Voir livre 11, chapitre ii : Sétif, page
nominative. Nos braves auxiliaires avaient eu G hommes blessés et 5 chevaux tués; mais ils avaient enlevé, tant aux morts qu'aux blessés, 156 fusils, et ils ramenaient à Sétif 11 prisonniers, parmi lesquels le fils d'un chikh insurgé.
A la suite de cette affaire du Djebel-Baouch, Aziz s’étant retiré du côté des Amoucha, la colonne Saussier quitta Aïn-Rouah, le 11, à sept heures du matin, et elle se porta dans la direction de Takitount. Mais les troupes étaient fatiguées du combat de la veille et l'on ne fit qu’une dizaine de kilomètres; le camp fut établi à Aïn-Chelek, à la bifurcation de la route des crêtes et de celle de Takitount, en face Aïn- Abessa.
Le 12, après le repas du matin, on reprit la marche sur Takitount; on avait à peine fait 5 ou G kilomètres que des coups de feu étaient tirés sur la gauche de la colonne et qu’on apercevait l'ennemi massé sur le plateau d’El-Guern. Aussitôt l'artillerie se met en position et commence son tir; les hommes mettent sac à terre, et on masse le convoi. Puis, les bataillons sont lancés sur le plateau déjà déblayé par les obus; les rebelles se l’eforment un peu loin, l'infanterie les attaque résolument; mais, soudain, éclate un violent orage, une pluie torrentielle empêche de voir devant soi et un épais brouillard force le général à établir son camp sur le plateau dont il s’est emparé au début de l’action.
Le lendemain 13 mai, on partait à quatre heures du matin, et à trois heures de l’après-midi on arrivait à Takitount. A la vue de la colonne, les Amoucha cessent le blocus et délèguent des notables qui px-omettent d'envoyer des otages dans la journée.
Le soir, personne ne s'étant présenté, le général met en demeure ces délégués d’avoir à exécuter leur pi'omesse avant le lendemain à midi. Le 14, quelques chioukh viennent affirmer que les gens sont en route, et que le retard n'a d’autre cause que les discussions provoquées par le choix des otages; ils sollicitent un nouveau délai etaflirment qu'ils vont s’employer à activer l’arrivée des gens demandés. Le général est convaincu que les Amoucha ne cherchent qu’à gagner du temps pour mettre leui’s troupeaux en sûi'eté ; néanmoins, comme il n’y a pas eu de faits graves à la chai’ge des Amoucha et qu'ils ne se sont pas encore mesurés avec nos contingents, il leur fixe quati'e heures pour dei'nier délai ; en même temps il organise une colonne d'attaque, et, à cinq heures, il la lance sur les Ohaïls qu’il sait embusqués en des masses compactes dans les ravins autour du camp.
Pendant que l’artillei'ie engage le combat avec le groupe pi’incipal
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et que des groupes isolés tiennent nos fantassins en haleine par un un feu bien nourri, deux bandes tentent une diversion en venant attaquer deux des faces du camp. Partout l’ennemi est repoussé, écrasé et poursuivi la baïonnette dans les reins.
Un bataillon du 2e tirailleurs, dont le commandant Bastidon ne peut modérer l’entrain, s'avance plus que de raison dans les gorges de l’Oued-Berd, et arrive dans des villages non évacués où les soldats se débandent pour piller, tout en continuant d'éloigner les rebelles à coups de fusil. Le commandant ordonne de sonner la retraite ; le clairon indigène qui reçoit cet ordre est ivre, il se précipite en avant en sonnant une charge endiablée; le commandant reste presque seul, les officiers ne peuvent retenir leurs hommes enivrés par la poudre et le pillage.
L’ennemi, qui s’aperçoit de l’éparpillement et du désordre de nos tirailleurs, entoure le bataillon avec des forces considérables. Le clairon, toujours sonnant la charge à pleins poumons, tombe blessé ; il est pris et jeté vivant dans la fournaise d’une maison embrasée. Sur un autre point, un tirailleur français est fait prisonnier, et a la chance d’ètre conduit à Aziz, qui le protégera.
Le colonel Barbier, envoyé par le général avec un bataillon du 78% arrive difficilement à dégager les hommes du commandant Bastidon ; l’ennemi surgit de tous les côtés, et l'envoi de deux nouveaux bataillons est nécessaire pour que la retraite s’opère en de bonnes conditions.
A huit heures seulement les troupes rentrent au camp, sans pouvoir, à cause de la nuit, répondre à la fusillade, d'ailleurs à peu près inoffensive, des Amoucha.
Cette journée de l’Oued-Berd nous coûta 8 tués et 20 blessés; niais, par le fait de notre artillerie au début de l’action, les Amoucha avaient plus de 300 hommes hors de combat.
Le 13, aux premières lueurs du jour, l'ennemi commença à tirailler sur nos grand’gardes ; son feu, peu nourri et peu dangereux, ne cessa qu'à deux heures de l’après-midi, lorsque de fortes reconnaissances sortirent du camp et en éloignèrent les assaillants.
Ces reconnaissances venaient de rentrer vers les sept heures, et avaient opéré leur retraite en bon ordre quoique vivement inquiétées, quand, soudain, une vive fusillade se lit entendre en avant de la face nord du camp.
C’était le commandant d’une grand 'garde retranchée qui, inquiété et surtout énervé par des coups de feu incessants tirés d’une crête
voisine, avait commis la faute de sortir avec ses trente-deux hommes pour courir sus aux insurgés embusqués derrière cette crête. En quelques minutes, il est entouré par plus d’un millier de Kabyles qui lui coupent la retraite et s'emparent des1 sacs laissés par les hommes. C’est à grand’peine que nos soldats, s’ouvrant un chemin à la baïonnette, gagnent une masure abandonnée et s’y défendent du mieux qu’ils peuvent contre cette masse qui les entoure de tous côtés.
Un bataillon, envoyé du camp au pas gymnastique, les dégagea; il était temps, deux hommes étaient tués, et 14 blessés, dont le capitaine M. Hervelin, frappé de deux coups de feu1, et un officier, M. Donin de Rozière.
Un ordre du général Saussier, tout en félicitant les soldats de leur bravoure et de leur énergie, rappela à tous que le premier des devoirs militaires est d'exécuter les ordres donnés et d’observer, en toutes circonstances, les prescriptions si sages du « Service en campagne ».
Le 16 mai, à onze heures du matin, la colonne quittait le camp de Takitount et se rapprochait de Sétif, dans l’intention d’y évacuer les blessés.
La route, jusqu’au col des Cigognes (ou Mechta-el-Aouameur), ne fut qu’un long combat sur le liane droit et à l’arrière-garde de la colonne : ce qui arrive toujours en pays insurgé, quand on marche en retraite. Nous n’eûmes cependant que trois blessés, grâce à la vigilance et à l’activité du général.
Dans cette même journée du 16 mai, les rebelles livrèrent deux autres combats aux environs de Sétif.
A l’ouest, dans la plaine, les cavaliers d’Abderrahmane-ben-Gandouzel-Moqrani et de Mohammed-ben-Adda, des Righa, attaquaient la zmala du caïd Bendjoudi, des Ouled-Mousli, incendiaient ses gourbis, enlevaient ses troupeaux et portaient la dévastation à la ferme d’El- Melah et au village de Temlouka.
Les Ouled-Zid de Douadi-ben-Keskès vinrent au secours de leurs voisins et tuèrent une vingtaine d’hommes aux rebelles. A l’appui de la lettre rendant compte de cette affaire, ils envoyèrent à Sétif la tète d’un des vaincus : c'était celle d’un cavalier bien connu des Righa-Dahra.
Ce sanglant trophée précéda de quelques instants l’arrivée en ville du malheureux caïd Bendjoudi suivi des débris de sa zmala, et n’ayant même plus une tente pour s’abriter.
1. Le capitaine Hervelin, du 78e de ligne, mourut quelques jours plus tard à Sétif des suites de ses Blessures.
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Plus près de Takitount, les gens des tribus du Babor, O. Saba, Beni-Melloul, O. Abdallah-ben-Ali, Medjarkiet Beni-Saïd, s’étaient, en exécution des ordres d’Aziz, portés contre le bordj du caïd Belgacem- Benhabilès dont il fallait à tout prix se débarrasser. Celui-ci avait toujours sa fidèle saga des Beni-Foughal; il engagea le combat avec sa bravoure et son habileté habituelles, eut 3 hommes tués et 10 blessés, mais il culbuta ses adversaires, leur tua 10 hommes, leur brûla plus de 300 gourbis et leur enleva plusieurs troupeaux.
Les vaincus demandèrent aussitôt du secours à Aziz, qui, alors, reformait ses contingents chez les Ouled-Salah.
Dans la nuit du 17 au 18, arrivait auprès du fils de Ben-Haddad un autre fugitif: c'était le moqaddem El-Koreïchi-ben-Sidi-Sadoun, chef d’une importante zaouïa du Ferdjioua.
Dans la journée du 17, le capitaine Villot, chef du bureau arabe de Constantine, à la tète d’un goum fidèle du Ferdjioua, avait attaqué et pris la zaouïa, enlevé les troupeaux, fait plusieurs prisonniers et pris de nombreux otages dans la fraction des Talha. Parmi les prisonniers, se trouvaient quelques-uns des pillards des fermes de l’Ouedüeheb. Seuls, Koreïchi-ben-Sidi-Sadoun, son frère, des parents et des serviteurs, avaient réussi à s’échapper. Tous étaient venus se grouper autour d’Aziz; ils allaient lui fournir des agents actifs et dévoués.
En apprenant ces nouvelles, le général Saussier aurait voulu marcher de nouveau contre le fils de Ben-Haddad, mais il lui fallut attendre trois jours, à Mechta-el-Aouameur, le retour du convoi d’évacuation et de ravitaillement envoyé à Sélif. Il ne put quitter son camp que le 20 mai. Pendant ce temps ses troupes se reposèrent et furent largement approvisionnées avec le produit d’une belle razzia que le goum exécuta dans la journée du 17.
Le 20 mai, la colonne suivit les crêtes et alla s’établir d’abord vers le Regueb des Amoucha, au lieu dit Teniet-el-Glienem, point d’où elle menaçait à la fois les Amoucha, le Babor et les Dehemcha insurgés. L’avant-garde eut à livrer, en face des villages de Tessa et du Hammam, un combat dans lequel les Amoucha perdirent plusieurs hommes marquants et où fut blessé le moqaddem El-Koreïchi-ben-Sidi- Sadoun. On s’empara aussi du village d’Erregueb et d’une position sur les premières pentes du Babor.
Les Dehemcha, croyant que la colonne marchait sur leur pays, firent des ouvertures de soumission et promirent des otages qui, en effet, arrivèrent le lendemain 21.
Le 22, la colonne descendit dans la vallée du Guergour des Ouled-
ENTRE LE BABOR ET LE BOUTALEB
Mansour, ou Oued-Bou-Tassa, et, sous la protection de deux bataillons qui occupèrent des positions sur les crêtes latérales, elle se dirigea sur Aïoun-Soltane.
Les rebelles du Babor, postés sur la rive droite de l’Üued-Màali, attaquèrent nos troupes au passage de la rivière, passage qui ne se fit pas sans difficultés. Pour faire cesser leur feu, les tirailleurs s’établirent sur un des pitons les plus élevés du Djebel-Mentanou, au pied duquel le camp fut installé. Nous eûmes, dans cette affaire, un bonune mortellement blessé.
Le 23, on fit séjour, et il n’y eut pas de sortie, encore bien que de nombreux coups de feu fussent tirés sur les grand’gardes, mais sans qu’il y eût d’attaque réelle.
Le 24, un bataillon de tirailleurs et le goum allèrent enlever et occuper la position d’où les Kabyles des Ouled-Salah tiraient sur nos grand'gardes; ils s’en emparèrent sans grandes difficultés, et en n'ayant que trois blessés.
Pendant cette journée, les rebelles se concentrèrent sur le piton de Bouamdel, et, le 23 au matin, ils entouraient le camp, sur lequel ils dirigent, mais de trop loin pour être dangereuse, une fusillade bien nourrie.
Le général lance vers le groupe principal cinq bataillons sans sac et six pièces d’artillerie; trois compagnies occupent les hauteurs du Djebel-Mentanou et observent les villages des Ouled-Salah.
Le Chouf-Rahal est d’abord enlevé, l’artillerie s’y établit et prépare l'attaque du Bouamdel, que couronnent bientôt les chasseurs à pied et les tirailleurs. Les Qbaïls ne peuvent tenir, et sont rejetés dans l’Oued-Berd et le Chabet-Aïssa; la cavalerie, commandée par les capitaines Olivier et Fleury, les poursuit et les sabre à travers un lerrain impossible.
Mais les Ouled-Salah sont venus à la rescousse; ils escaladent le Djebel Mentanou sous un feu qui les décime, et ils se font achever à bout portant et à coups de baïonnette au moment où ils abordent la crête.
Partout, mais surtout sur les pentes du Mentanou [, au Bouamdel et au Ghabet-Ouled-Aïssa, le terrain est couvert de leurs morts ou de leurs blessés agonisants. On en compta plus de deux cents, appar-
1. Déjà en 1856, le 31 mai, le général Maissiat avait livré au Djebel-Mentanou un brillant combat auquel avaient pris une part active les colonels Margadet et Liébert. On avait couché sur les positions, et le i juin, en voulant les reprendre les Qbaïls avaient été écrasés.
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tenant aux tribus des Sahel - Guebli , des Amoucha, Djermouna, Beni-Slimane, Babor, O. Salah, Beni-Merai, etc. Nous n'avions qu’un seul homme tué et huit blessés. C'était pour nous une « belle journée de poudre ».
Le 26 et le 27, on campa sur les positions conquises, espérant voir arriver des offres de soumission; mais pas une fraction ne se présenta, et on apprit qu’Aziz, avec de gros contingents, était dans le haut du Babor et marchait dans la direction des Beni-Foughal de Djidjelli.
11 n'était pas possible au général de s’avancer plus loin dans la montagne, étant donnés son faible effectif et l’obligation où il se trouvait d’approvisionner [lui-même sa colonne en envoyant des convois à Sétif à travers un pays insurgé. Il fallait donc se contenter de peser sur le pays et de profiter des circonstances qui pourraient permettre d’atteindre l’erinemi dans un rayon limité.
Le général n'eut du reste pas le temps de mûrir un plan; le 27, il recevait, coup sur coup, des dépêches le rappelant vers le chef-lieu de la subdivision, où, pendan t cette pointe chez les Amoucha, de nouvelles complications aA’aient aggravé une situation déjà bien mauvaise.
Voici ce qui était arrivé :
A la suite de bavardages imprudents et de propos comminatoires tenus par l’adjoint indigène de Sétif, Saad-ben-Debbech , contre les Üuled-Iliès, qu'on se préparait, disait-on, à aller razzer, ceux-ci, le 21 mai, avec un fort groupe d’Ouled-Nabet, avaient pris la fuite et s’étaient réfugiés au Djebel-Sedim, à proximité d’Ahmed-Bey, caïd des Ameur-Dahra, et de Sghir-bel-Aroussi, caïd des Righa-Guebala. En route, les fuyards avaient fait partager leurs craintes aux Ouled-Gacem, qui, pris de panique, avaient, eux aussi, fait le vide dans la partie sud de la banlieue sétifienne.
Le deïra envoyé à la subdivision par le caïd Ahmed-Bey, pour porter la lettre rendant compte de ces faits, avait été, à son arrivée en ville, arrêté, insulté et malmené par de stupides agents de police indigènes, qui lui réclamaient « une carte de sûreté ». Il avait d’abord été traîné comme un malfaiteur au poste de la mairie, puis on l’avait emmené chez le procureur de la République, qui l'avait fait mettre en liberté, ou, plus exactement, conduire sous escorte au bureau arabe.
Le deïra, ainsi molesté, avait, en rentrant à la zmala de son caïd, exhalé son mécontentement et exagéré les mauvais traitements dont il avait été victime.
Dans une lettre du 22 mai, le caïd Ahmed-Bey se plaignit vivement de ces procédés; il dit qu’il faisait reprendre les campements d’Har-
melia rua Ouled-Gacem, et demanda que, pour calmer les Ouled- Nabet, on mit en liberté les Ouled-Illès retenus en otage. Il protestait d’ailleurs de ses bonnes dispositions personnelles, mais il déclarait que la façon dont les indigènes étaient accueillis à Sétif entretenait contre nous une défiance générale, qui nous amènerait fatalement des malentendus et des désordres.
Le cavalier chargé de porter cette lettre au commandant de la subdivision fit le tour de la ville pour entrer par la porte de la casbah et n’ètre en contact qu'avec «les militaires.
Ahmed-Bey avait du reste tenu parole, les O. Gacem avaient repris leur campement d’Harmalia, à peu de distance des villages du Mesloug et d’El-lIachicha , que gardait le commandant M***, avec la compagnie franche du Mansoura, quarante chasseurs d'Afrique et deux compagnies de zouaves.
Le 23, les Ouled-Gacem, confiants dans les assurances que leur avait données Ahmed-Bey, venaient avec femmes et enfants moissonner leurs orges à proximité des villages français; quelques notables à cheval et armés les accompagnaient pour surveiller les khammès. Des colons, se méprenant sur les intentions de ces gens, vinrent en courant dire au commandant M*** que les rebelles coupaient les orges des Européens.
Cet officier supérieur, sans se renseigner davantage, fait de suite sonner à cheval, et, à la tète de ses chasseurs, charge avec furie sur les moissonneurs stupéfaits : les cavaliers et les notables des Ouled-Gacem ont beau crier et chercher à s’expliquer, on ne les écoute pas, on ne les comprend pas ; furieux, ils ripostent à coups de fusil, les khammès se défendent à coups de faucille, les femmes et les enfants s’enfuient éperdus. Soixante de ces malheureux tombent sous le sabre de nos chasseurs, qui ont i tués et 7 blessés dans cette sotte et malencontreuse affaire.
Cette fois, Ahmed-Bey renonce à calmer ses gens, et il déclare qu'il n’est plus possible de servir les Français. Sghir-bel-Laroussi, qui a eu aussi plusieurs des siens tués dans la bagarre, laisse échapper les memes menaces. Les Ouled-Illès, y compris le brave Zerroug-ben-Illès, s'applaudissent de n'avoir pas repris leurs campements.
Lanouvelle de l’affaire d’El-Harmelia se répand en quelques heures chez les Righa, dont beaucoup déjà sont ralliés au rebelle Mohammed-ben-Adda. Tous déclarent qu'il faut venger les Ouled-Gacem, et, le 21 mai, des bandes armées se portent sur les villages d’Aïn-Messaoud et de Bouhira.
L'Insurrection de 1871.
Prévenu de cette marche, le colonel Bonvalet sort de Sétif avec 600 hommes et arrive assez à temps pour dégager le petit poste qui gardait Aïn-Messaoud ; mais les rebelles réussissent à incendier Bouhira, qui n’est pas occupé.
Pendant ce temps, Ahmed-Bey, accompagné de Sghir-bel-Laroussi et des Ouled-lllès, est allé trouver les Ouled-Moqrane, alors réunis aux Righa, et a donné son adhésion formelle à l’insurrection.
Le 56 mai, le caïd Douadi-ben-Keskès recevait une longue lettre portant les sept cachets des caïds Zerroug-ben-Henni-ben-IUès (O. Nabet), Ahmed-Bey-ben-Chikh-Messaoud (Ameur-Dahra), Ben-Abdesselem-el-Moqrani(Aïn-Taghroute), Sghir-bel-Laroussi (Righa-Guebala), Ahmed-ben-Mohammed-ben-Abdallah-el-Moqrani (Ayad) , Abderrahmane-ben-Ganclouz-el-Moqrani (Ain-Turc) , Sgbir-ben-Bourenane-el- Moqrani.
Dans cette lettre, les signataires rappelaient les méfiances injustes et vexatoires qu'ils reprochaient aux Français ; ils affirmaient l'impossibilité de continuera servir un gouvernement aussi faible vis-à-vis ses nationaux et aussi impuissant vis-à-vis ses ennemis ; ils sommaient le caïd Douadi-ben-Keskès de se joindre à eux pour marcher contre nous ; en terminant, ils le prévenaient que, s'il persistait à déserter la cause de l’Islam, ils brûleraient son bordj et le village de Ras-el-Ma, qui était exclusivement habité par ses tenanciers.
Douadi répondit qu’il était prêt à les recevoir à coups de fusil, et, le 57, à dix heures du matin, il remettait au colonel Bonvalet la lettre aux sept cachets; il le prévenait aussi que de nombreux contingents, réunis au sud du Mesloug, menaçaient à la fois les villages français et ses propriétés de Ras-el-Ma. Le colonel envoya de suite des exprès au général Saussier pour le prier de se rapprocher de Sétif, et, le 58 de grand matin, il allait lui-même avec des goums reconnaître l’ennemi au sud de la ville.
11 vit devant lui un camp de 5 à 3,000 hommes appartenant aux Righa-Guebala et aux O. Nabet, groupés autour des Ouled-lllès, d'Ahmed-Bey, de Sghir-bel-Laroussi et de quelques autres caïds.
Attaquer ces contingents avec les goums des Ameur et des Eulma, sans autre soutien que les quelques détachements gardant le Mesloug, c’était s’exposer à un échec, et, peut-être, donner raison à ceux qui exploitaient l’affaire d’El-Harmelia comme un guet-apens intentionnel. Parmi ces caïds armés étaient, en effet, des gens dont la valeur morale, les services passés, le caractère et l'influence commandaient qu’on fit quelques efforts pour les ramener à nous, par des explica-
lions loyales sur des malentendus, que nous étions les premiers à regretter.
Ce colonel Bonvalet, qui connaissait personnellement la plupart de ces caïds et les avait en haute estime, aurait voulu avoir un entretien avec eux, mais il craignait aussi d’essuyer un refus hautain dont les caïds auraient ensuite fait parade auprès des rebelles. 11 prit un biais : il mit en liberté un de ses otages, Mohammed-ben-Mostafa, neveu du caïd Ben-Chikh-Saad, et il l’envoya faire verbalement cette demande, en compagnie d’un cavalier du bureau arabe qui devait rapporter la réponse.
Ces deux hommes furent reçus au camp ennemi avec de grandes démonstrations de joie, et, quelques instants après, le cavalier revenait dire au colonel que les caïds lui demandaient audience.
Ahmed-Bey, Sghir-bel-Laroussi, Zerroug-ben-Illès, Salah-ben-Illès et Mohammed-ben-Younis vinrent alors saluer le colonel. Us protestèrent de leurs sentiments personnels de respect et de déférence pour les chefs français qu’ils connaissaient et qu'ils seraient heureux de servir le jour où nous serions en mesure de faire respecter leurs agents et leurs amis.
« En l’état, ajoutaient-ils, nous ne pouvons revenir sur notre détermination sans nous déshonorer, sans abandonner nos familles et nos biens aux vengeances et aux déprédations des indigènes surexcités par vos procédés et égarés par les khouans et les mauvais sujets; le jour où l’ordre régnera chez vous, le jour où vous aurez un gouvernement fort et une armée, nous serons les premiers à revenir à vous et à vous ramener des tribus qui nous écouteront, parce que notre honneur et notre crédit seront restés intacts. Nous déplorons cette situation, nous ne l’avons pas faite, Dieu seul dirige les choses de ce monde. »
C’était la guerre : le colonel Bonvalet envoya de nouveaux exprès au général Saussier pour le prier de hâter son arrivée, et campa averses goums au Mesloug.
Au reçu des premiers courriers, arrivés le 27 à Aïoun-Soltane, le réveil avait été fixé à trois heures du matin, et, le 28 avant le jour, la colonne était en route. Après une marche d’environ 40 kilomètres en pays très difficile, elle arriva fort tard à El-Ouricia; le général y lil séjour le 29 et reçut, dans l'après-midi, le second courrier du colonel Bonvalet.
A neuf heures, la cavalerie, une section d’artillerie, les zouaves et les tirailleurs montés deux par deux sur les mulets du convoi, par-
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taient avec le général et arrivaient le 30 au Mesloug, sur les trois heures du matin.
Le colonel n'avait pas été attaqué; il avait seulement vu des incendies de fermes isolées et abandonnées, et il savait les Righa et les autres rebelles groupés, au nombre de quatre ou cinq mille, à huit kilomètres au sud.
On fit le café et le général se remit en route, la cavalerie et les goums tenant la tète ; à six heures il atteignait et chargeait les rebelles, qu’on poursuivit jusqu’au delà d'Aïn-Oulmène. Le caïd Sghir-frel-Laroussi fut blessé, son frère fut tué, son bordj pillé, brûlé et détruit. Ce fut un brillant succès.
Deux des nôtres y furent mortellement blessés : le caïd El-hadj- Bouakkaz des Ouled-Nabet et un maréchal des logis de spahis.
A quatre heures du soir on rentrait au Mesloug; le général Saussier et les troupes d’El-Ouricia avaient marché ou combattu pendant dixneuf heures.
Le 31 mai, à cinq heures du matin, ces troupes regagnaient leur camp, où elles allaient être immobilisées pendant plus d’une semaine pour couvrir Sétif.
Le même jour, Sghir-bel-Laroussi venait faire sa soumission et Ahmed-bey se retirait chez les Adjez, à l’entrée du Boutaleb.
Pour l’empècher d’agir et neutraliser les Righa-Guebala, le colonel Bonvalet, se fiant aux promesses et protestations du vieux caïd des Righa-Dahra, Mohamed-Sghir-ben-Chikh-Saad, mit ce dernier en liberté, après l’avoir fait toutefois remplacer comme otage par un de ses fils. Mohamed-Sghir-ben-Chikh-Saad se faisait fort de reconstituer son parti et d’aller avec les O. Adhi, Souama et U. Sahnoun, manger les récoltes des rebelles du côté de Bordj-bou-Arreridj, ce qui eût été une diversiôn fort utile pour Sétif.
C'était un expédient qui, à la rigueur, pouvait réussir et qui, en tout cas, était sans danger : le fils nous répondait des bonnes dispositions du père, et le vieux caïd, malgré son énergie, ne pouvait apporter aucun élément de force à l’insurrection.
Il échoua du reste en partie dans sa mission; mais il réussit à grouper autour de lui un goum qui retint plusieurs familles dans le devoir et qui nous rendit quelques services.
Ce fut ce vieux serviteur qui, deux jours plus tard, le 3 juin, nous prévint d’un mouvement dés Righa se dirigeant sur le bordj du caïd Douadi-ben-Keskès. Le colonel se porta de suite à Guidjel dans la nuit, et, le 4 au matin, quand les rebelles aperçurent nos goums et les
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quelques troupes qui les soutenaient, ils firent demi-tour sans même attaquer.
Un calme relatif suivit cette démonstration ; la colonne Marié, forte d’un millier d’hommes partis, le 22 mai, de la Mestaoua1, se dirigeait vers Saint-Arnaud : le colonel Bonvalet put alors organiser un convoi pour Bordj-bou-Arreridj, où la situation matérielle était devenue pénible.
Le 7 juin, deux détachements de la colonne Saussier occupèrent les villages de Mesloug et d’Aïn-Messaoud. Le 8, le général leva son camp d’El-Ouricia à midi, se porta à six ou huit kilomètres plus en avant sur la route de Sétif, à Takitount, et campa sur le coté gauche de la route, au lieu dit Houd-ben-Serar, selon les uns, et Aïn-Gaouaoua2, selon les autres.
Une reconnaissance faite autour du nouveau camp par la cavalerie, deux sections de tirailleurs et un bataillon de chasseurs, donna la certitude que les O. Nabet et le Sahel-Guebli ne désarmaient pas. Il y eut, en effet, ce jour-là, un engagement assez vif avec les rebelles, et nous eûmes quatre blessés.
Le lendemain 9 juin, le colonel Bonvalet partait avec son convoi pour Bordj-bou-Arreridj. Chemin faisant, il repoussa des bandes de cavaliers qui harcelèrent sa colonne à partir de Guebeur-Attia et il enleva de vive force les hauteurs de Sidi-Embarek , où plus de 2,000 fantassins et 300 cavaliers barraient la route. Ce combat ne nous coûta pas un seul homme, tandis que l’ennemi subit des pertes sensibles.
Le 11 juin, Bordj-bou-Arreridj était ravitaillé, et, le 12, le colonel reprenait la route de Sétif. II ne rencontra que quelques coureurs isolés qui prirent la fuite à la vue de la colonne.
Pendant ce ravitaillement, le camp d’Aïn-Gaouaoua fut tranquille.
Le 13 juin, il y eut, dans la journée, une escarmouche insignifiante lors d’une sortie combinée pour attirer l’ennemi dans une embuscade, tentative qui ne réussit pas, l’ennemi s'étant rendu compte de nos intentions.
Les troupes venaient de rentrer et tout semblait terminé quand, à six heures et demie du soir, une épouvantable fusillade est dirigée sur les faces nord et est du camp. Plusieurs milliers de Qbaïls attaquent
1. Dans le Belezma de Batna. Voir plus loin livre 111, chapitre vii : Les Bandes de la Mestaoua.
2. Ne pas confondre avec un autre Aïn-Gaouaoua qui existe dans la région plus au nord et au pied du Djebel-Tanout.
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nos grand'gardes, et, dès que la nuit est complète, ils se glissent en groupes nombreux entre ces grand'gardes et le front de bandière. Mais, avec le général Saussier, on savait se garder; les zouaves repoussèrent les assaillants à la baïonnette et leur ôtèrent toute envie d’approcher d’une façon inquiétante.
Cette attaque nous coûta trois tués : 2 officiers et un caporal; 10 zouaves furent blessés. L’ennemi perdit beaucoup plus de monde, surtout en avant des grand’gardes.
Le lendemain 14, à midi, le général leva son camp et alla s’établir près El-Ouricia, à Goudiat-el-Beida1, atin de faciliter le retour des détachements du Mesloug et d’Aïn-Messaoud. Ce changement de camp s'opéra sans incident.
I. La suite des opérations de la colonne Saussier se trouve au livre III, chapitre vi : La Reddition de Chikii-el-IIaddad.
DE BOUGIE A MILA
(6 mai -12 juillet.)
Combat sous Bougie; la compagnie de débarquement de la Jeanne-d’Arc- (8 mai).
— Combat du bois des cavaliers (13 mai). — Lettre d’Aziz (14 mai). — Attaque générale contre Bougie (17 mai). — Aziz chez les Amoucha 22-25 mai).
— Combat dans l'Oued-Sghir (24 mai). — Réunion des contingents d’Aziz à Aïn-Meraou du Tababort (26 mai . — Combats de Fedj-Selma et de Kef- Hamou; belle conduite des Benhabilès et des Beni-Foughal (28 mai). — Razzias et dévastations d’Aziz dans l’ouest, du cercle de Djidjeli (29 et 30 mai). — Lettres d’Aziz aux caïds Benhabilès et Benménia (31 mai). — Pillage et destruction du bordj de Texena (1er juin). — Lettre d’Aziz au colonel Bonvalet 1 1er juin). — Aziz quitte le cercle de Djidjeli et remet le commandement aux moqaddems (2 juin). — Premier combat sous Djidjeli (7 juin). — Deuxième combat (9 juin). — Troisième combat (11 juin). — El-Koreïchi-ben-Sidi-Sadoun à la zaouïa de Mohammed-ben-Fiala (12 juin). — Le caïd Belgacem-Bouziane et les contingents fidèles d’El-Milia à El-Aïnseur (12 juin). — Appel à la guerre sainte au marché des Beni-IIabibi (15 juin). — Lettre d’El-Koreïchi au caïd Belgacem-Bouziane (15 juin). — Le chérit Et-Haoussine-ben-Moulaï-Chekfa quitte Mila et vient aux Beni-Ideur (20 juin). — Grande réunion des rebelles à la zaouïa de Moulai- Ch ekfa; plan d’attaque 25 juin). — Marche des rebelles et prise du bordj du caïd des Beni-Ideur (26-27 juin). — Incursion des Beni- Ilabibi dans le cercle de Collo ; nouvelles défections (1er juillet). • — Combat d'El-Aïnseur ; pillage de la concession Bock (4 juillet). — Démonstration aux Ouled-Attia de Collo (5 juillet). — Combat de Redjas (4 j uillet . . — Défection des Beni-Khettab (5 juillet). — Échec de Moulaï-Chekfa sous El- Milia (7 juillet).
— Attaque de Mila (10 juillet). — Mila débloqué (12 juillet).
Le grand-maître des Rahmanya et ses fils avaient été les premiers prévenus par Mahmed-el-Djaadi de la mort du bachagha et des précautions prises dans le Hamza et les Isser pour cacher cet événement aux combattants de l'Islam.
Le 6 mai au matin, quand cette nouvelle lui arriva, Si-Mahmedben-Chikh-el-Haddad était à Tizi, occupé, depuis son demi-succès de Tala-Ouriane, à parfaire l'organisation de ses trois camps. Il comprit
LES ÉCHECS DE LA COALITION
tout de suite que le meilleur moyen de conjurer l'effet de la mort de Moqrani était d’entraîner les rebelles à de nouveaux combats.
Dans ce but, le 8 mai, il brusquait une attaque sur les abords de Bougie et lançait, contre les défenseurs des maisons suburbaines, des contingents choisis dans chacun de ses trois camps.
Mais l’artillerie de la place, croisant ses feux avec ceux de la Jennne-d' Arc, du Renard et du Limier , ne laissa pas les Qbaïls s'approcher. La compagnie de débarquement de la J eanne-d' Arc, sous les ordres du lieutenant de vaisseau Forêt, les délogea de la seule maison où ils avaient réussi à tenir pendant près de quatre heures.
ITn aspirant de marine, M. Hay de Hade, et trois matelots furent légèrement blessés dans cette affaire, où les pertes des rebelles furent assez graves pour les empêcher de rien tenter pendant quatre jours. Chikh-Mahmed, cependant, ne se découragea point, il appela de nouveaux contingents à Tizi, et bientôt il eut autour de lui une affluence considérable d’hommes armés.
Le 12, vers quatre heures du soir, plusieurs groupes se montrèrent dans la plaine; on les éloigna avec quelques obus, car il était trop tard pour tenter une sortie.
Le 13, dès sept heures du matin, une forte colonne de rebelles débouchait lentement du col de Tizi, musique en tète et drapeaux déployés. A neuf heures la place commençait le feu, et bientôt les goums des capitaines Bidault et Desdiguière sont engagés et soutiennent le premier choc. Le bois dit des Cavaliers, qui borde la route des Mezaïa et dans lequel l’ennemi est embusqué, est en partie incendié par le commandant Astruc, du 45e mobiles, et par la compagnie de débarquement de la J eanne-d: Arc, qui enlève plusieurs fermes garnies de Qbails.
Le canot à vapeur et le canot-major de la corvette, armés en guerre et embossés à l'embouchure de la Soummam, croisent leur feu avec celui du fort Clauzel.
A quatre heures du soir une pluie torrentielle mit fin au combat, qui durait depuis le matin; nous avions 3 morts et 20 blessés, dont un officier. Les pertes de l’ennemi étaient autrement graves: elles furent estimées à 400 hommes hors de combat.
Ce qui est certain, c’est que bon nombre de cadavres restèrent sur le terrain et que, pendant les journées des 14 et 15, il fallut, en raison des odeurs qui s’exhalaient, commander des corvées de goumiers et de spahis pour donner, sur place, la sépulture à ces corps que les rebelles n’osaient venir reprendre.
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Aziz avait assisté au combat du 13; après avoir eu, la veille, à El- Guern, ses contingents battus par le général Saussier, il venait, en outre, d’apprendre le débloquement de Tizi-Ouzou par le général Lallemand; aussi crut-il le moment opportun pour entamer des pourparlers et pour essayer d’obtenir, par fies paroles habiles, la situation qu’il se sentait impuissant à conquérir les armes à la main. Mais les dures leçons de l’adversité ne l'avaient pas encore corrigé de son infatuation; la lettre qu'il écrivit pour engager les négociations était maladroite. Elle est néanmoins curieuse, car elle met en relief l'antagonisme qui a toujours existé entre l’élément congréganiste et entre les chefs politiques, nobles de race ou simples fonctionnaires. Voici cette lettre ;
« Louange à Dieu, il est un. — 14 mai 1871. — Aux seigneurs les chefs grands ou petits; que de nombreux saints soient sur vous !
« Voici ce que j'ai à vous faire savoir au sujet de la guerre qui a éclaté entre vous et nous, avec la permission de Dieu. Ce sont vos caïds, vos cadis et vos chiouk qui en sont la cause; et cependant ils accusent ceux qui sont étrangers à cette rupture et qui n'ont fait aucun mal au gouvernement. C'est ainsi qu’ils ont trompé les autorités de Bougie; vous avez ajouté foi à ce qu’ils ont dit contre nous, alors que ce sont eux qui sont à la fois les ennemis du gouvernement et ceux des musulmans. Lorsque le gouvernement leur a confié le commandement et la direction des tribus, ils ont sans pitié ruiné les musulmans ; lorsque le gouvernement a fait appel à leur fortune et à leurs hommes, ils n’ont pas répondu à cet appel. Ils ont organisé des soffs dans les tribus et ont accusé d’intrigues ceux mêmes qui voulaient la paix, le bien et la prospérité des tribus.
« Alors nous nous sommes levés pour le djeliad, • sans être en force, sans trésor pour faire face à la guerre, et n’ayant que le concours de Dieu et la haine que nous avions dans le cœur contre les caïds. C’est là notre trésor et notre force contre ceux qui ne s’occupaient qu'à faire le mal dans les tribus.
« Je vous préviens par la présente lettre que, si vous demandez à faire la paix pour avoir quelques années de tranquillité, je serai le premier à y consentir. Nous ne faisons la guerre sainte que contre ceux qui veulent le mal du gouvernement et des musulmans, contre ceux d'où vient tout le mal. Si le gouvernement maintient ces caïds, nous resterons debout, avec l’aide de Dieu, pour faire la guerre sainte, jusqu'à ce que Dieu nous gratifie d'un gouvernement autre que
LES ECIIECS DE LA COALITION
le vôtre, et avec lequel je ferai la paix. Jusque-là nous nous liguerons contre vous, s’il plaît à Dieu.
« Écrit par ordre du chilch monseigneur Aziz-ben-Chikh-el- Haddad. »
Cette lettre étrange, par laquelle le chef des rebelles nous faisail connaître les conditions auxquelles il consentait à nous accorder la paix si nous la demandions, ne comportait aucune réponse, et il n’en fut pas fait.
Le 16 mai. Boumezrag (parti le 13 de Beni-Mansour) arrivait aux camps des fils de Chikh-el-Haddad. Il avait avec lui un beau goum de brillants cavaliers dont les blancs bernons se détachaient au milieu des masses grisâtres des Kabyles.
Le 17, vers les trois heures, goum et saga marchant en bon ordre, débouchaient, encore une fois, du col de Tizi pour tenter une nouvelle attaque générale. L'effort porta surtout sur les extrémités de la ligne des ouvrages avancés, sur la redoute du fossé et sur le fort Lemercier. Plusieurs escalades furent tentées pendant la nuit, mais elles échouèrent devant l’emploi des grenades à main. Quelques assaillants réussirent néanmoins à passer entre les forts, et, après avoir tué la sentinelle la plus avancée, ils assaillirent le plateau des tours, d’où ils furent vite repoussés. La lutte dura jusqu'à deux heures du matin.
Ce combat, qui nous coûta 3 tués et 5 blessés, devait donner un calme relatif jusqu’au 24 mai.
Dans la journée du 1 S ou du 19, Boumezrag et Aziz laissèrent Chikh-Mahmed réorganiser seul ses contingents et partirent chez les Amoucha. Le 20, ils étaient au village de Tassa, où ils rencontraient le moqaddem El-Koreichi-ben-Sidi-Sadoun. Battus par le général Saussier les 20, 22 et 25 mai, ils se séparèrent le soir du combat de Mentanou. Boumezrag alla vers l'ouest, dans l’Oued-Sahel, où on le réclamait, et Aziz, accompagné d’El-Koreicbi-ben-Sidi-Sadoun, s’en fut aux Ouled-Bezèze du Tababort rejoindre son beau-frère le moqaddem Amor-Bouaraour, qui l’attendait avec les contingents de la région.
Ces contingents étaient nombreux; Amor-Bouaraour était homme d’action, beau parleur, d’une belle prestance, et plus fait pour commander ([ue son frère le caïd Mohammed-Bouaraour, petit homme assez insignifiant, mais brave, honnête, franchement rallié à notre cause, et plus aimé des pauvres montagnards que le rusé moqaddem, devant qui ils tremblaient comme des enfants. Trois fractions seule-
DE BOUGIE A MILA
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ment, les Aït-Khafallah, Akhiane et Beni-Aïssa, étaient restées groupées autour du caïd, qui nous demandait en vain de le secourir et de le soutenir contre son frère.
Les moqaddems Bouaraour et Koreiclii signalèrent à Aziz les difficultés qu'ils avaient rencontrées pour soulever les tribus du littoral. Ces difficultés avaient eu pour cause non pas tant le peu de ferveur religieuse des habitants que l’opposition faite aux moqaddems par les caïds du cercle, la plupart anciens spahis ou mokhaznya dévoués à la France. Ces caïds avaient, jusqu'alors, maintenu leurs tribus, et, par leurs conseils, ils avaient fait adopter la même ligne de conduite au caïd des Beni-Siar, Si-Mohammed-Amoqrane, un marabout qui cependant avait pour ancêtre le dernier sultan de la Qalaa des Beni-Abbès '.
Les moqaddems signalaient surtout comme ayant une grande influence deux familles dont les indigènes redoutaient l'énergie et la réputation guerrière : les Benmenia1 2 3 et les Benhabilès L
Il fallait coûte que coûte ruiner ces deux familles avant que les Français iraient le temps d'amener des troupes à Djidjeli, où la garnison était en ce moment trop faible pour sortir de la ville. Toutes les tribus, ajoutait Amor-Bouaraour, avaient été fortement travaillées