de reprendre au plus vite le chemin du désert.

Nos perles, dans les journées des 24 el 25 avril, se décomposaient ainsi qu'il suit:

tués :

Officiers 4 )

Troupe 12 | l°

DLESSÉS :

Officiers » )

Troupe 130 j

La colonne De Wimpffen quittait Aïn-ech-Châïr le 28 avril pour reprendre la roule d'Aïn-Ben-Khelil, où elle arrivait le 7 mai. Elle regagnait ensuite le Tell, où chaque corps rentrait dans sa garnison. Une petite colonne avait été laissée provisoirement en observation sur le second de ces points.

La soumission des Douï-Mnîa et la chute de l'oasis d'Aïn-ech- Châïr ne laissèrent point d'avoir un certain retentissement parmi les tribus marokaines de notre frontière du Sud-Ouest. C'est, en effet, dans ce ksar que les tribus nomades de cette partie du territoire marokain emmagasinent leurs approvisionnements et déposent leur butin; c'était de là également que les partisans desOulad-Hamza tiraient leurs ressources les plus sérieuses, ressources qu'elles croyaient à l'abri de notre atteinte, en ce sens qu'elles se trouvaient en dehors de notre territoire. On pouvait donc espérer que cette expédition, que le général de Wimpffen avait dirigée avec une grande habileté, et son expérience de vieil Africain rompu à la guerre dans le Sahra ; il était donc permis d'espérer, disons-nous, que cette campagne aurait le résultat d'assurer, pour quelque temps du moins, la tranquillité dans le Sud de la province d'Oran : l'énergie de notre attaque, les perles sérieuses qu'avaient éprouvées les contingents marokains, devaient, en effet, leur démontrer d'abord que nous pouvions les atteindre jusque chez eux, et que notre intention était de nous charger désormais de la police de notre frontière, et qu'en définitive, nos moyens d'aclion n'étaient pas absolument à mépriser; cette expédition, répétons-nous, avait donc présenté des avantages réels, mais qui ne pouvaient être

qu'incomplets, en raison surtout du programme dans les étroites limites duquel avait été renfermé le général de Wimpffen, et dont, il faut bien le dire, il n'a tenu qu'un compte relativement médiocre.

Aussi, cette paix, qu'on regardait comme devant être assurée pour longtemps, ne fut-elle, comme par le passé, qu'une trêve que les Marokains et les rebelles s'empressèrent de rompre dès qu'ils furent en mesure ou en état de rentrer en campagne. Et il en sera ainsi tant que nous n'aurons point pris le parti de nous établir solidement sur notre frontière du Sud-Ouest, et de fermer la vaste trouée qui sépare cette frontière de notre poste avancé de Géryville, lequel en est éloigné de plus de 200 kilomètres. Il y a bien longtemps que nous nous exerçons — vainement — sur ce thème ; il est vrai que, dans aucun temps, on n'a eu à reprocher à l'Administration française ses excès d'initiative, et que ce sont les événements — souvent trop tard malheureusement — qui toujours lui ont forcé la main.

Il paraît superflu de faire remarquer que, pendant cette campagne de deux mois, nos soldats se sont montrés ce qu'ils sont toujours, c'est-à-dire braves, patients, disciplinés, de bonne humeur ; qu'ils ont supporté sans se plaindre les fatigues de marches longues et pénibles dans les sables et la halfa, marches dont l'ensemble ne s'élève pas à moins de quatre cents lieues. Nous ne rappellerons pas la vigueur, l'élan qu'ils ont déployés dans les combats de l'ouad Guir et d'Aïn-ech-Chaïr, aussi bien que dans la défense du ksar-poste de Bou-Kaïs. En définitive, les pertes sérieuses qu'ils ont faites dans ces trois affaires attestent aussi bien l'énergie de leur attaque que celle de la résistance de l'ennemi. Cette campagne nous coûtait :

tués :

Officiers 5

Troupe 36

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