‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 117 sur 202 · A NOS AMIS LES KELLY R DE · texte numérisé non relu

A NOS AMIS LES KELLY R DE

« .le vous informe que nous avons pris tous Les partisans de Si- Sakri-ben-Boudiaf aujourd’hui mercredi; nous en avons tué environ loü2 3. Quant aux fusils, il n'en est pas resté un seul à ses fantassins. Nous leur avons pris plus de 1,000 chameaux, et tant de moutons qu’on ne peut les compter; il en est de même pour les effets. 11 ne leur reste absolument rien; j’ai dépouillé sa tente. Que Dieu donne la victoire à l'Islam. Quant à vous, si vous êtes nos amis, vos goums me parviendront d’ici deux jours ; mon intention est de faire des razzias : il y aura beaucoup de butin et peu de coups à donner. Si vous êtes nos amis, hâtez-vous. Et le salut de la part de Saïd-ben-Boudaoud-el-Moqrani. »

Cet appel, en montrant aux populations que les parents et successeur du bachagha entendaient continuer la lutte, produisit une grande émotion. Le caïd des Ouled-Ali-ben-Daoud, Ali-ben-Tounsi ; celui des Ouled-Sidi-Hadjerès, Lamri-ben-Lamri; son khodja Ahmed-benel-Guemach, tous déjà révoltés, organisèrent des bandes aux Üuled- Salamat, Ouled-si-Ameur, Ouled-Ali-ben-Daoud ; on craignit un instanl de voir partir en insurrection toutes les tribus du sud d’Aumale >.

Le lieutenant-colonel Muel, dont la colonne n’avait pas bougé d’Aïn-Boucif depuis le 12 avril, reçut ordre de se porter au sud du Dira, au caravansérail de Sidi-Aïssa. Il partit le 14 mai, marchant à petites journées et s’éclairant à de grandes distances avec les goums des cercles du Boghar et de Médéa, que commandait le capitaine Coyne, chef de bureau arabe.

Le 18, il était au milieu des Ouled-Ali-ben-Daoud, et sa présence ramenait le calme dans cette tribu.

1. Copié sur deux lettres identiques envoyées dans le Hodna de Barika, et qui furent remises au chef du bureau arabe de Batna.

2. Saïd-ben-Boudaoud décuplait simplement le chiffre des pertes infligées à son ennemi.

3. Les tribus ci-après ne furent jamais insurgées en niasse; aussi les meneurs furent-ils seuls séquestrés dans les proportions suivantes:

Ouled-Selama, 1,590 habitants, 7 meneurs;

Ouled-si-Ameur, 1,267 habitants, 78 meneurs;

Ouled-sidi-Salam, 2,910 habitants, 76 meneurs;

Selamat, 2,820 habitants, 14 meneurs ;

O. Abdallah, 661 habitants, 6 meneurs.

AUTOUR DU IIAJIZA

Le 19, la colonne campait au caravansérail de Sidi-Aïssa, oii elle devait rester jusqu'au 29, et, encore une fois, les fanfaronnades de Saïd-ben-Boudaoud n'avaient abouti à rien de grave. Il y eut bien des coups de mains isolés, en dépit des reconnaissances et patrouilles de la colonne, mais ce ne furent que des actes isolés de brigandage, et non pas des faits de guerre.

Tranquille de ce côté, le général Gérez repartit d’Aumale le 2-1 ; il couchait le soir à Aïn-Tiziret et le lendemain 22 à Bouïra, point où, selon les circonstances, il pouvait se porter vers Dra-el-Mizane ou vers Beni-Mansour. Ce fut de ce dernier côté qu'il se dirigea, l'agha Bouzid lui ayant appris que les tribus de l'Oued-Sahel avaient appelé Boumezrag et lui avaient écrit que, s’il ne les protégeait pas, elles se soumettraient aux Français. Celui-ci avait annoncé son arrivée, et il avait tout de suite fait partir son gourn sous les ordres de Bourenane-el-Moqrani et de Mohammed-Ould-Kouider, iils naturel du bachagha.

Le général Gérez, ainsi prévenu, partit le 25 de Bouïra et campa le soir à El-Adjiba. Le 26 au matin, à peine en marche, ses espions lui signalaient, à 6 kilomètres en avant, au point dit El-Mergueb, plus de 3,000 hommes barrant la route sous les ordres des Ouled-Moqrane J.

Nos escadrons d’éclaireurs eurent vite fait de culbuter et de pourchasser les goums ennemis : les cavaliers arabes ne savent guère se battre de pied ferme. Il n’en fut pas de même des Qbaïls embusqués dans les bois d’oliviers : pour avoir raison de leur énergique résistance il fallut faire donner l'artillerie. Pendant que celle-ci les couvre de projectiles, Ould-Kouider, qui a rallié son goum, essaye de tourner la colonne et de la prendre à revers ; quelques obus, lancés de ce côté, dispersent ses cavaliers, et en moins d’une heure l’affaire est terminée. L’ennemi s’enfuit de tous les côtés, laissant de nombreux morts sur le terrain. Nous avions un zouave tué et cinq hommes blessés, dont un goumier.

A midi et demi, le général Cérez arrivait à Beni-Mansour, où la garnison et les colons étaient restés bloqués pendant cinquante-deux jours. A la vérité, ils n’avaient été éprouvés que par le manque d’espace, et ils auraient pu tenir encore quinze jours sans avoir à di-

1. Les espions et le général avaient cru d’abord que Boumezrag était là, mais, le 27, le général rectifia par télégramme les indications qu'il avait données la veille à l’issue du combat.

LES ECHECS HE LA COALITION

minuer les rations de vivres ou d’eau ; le capitaine Mas avait su maintenir l’ordre et la santé dans ce groupe hétérogène, et tirer un très bon parti des 61 fusiliers de discipline qui formaient le gros de sa petite garnison.

Pendant que le général installait son camp et félicitait les défenseurs du bordj, Mohammed-Ould-Kouider, qui, après le combat du matin, s’était replié sur la rive gauche de l'Oued-Sahel, prenait position autour du gros village des Cherfa, presque en face le bordj de Beni-Mansour, et Bourenane-el-Moqrani, ne voulant pas engager ses cavaliers dans la montagne, filait à travers les oliviers de la rive gauche à l’est du bordj, traversait la rivière et s’installait près le village de Boudjellii des Beni-Abbès.

Avec une longue-vue le général Cérez avait suivi tous ces mouvements, et surtout la concentration autour du village des Cherfa. Il ne voulut pas passer la nuit avec ce voisinage inquiétant, et, à trois heures, il envoyait contre ce rassemblement une colonne légère composée de 500 fusils, 200 sabres, deux obusiers et des goums, colonne dont il confie le commandement au lieutenant-colonel Noëllat.

Dès que celui-ci est arrivé à portée de canon de l’ennemi, son artillerie ouvre le feu, l’infanterie aborde de front le village, qui n’est pas très escarpé, les chasseurs d’Afrique le tournent par la droite, et les éclaireurs, continuant le mouvement au galop, vont couronner les crêtes qui dominent la position.

Les Qbaïls résistent d’abord avec énergie pour donner le temps aux femmes et aux enfants de se retirer; mais quand, déjà écrasés par les obus, ils se voient presque cernés par la cavalerie, ils se précipitent affolés vers un ravin par lequel ils croient trouver une issue et où ils se font sabrer par les chasseurs et les spahis. En quelques instants leur déroute est complète : nos soldats trouvent partout des cadavres, surtout dans les rues du village, qui est incendié et détruit. Cette brillante affaire nous coûta deux spahis tués et quelques blessés.

Pendant ce combat, le général envoie le commandant Barberet avec 2 pièces d’artillerie, l’escadron d’éclaireurs du capitaine Bapp et 400 hommes d’infanterie, contre les positions occupées à 2 kilomètres du camp en avant de Boudjellii.

Les premiers obus lancés font disparaître les groupes en armes; mais, quand l’escadron du capitaine Bapp aborde les hauteurs dégarnies, il est attaqué par environ 150 cavaliers et 1,500 fantassins qui, bien embusqués, les arrêtent par une vive fusillade.

Page 1