‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 102 sur 202 · LA MORT DU BACHAT, HA · texte numérisé non relu

LA MORT DU BACHAT, HA

Le 20, la colonne arrive an pied de cette montagne sur laquelle sont les deux gros villages de Souma et de Kasba, appartenant aux Ouled-Dâane et aux Beni-llmane 1 du cercle de Bordj -bou-Arreridj . Les habitations et les crêtes rocheuses sont garnies d'hommes armés ayant derrière eux, cachés vers les têtes des ravins, leurs familles et leurs troupeaux.

Aussitôt le feu de l'artillerie ouvert sur le village de Souma, les Ouled-Salem et Ouled-Messellem envoient des députations qui amènent des otages et offrent de se soumettre aux conditions qui leur seront imposées. Les Ouled-Dâane arrivent aussi, mais ils n’apportent que des promesses, et la journée s’écoule sans qu'ils reparaissent .

Dans la nuit, le général apprend que les Ouled-Dâane de Souma ne veulent que gagner du temps et que le bruit court chez les rebelles que Boumezrag va bientôt arriver avec de gros contingents.

Aussi, le 21 au matin, la colonne marche sur le village; l’artillerie, par son tir précis, force les rebelles à quitter maisons et retranchements; en moins d’une heure la position est escaladée et enlevée. Ce qui reste des 80 maisons est brûlé; le génie coupe, ou plutôt ébranche les arbres fruitiers de façon à supprimer la récolte de l'année sans compromettre la vie des plantations; excellent procédé pour châtier les rebelles sans ruiner les contribuables.

Pendant ce temps, la cavalerie brûle le village de El-Hammam ainsi qu'une autre mechta appartenant aux Ouled-Dâane et d’un accès plus facile. Les silos sont vidés et on enlève ce qu'on peut emporter d'orge. Nous n'avons dans cette affaire que o tirailleurs blessés, et l’ennemi laisse sur le terrain environ 50 morts.

On campe sur les positions conquises.

Le 22, de grand matin, les Beni-llmane du village de Casba envoient une députation de notables parmi lesquels est le frère du chikh; ils font leur soumission et s’offrent eux-mèmes comme otages.

A onze heures, le général lève son camp, marche vers le nord sur la koubba de Sidi-ben-Daoud, près de laquelle Boumezrag possède un bordj et des mechtas occupées par ses fermiers.

Une saga d’environ 300 fusils et un groupe de cavaliers commandés par Boumezrag essayent de nous en défendre l’accès, mais deux escadrons ont vite raison de cette résistance en rase campagne. Les

1. Les Ouled-Dâane et les Beni-llmane font partie de l'Ouennougha oriental et sont dans le département de Constantine. — Ne pas confondre ces Ouled- Dâane avec les Ouled-Thaane, fraction restée fidèle des Beni-Slimane du cercle d’Aumale.

LA KI10UANNEKIË

rebelles laissent 8 mprts sur le terrain et prennent la fuite sans que nous ayons un seul soldat blessé1. Le bordj est en partie détruit, les mechtas sont incendiées et les céréales mangées en vert par les chevaux rie nos cavaliers.

Le 23, à son bivouac de l'Oued-Okhis, et le 2-4 à l’Oued-Ghemara, le • général reçoit de nombreuses soumissions des O.Messellem,Ouled-Si- Amer, Beni-Amar et autres fractions des tribus du sud-est d’Aumale.

Le 25, il rentre dans cette ville sans avoir eu de nouveaux combats à livrer, encore bien que plusieurs coups de feu aient été tirés pendant la route sur son convoi.

Le baehagha était ce jour-là chez les Ouled-Djellal de l’Ouennougha; il était venu en toute hâte, craignant une marche de la colonne sur la Medjana. Quand il la vit rentrer à Aumale, il gagna le camp du Djebel-Moghrenine pour, de là, organiser au nord d’Aumale une prise d’armes dont la répression éloignerait le général de la route de Bou-Arreridj. Ses agents, Arab et Saïd-ben-Belgacem aux Ouled-Bellil, les chioukh Hammouch-ou-Saïd et Saïd-ou-Mohammed aux Beni-Meddour, les Ben-Telaach et Ahmed-el-Ounis à Dra-el-Mizane, etc., eurent vite fait, avec l'aide des moqaddems, de réunir de nombreux contingents qui restèrent d’abord dans la montagne au nord de Bouïra.

Pour entraîner plus sûrement la colonne de ce côté, les Ouled-el- Aziz envoyèrent le 26 au soir à Aumale une députation chargée de dire que la tribu ne demandait qu’à rentrer dans le devoir, et qu'elle le ferait aussitôt que des troupes se montreraient dans leur pays.

Le général Cérez, renseigné par l’agha Bouzid, ne fut pas dupe de ces ouvertures; mais, comme il sentait la nécessité de se rapprocher de Dra-el-Mizane dont il était sans nouvelles, il se mit en route le 27 et campa dans l’après-midi à Bouïra. Là, il prévint les délégués des Üuled-el-Aziz qu’ils eussent à envoyer leurs otages avant le lendemain à dix heures du matin

Dans la première partie de la nuit, l’agha Bouzid fit savoir que de nombreux contingents de Dra-el-Mizane et du Hamza se concentraient à 8 kilomètres du camp. On prit des précautions en prévision d'une attaque de nuit, mais cette attaque n’eut pas lieu.

Le 28, à midi, le général Cérez n’avait pas reçu les otages annoncés, mais il avait par contre des renseignements précis sur les positions occupées par les rebelles. Il savait que ceux-ci, au nombre de

1. Un caiïtinier civil, dans le convoi, fut. blessé; un mulet fut tué.

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