‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 125 sur 202 · Carta, papier écrit · texte numérisé non relu

Carta, papier écrit

2. C’est la date musulmane de la mise en service du cactict : 127Ü 11 = 1862.

de J.-C.

LES ECHECS DE LA COALITION

« Notre chikh et émir, monseigneur Mohammed-Amziane-ben-el- Haddad, m’a ordonné de voussécrire quand je serai près de vous et de vous demander si vous acceptiez (d'ètre des nôtres), afin de vous offrir l’amane.

« Nous sommes frères en Dieu et en religion ; ne croyez donc pas que nous ayons l’intention devons punir. Nous avons juré, au nom de Dieu, de ne punir personne au sujet du passé.

« Tout le monde a été dans la crainte du gouvernement (français); nous-mêmes nous avons appris à le connaître et nous savons la crainte qu’il inspirait ; mais, après avoir vu quel était son pouvoir, nous avons appris sa décadence, sa faiblesse et son impuissance à sauver qui que ce soit des mains des soldats de la guerre sainte.

« Telle est la situation dans laquelle nous nous sommes trouvés : nous ne pouvions nous affranchir du joug du gouvernement, et, à l’approche des troupes du bachagha de la Medjana, nous avons prévenu les autorités, qui nous ont répondu d’avoir à combattre le bachagha. Or, du moment que nous nous trouvions assez forts pour combattre un ennemi du gouvernement français et pour nous faire tuer en dehors de la voie de l’Islam, nous n’avions pas besoin du gouvernement : car, à notre avis, tout gouvernement doit défendre ses administrés, s'il veut que ses administrés soient tenus à l'obéissance.

« En résumé, nous ne nous sommes levés pour la guerre sainte qu’après avoir éprouvé la crainte d'ètre attaqués par le bachagha et par ses troupes, qu'après avoir demandé protection à l'autorité française et qu’après avoir acquis la conviction de l’impuissance où elle était de nous protéger.

« La guerre nous a paru alors inévitable, soit contre les musulmans, soit contre les infidèles, et nous, nous avons préféré la faire contre les infidèles : car, si nous succombons dans la lutte, le paradis nous attend; si nous survivons, nous obtiendrons une grande gloire dans ce monde et dans l’autre.

« Au contraire, si nous périssons en faisant la guerre aux musulmans, le feu de l’enfer nous est réservé, et si nous survivons nous devenons un objet de mépris dans ce monde et dans l’autre.

« Nous vous prions de nous répondre : nous passerons la nuit dans la maison du cadi à Bou-Chekaïf. Nous demandons à Dieu son assistance contre ses ennemis. Qu’il nous accorde la victoire par les mérites des hommes de religion et de piété.

« Si vous pouvez vous joindre à nous, ce sera une action très louable, car nous nous prêterons mutuellement secours pour le bien de

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l'islamisme; toutefois, si vous ne le pouvez pas, n’empèchez point vos tribus de le faire.

« Si vous agissez ainsi, je ne pénétrerai pas sur votre territoire, je chercherai un autre endroit, votre bordj et vos demeures seront sauvegardés.

« Nous venons dans l'intérêt de la religion et non pour causer du mal aux. musulmans, excepté toutefois à ceux qui veulent se perdre en suivant le parti de nos ennemis.

« Salut! écrit par ordre de Y ami de la religion le chikh, le sid Aziz commandeur des crovants, Dieu le rende victorieux ! Amen!

« Il Rebia premier 1288 (31 tuai 1 87 1 ).

« P. S. — Nous avons écrit une lettre absolument semblable au caïd Benhabilès et à son frère Amor avant le combat que nous leur avons livré ; ils ne nous ont pas répondu.

<( Leur orgueil a été tel que Dieu les a perdus. Nous compléterons leur ruine le jour où nous nous mettrons à leur poursuite. Partout où ils iront, nous les atteindrons. Notre entrée dans le commandement de Djidjeli a été causée par ces chiens de traîtres. Certes, nous ne serions pas revenus dans ce pays sans eux et sans leur fourberie, pareille à celle des chiens. »

Cette lettre fut écrite au camp des Ouled-Kheddim-Allah, chez les Beni-Yadjis, où Aziz s’était installé le 31 mai en quittant le coldeSelma. Elle eut pour etl'et de faire rentrer à Djidjeli la famille des Benmenia, qui ne trouvèrent pas assez de partisans pour défendre avec eux leur bordj de Texena.

Par contre, la marche d’Aziz, de Selma aux Beni-Yadjis, n'avait été qu’une suite d’ovations, ovations inspirées par la crainte bien plus que par la sympathie, si on en excepte toutefois les démonstrations spontanées des Ouled-Ameur, Beni-Messad et Zerazza du Ferdjioua, serviteurs religieux des Ouled-Sidi-Sadoun et anciens ennemis des populations du cercle de Djidjeli.

D'un autre côté, pendant que les paysans allaient au-devant d’Aziz pour sauver leur pauvre avoir, de nombreux chioukh et notables amenaient leurs familles dans la ville française où déjà étaient leurs caïds. L’enceinte avait un grand développement, et il était facile d’abriter ces fugitifs sans gêner la population européenne, qui les accueillit avec sympathie et bienveillance.

En même temps que ces amis fidèles arrivaient ainsi à Djidjeli, L'Insurrection de 1871.

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d’autres chioukh et d’autres notables venaient s'excuser d’avoir fait acte d’obéissance à Si-Aziz et nous promettaient de combattre avec nous le jour où une colonne viendrait les protéger et remettre l’ordre dans le pays. « Nous ne sommes pas des insurgés; nous obéissons au maître du pays, et nous vous obéirons quand vous serez plus forts qu’Aziz, qui, pour nous, est un étranger et en qui nous avons moins confiance qu’en vous. »

Le 1er juin, Aziz, n’ayant reçu aucune réponse des Benmenia, marchait sur Texena, bridait le bordj et les diverses habitations de la famille et des cavaliers du caïd Belgacem, tandis qu’un autre groupe de rebelles incendiait, un peu plus loin, l’installation du caïd Ahmed- Benmenia.

Dans cette même journée du 1er juin, Aziz écrivit aussi au colonel Bonvalet pour le prier de lui envoyer secrètement, le 2, au Babor, un Français déguisé en Arabe; il avait, disait-il, l’intention de confier à ce Français, dûment accrédité par le colonel, des choses utiles au gouvernement. Dans cette lettre, Aziz accusait aussi les chefs indigènes, en général, d’avoir fait l’insurrection, et plus qu’eux encore le commandant supérieur de Bougie, qui, selon lui, était cause de la révolte des khouans de Seddouq.

Le colonel Bonvalet, qui avait connu Aziz enfant, lui répondit, le 8, une lettre très digne dans laquelle il disait, en substance, qu'il n’était pas besoin d’envoyer des émissaires et que, si réellement Aziz avait de bonnes intentions à l’égard du gouvernement, il n’avait qu’à séparer sa cause des chefs insurgés et à déclarer à ses khouans que, mieux éclairé par Dieu et reconnaissant la puissance de la France, il engageai! ses gens à se soumettre.

Le 2 juin1, Aziz quittait le cercle de Djidjeli pour rentrer aux Amoucha par le Ferdjioua et les Babor, laissant la direction des opérations contre Djidjeli aux trois moqaddems El-Koreïchi-ben-Sidi-Sadoun, Amor-Bouaraour, Taïeb-ben-Embarek-Boudfis, qui, tous trois, s'intitulaient khelifat d’Aziz. Autour deux se groupaient les autres moqaddems du cercle, les nouveaux chefs investis par le fils de Ghikh-el- Haddad, les anciens agents révoqués, et bon nombre' de gens tarés désireux de se venger des caïds qui jadis avaient signalé ou puni leurs méfaits.

1. Du 2 au 14 juin, les faits spéciaux à Aziz ont; été racontés dans le chapitre précédent ; à partir du 14 juin, ils le seront dans le chapitre vi du livre 111 : La Reddition du Ciiikh-el-IIaddad.

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A ce moment, tous les caïds réguliers, sauf trois, étaient à Djidjeii. Les trois absents étaient : Mohammed-Bouaraour , qui, sorti pour aller chercher sa famille, avait été pris et retenu par les insurgés; les caïds des Ouled-Askeur et des Beni-ldeur, qui, coupés de la ville par les rebelles, s'étaient mis en relation avec le chef de l’annexe d’El-Milia.

L’aviso le Forfait et la frégate YArmide étaient en rade et assuraient les communications, les ravitaillements et la défense des parties basses de la ville.

Le 7 juin, El-lvoreïchi et ses compagnons1, auxquels s’était joint Àmor-ben-Amoqrane, rnoqaddem des Beni-Segoual de Bougie, descendirent vers le bord de la mer, incendièrent le bordj du caïd Salahben-Bousdira, puis le moulin Morel, situé à six kilomètres de Djidjeii. Laissant alors une partie de leurs contingents àl’Oued-Djendjène, par crainte des Beni-ldeur et des Beni-Habibi encore hésitants, ils marchent sur la ville avec le reste de leur troupe.

Sur les deux heures, à deux kilomètres de la place, ils trouvent la route barrée par nos avant-postes, les attaquent et se battent jusqu’à quatre heures. Ils sont décimés par les obus de YArmide et rebroussent chemin sans même avoir eu la satisfaction de nous blesser un seul homme.

Le 9, ils renouvellent leur attaque par les hauteurs ouest, et tiraillent de sept heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi; mais, atteints à une grande distance par les chassepots et les canons de YArmide et du Forfait, ils se retirent, laissant sur le terrain 40 cadavres qu'ils viennent enlever pendant la nuit. Parmi leurs blessés se trouvait El-Koreïohi-ben-Sidi-Sadoun, atteint d’une balle à l’épaule, blessure d’ailleurs assez légère.

Le 11, à cinq heures du matin, ayant réuni beaucoup de monde, ils font encore un nouvel effort. Leurs attaques ont lieu sur plusieurs points à la fois, et leur principal objectif est de détruire la conduite d eau qui alimente la ville. Cette conduite a son origine dans un château d eau situé à 400 mètres des ouvrages avancés, au milieu de plantations vigoureuses qui abritent en partie les rebelles. Mais le

1. Entre autres, Si-Laohemi-ben-si-Larbi-ben-Amoqrane, ancien bachadel <te Selina; Si-Mohammed-ben-Seridj et ses deux lits Mokhtar et Madani, les plus acharnés des Beni-Oui'zeddine avec les enfants de Si-Saïd-ben-el-Grini ; Si-Brahamben-Bousoufa d’El-Aouna, Ouled-Mahmed ; Si-Aliujed-ben-Ali-ben-Chekirou, des Beni-Khezeur ; Ahuied-ben-Belgaccm-ben-Riate , des Beni-Marnn ; Salah-Boucluuna et Sulah-ben-Chitour, des Beni-Ainrane-Üjebala, etc., etc.

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bois est fouillé par l’artillerie et par des feux de mousqueterie bien nourris et bien dirigés. Le lieutenant-colonel Béhic, avec deux compagnies de zouaves, fait une sortie et déloge les ennemis des plantations, dans lesquelles il trouve 56 morts ou blessés abandonnés. Pendant ce temps VArmicle et le Forfait battaient de leurs obus le terrain entre le fort Duquesne et la place.

Dans ce combat nous eûmes 3 blessés, dont un lieutenant de tirailleurs.

Cette fois les rebelles renoncèrent à continuer la lutte contre la place. El-Koreïchi et Si-Amor-ben-Amoqrane, pour relever le moral des indigènes découragés, les entraînèrent vers l’est du cercle en leur promettant des razzias fructueuses et faciles sur les tribus encore soumises aux Français.

Cinq ou six cents hommes seulement restèrent sous la direction d’Amor-Bouaraour, qui organisa des tours de service afin de maintenir le blocus de Djidjeli, mais qui ne tenta pas de nouvelles attaques.

Ce blocus fut, dès lors, assez paisible, encore bien qu’il y eût, de temps à autre, quelques coups de fusil échangés aux avant-postes. Presque toutes les tribus envoyèrent en ville des délégués protester de leurs bons sentiments à notre égard et offrir de se soumettre et de livrer des otages, si nous voulions envoyer une colonne ou des détachements les protéger contre les razzias d'Aziz, de Koreïchi, de Bouaraour et des autres meneurs.

Nous ne pouvions prendre cet engagement, et les délégués se retiraient peu satisfaits d’être forcés de continuer cette vie d’aventure qui, n’étant ni la guerre heureuse ni la paix assurée, leur pesait singulièrement, caries moqaddems et les nouveaux chefs nommés par Aziz étaient bien plus exigeants et plus ruineux que les agents au service de la France.

Le 12 juin, El-Koreïchi-ben-Sidi-Sadoun et Amor-ben-Amoqrane campaient chez les Beni-Habibi ', non loin de l’embouchure de l’Ouedel-Kébir, et ils allèrent de leur personne à la zaouïa de Sidi-Ouaretz, zaouïa dirigée par Mohamed-ben-Fiala, moqaddem influent des Rahmanya.

Autour de lui ils trouvèrent réunis tous les mécontents de la vallée de l’Oued-el-Kébir et plusieurs indigènes qui, compromis dans la pre-

I. Les Beni-Habibi forment deux sections ou douars-communes portant les noms de Ilayène et de Oum-Agrioun.

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mière attaque du bordj d'El-Milia, et n'ayant plus rien à perdre, s’étaient faits les auxiliaires du moqaddem pour soulever le pays.

Jusque-là ils n'avaient guère réussi; la tribu dirigeante de la région. les Ouled-Aïdoun, qui s'étaient révoltés isolément le 11 février, avaient été désarmés et se tenaient tranquilles, ainsi que les autres tribus qui les avaient suivis dans cette échauffourée. L'arrivée d’Aziz dans le cercle de Djidjeli et la nouvelle de ses succès avaient bien produit une grosse émotion 'et entraîné de nombreuses individualités; mais ces tribus de l’Oued-el-Kébir étaient, par tradition, trop imprégnées de l'esprit de particularisme pour accepter la direction d’un chef étranger au pays.

Une petite saga bien organisée avait été postée, dès les premiers jours de juin, dans la vallée, au passage d'El-Aïnseur. Commandés par le caïd des Ouled-Aouat, Belgacem-ben-Rabah-Bouziane, les gens de cette saga étaient bien déterminés à ne pas laisser envahir leur territoire par Aziz ou par ses lieutenants. Ils avaient parmi eux la plupart des caïds et mokhaznya qui déjà avaient défendu le bordj d'El-Milia : Belgacem-Bouïa, caïd des Beni-Tlilène, le chaouch Saadben-Nini, petit homme roux, originaire des Oued-Aouat et d'une rare énergie, le khodja Ahmed-ben-Youcef, l'homme le plus intelligent et le plus dévoué de l’annexe, des vieux spahis et des khiela qui depuis 18(>0 étaient nos auxiliaires; Qbaïls modestes et sans aïeux, mais gens de bon sens dont il convient de noter ici le dévouement trop ignoré.

La bonne attitude et la composition de cette saga en imposaient aux meneurs. Aussi, le 12 juin, iis déclarèrent à El-Koreïchi qu’il n'y avait rien à faire tant que ces gens-là tiendraient pour les Français.

El-Koreïchi n'accepta pas cette solution; il lit honte aux moqaddems de leur tiédeur et de leur nullité, envoya des reqqabs, écrivit des lettres et donna rendez-vous aux notables des tribus du voisinage le jeudi 15 juin, au marché de Chekfa.

Les Beni-Habibi, Beni-Amrane-Seflia ", Ledjenah, Beni-Mammar, Beni-Salah2, etc., de Djidjeli; les Beni-Belaïd et les Beni-Meslem de l'Oued-Zour, y envoyèrent des délégués. Les moqaddems exaltèrent les esprits par le récit des succès d'Aziz à Selma et dans le cercle de Djidjeli, ainsi que par l’annonce de prétendues victoires de Boumezrag. Quand le terrain parut suffisamment préparé, Ahmed-ben-

!. Dénommés officiellement depuis -1869 Oued-Djendjéne.

-. Dénommés officiellement depuis 1S6S Oued liou-Youcef.

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Saïoud, moqaddem des Taharia (Beni-Ideur), s’avança au milieu de la foule, un Coran à la main, et se mit à psalmodier d’une voix forte les versets les plus entraînants du livre saint; il accompagnait chaque verset de commentaires, d’objurgations, de menaces et de promesses. Quand l’émotion fut générale, il réclama de tous les assistants le serment de guerre, suivant la coutume locale, puis il annonça que, le lendemain, on attaquerait le caïd des Ouled-Aouat.

Celui-ci fut aussitôt prévenu, car il avait dans son petit camp deux khouans Rahmanya qui avaient refusé, et qui refusèrent jusqu’à la fin de s’associer aux rebelles : c’étaient Si-Belgacem-ben-Ali-Derouïch, de Taïlmam, et Si-Ali-ben-Fiala, ancien cadi, propre frère de Si-el-hadj- Mohammed-ben-Fiala, mais vivant séparé de son frère et ayant des idées toutes différentes1.

Sur l’avis transmis à El-Milia par Belgacem-Bouziane, le capitaine Mellx, chef de l'annexe, envoya quelques renforts indigènes, et, dans la matinée du 16 juin, 500 fusils2 3 étaient réunis à El-Aïnseur.

Malgré le serment de la veille, l’attaque n’eut pas lieu; le camp fut bien entouré par les rebelles, mais ils restèrent hors de portée des chassepots des deux ou trois spahis qui se trouvaient avec nos auxiliaires.

A la tombée de la nuit, le caïd Belgacem-Bouziane reçut la lettre suivante qui, deux heures après, était aux mains du chef d’annexe :

« Louange à Dieu, il est un. Que Dieu répande ses grâces sur notre seigneur et notre maître Mohammed! A la seigneurie de l’honorable, du vénérable, du très gracieux, très pur, très parfait... etc., le caïd Belgacem-ben-Bouziane... 3 (nombreux souhaits et salutations...). Il y aura .du bien, s'il plaît à Dieu, dans ce qui va vous être dit. Notre intention est de nous diriger sur El-Milia dans le but de saccager et de piller cette localité. Mais avant nous désirons savoir si vous êtes un auxiliaire du protecteur de l’Islam. Nous espérons que vous ne vous opposerez pas à notre volonté. Nous voulons le combat de la guerre

1. C’était un homme intelligent, franc et sympathique, grand chasseur et hon soldat. Mais, passionné et violent, il avait dû donner sa démission de cadi. — On a vu (livre I, chapitre ni, page 134) qu’en février il s’était déjà réfugié dans le bordj d’JLl-Milia, ainsi que Ben-Ali-Derouïch.

2. 250 du caïdat des Ouled-Aouat; 200 du caïdat des Beni-Khettab avec le caïd Ben-Meradji ; 40 avec le caïd Belgacem-Bouya des Beni-Tlilène.

3. Il y avait un luxe inouï de compliments; Belgacem-Bouziane, qui était un Qbaïl illettré et un très mince personnage hors des Ouled-Aouat, n’avait de sa vie reçu une lettre aussi cérémonieuse. C'était à dessein : on le savait un peu orgueilleux et on avait voulu le griser avec ces formules.

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sainle : c’est un chemin connu, c’est la voie de l’orthodoxie et de la gloire. Que Dieu nous aplanisse les obstacles !

« Si vous ne vous ralliez pas à nous, certes vous méconnaîtrez ce qui vous est profitable. Alors préparez-vous à la défense! Nous ne craignons ni vous ni le gouvernement français auquel vous êtes inféodé, car l'autorité française n’est rien devant Dieu ni devant ses élus.

« Salut sur vous, de la part de tous les gens des tribus du Babor aux Beni-Habibi, de la part du khalifat (d’Aziz), le seigneur El-Koreïchi-ben-Sidi-Sadoun, et du saint de Dieu1 El-hadj-Mohammed-ben- Fiala. Que Dieu prolonge leurs existences! Amen, amen, amen.

« Bépondez-nous vite, salut. »

Belgacem-Bouziane, après s’être fait donner lecture de cette lettre, avait répondu verbalement au messager qu’il ne quitterait pas son poste et qu’il était prêt à repousser toute attaque.

La nuit fut tranquille, et, le lendemain 17, les contingents rebelles commencèrent à se disperser.

L’émotion n’était pas calmée; mais les paysans de l’Oued-el-Kébir, longtemps indépendants, ont horreur de l’ingérence des étrangers dans leurs affaires : ils avaient aussi de vieilles haines contre la famille de Si-el-Koreïchi-ben-Sidi-Sadoun, qui, appartenant à la noblesse religieuse du Ferdjioua, avait été de tous temps l’alliée des Bouakkazben-Achour, ennemis traditionnels des populations de l’annexe d’El- Milia. D’ailleurs, plus superstitieux que dévots, et trop peu intelligents pour apprécier la force qu’ils pouvaient tirer de l’association congréganique, les gens de l'Oued-el-Kébir ne comptaient guère plus de 1,200 à 1,300 khouans disséminés partout et fort peu dans la main de leur moqaddem.

El-hadj-Mohammed-ben-Fiala n’avait pas caché cette situation à El-Koreïchi, et c’était sur ses conseils que ce dernier avait , le 12 juin, fait faire son appel au djehad par Ahmed-ben-Saïoud, c’est-à-dire par un homme du pays.

Reconnaissant enfin que leur présence sur ce point était plutôt nuisible qu’utile à la cause qu’ils servaient, El-Koreïchi et Amor-ben- Amoqrane partirent bientôt pour retrouver Aziz du côté de Takitount.

Mohammed-ben-Fiala, qui ne se sentait pas de force à entraîner le pays où son frère Ali avait au moins autant d’influence et plus de

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