El-Ouali
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AU
sy mpatl lie q ue lui , écrivit à Si-el- Haoussine-ben-( Ihéri f-Moulaï-Chekfa' , interné politique alors en résidence à Mila.
Descendant du prophète, arrière-petit-fils de deux grands saints inhumés dans le pays et ayant autour d’eux une légende miraculeuse, propriétaire d’une zaouïa qui avait servi d’asile inviolable aux beys et aux plus grands personnages, ancien prisonnier des chrétiens, qu’il avait eu la faiblesse de servir un instant, Moulaï-Chekfa était, aux yeux des indigènes de la région, le seul homme en situation de commander dans l'Oued-el-Kébir. Il avait résisté aux sollicitations d’Aziz, par qui il aurait pu être rejeté au second plan; il ne résista pas aux instances de son ancien ami et voisin Mohammed-ben-Fiala, et, le 20 juin, trompant la surveillance nominale du caïd de Mila, il quitta cette ville et vint aux Beni-Ideur.
Son arrivée fut marquée par de grandes fêtes, et il fut acclamé comme chef d’abord par la fraction des Ouled-Taleb, composée de ses parents éloignés, puis par la presque totalité des Beni-ldeur. Le caïd Amor-Khalfa-ben-Amirouch, chef du soft hostile à la zaouïa et demeuré fidèle à la France, abandonné de tous ses partisans, fut forcé de se réfugier dans son bordj avec les gens de sa famille, ses deïra et cinq de ses chioukh 1 2.
1. Au XVIIe siècle, un taleb, Marocain et chérit, Sidi-Mohammcd-el-Abid, arriva sur une barque, chelcfa, s’échouer à l’embouchure de l’Oued-el-Kébir, chez les Ouled-Chebel des Beni-IIabibi. — (La tradition dit aussi qu’il arriva sur une natte lui servant de barque.) Sur ce point, il fonda une mosquée où est encore son tombeau. Ce chérit, seigneur de la barque, Moulai cliekfa. fut l'ancêtre d’une famille, qui, {dus tard, se fixa aux O. Amor des Beni-Ideur. Un de ses descendants, Sidi-Abdallah, remit la barque à flot pour aller à Alger combattre les infidèles lors de l’expédition d’OReilly (1773); son intervention miraculeuse entraîna, — selon la légende, — l’échec des Espagnols. A son retour, il fut comblé d’honneurs par les Turcs, et sa zaouïa devint un lieu d’asile célèbre, où se réfugièrent des beys et de hauts personnages en disgrâce.
Quand nous fûmes maîtres du pays, nous eûmes d’abord des relations assez bonnes avec Ahmed-ben-chérif-Moulaï-Cliekfa, parce qu'il possédait une grande propriété que les Turcs avaient donnée à sa famille près de Constantine, et aussi parce que c’était un homme intelligent et politique. Mais, en 1843, Lakhdar, son frère aîné, ayant fomenté des intrigues dans la banlieue de Constantine, fut enlevé et déporté en France. En 1813, le chef de famille était venu à Djidjeli offrir* de nouveau son concours, et peu après, en 1851, un de ses fils, Si-el-Haoussine, avait été nommé caïd des Beni-Ideur. Son incapacité lui fit retirer des tribus, entre autres celle des Taharya, qui fut donnée à Khalfa-ben-Amirouch (père du caïd actuel). Compromis en 1853 dans un complot, tendant à assassiner le chef de bataillon Robert, commandant du cercle de Djidjeli, Si-el-Haoussine-ben- Moùlaï-Chekfa fut interné à Mila. Voir sur Moulaï-Chekfa Y Histoire de Djidjeli , par C. Féraud, Constantine, 1870.
2. Ces cinq chioukh étaient : Ahmed-ben-Khalfa, de Taharia; Djemaa-ben-
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Mohammed-ben-Fiala envoya de suite (les émissaires annoncer à toutes les tribus de la vallée le retour de Moulaï-Chekfa et convia les indigènes à une grande réunion à la zaouïa du chérit.
Cette réunion eut lieu le 25 juin; toutes les tribus de l’Oued-el-Kébir et de Djidjeli y furent représentées par des moqaddems ou des délégués. Les Ouled-Askeur, dont le caïd Aïech-ben-Zaïd était encore lidèle, y envoyèrent le moqaddem Labassi-ben-Amoqrane.
La discussion fut longue, et, en fin de compte, après avoir reconnu qu'on pouvait compter sur 6,000 fusils, on convint d'opérer en deux colonnes, ayant chacune un objectif distinct. La première devait marcher par les crêtes vers El-Aroussa * 1 et détruire sur sa route le bordj • lu caïd Ben-Amirouch ; la seconde devait remonter la vallée de l'Oued-el-Kébir, en finir avec les contingents des Français aux Ouled- Aouat et marcher sur El-Milia.
Le 26 juin, la première colonne exécuta assez bien son programme : elle marcha en bon ordre jusqu'en vue du bordj du caïd Ben-Amirouch et entraîna une partie des défenseurs groupés autour; le caïd, jugeant la résistance impossible, se retira avec les siens chez les Ouled-Askeur, auprès du caïd Aïech-ben-Zaïd.
Le 27, Moulaï-Chekfa et Ben-Fiala s'installèrent au bordj Tahar et envoyèrent à Aïech-ben-Zaïd l'ordre de se joindre à eux. Le caïd leur répondit par écrit qu’il se préparait à leur interdire l'entrée de sa tribu.
Le pauvre homme ignorait qu'il ne commandait plus ses gens et qu'en même temps que sa lettre en arrivait une autre par laquelle les notables, réunis en djemaa, écrivaient au moqaddem Labassi-ben- Amoqrane qu'ils étaient prêts à combattre pour l'Islam et à recevoir en amis les contingents du chérit Moulaï-Chekfa.
Ceux-ci continuèrent donc à s’avancer, et furent bien accueillis par les Ouled-Askeur. En présence de cette défection, Ben-Amirouch et les siens se replièrent chez les Beni-lvhettab, qui, sous les ordres du caïd Ben-Meradji, étaient venus précipitamment d’EI-Aïnseur pour défendre leur territoire contre les bandes du chérit. Quant à Aïechben-Zaïd, surpris et retenu par ses parents ou amis, il resta avec sa tribu et fit cause commune avec les rebelles.
Mouaoueh, des Ouled-Khelas ; lîelgaceui-ben- Ahmed, des Ouled-Taleb; Alnnedben-Ali-Lamar, des Ouled-Allal; Mohatumed-ben-Salah, des Beni-Ghezelli.
1. El-Aroussa est un excellent point stratégique et politique, où le général Desvaux voulait voir créer une ville française qui aurait été un chef-lieu de circonscription. Le climat, très salubre, est un peu froid en hiver, les terres y sont très bonnes.
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La seconde colonne, partie de la zaouïa de Chekfa, n’exécuta pas aussi bien son programme ; les rebelles se contentèrent, le 26, de renverser et de brûler les poteaux de la ligne télégraphique ; personne n’avait le commandement effectif; les moqaddems étaient sans autorité et chacun des meneurs entendait faire prévaloir son avis.
Cependant, ils tombèrent d’accord pour ne pas aller attaquer le caïd des Quled-Aouat avant d’avoir la certitude de ne laisser derrière eux aucun ennemi.
Le Ie' juillet, Larbi-ben-Bouzeraa, Belgacem-ben-Mabrouk, de Ledjenah, et les autres meneurs desBeni-Habibi, brûlèrent1 la maison du chikh Ahmed-ben-Mohammed-ben-Lamri, de Ledjenah, alors réfugié à Djidjeli. Puis, sans provocation aucune, ils allèrent, au nombre de 1,200 à 1,500 fusils, enlever les troupeaux du village de Bahala des Beni-Meslem, pour punir cette tribu d’avoir payé ses impôts à Collo, où la situation était restée satisfaisante2 3.
Leur chikh Ameur-ben-Rfas et les notables vinrent se plaindre au commandant supérieur, qui ne put que leur donner de bonnes paroles et de vagues promesses-, car, en raison de l’effectif réduit de la garnison, il ne pouvait agir sans prendre les ordres de ses chefs. Ils revinrent donc chez eux convaincus de notre impuissance à les proléger, et ils entrèrent en pourparlers avec les Beni-Habibi. Ceux-ci consentirent à leur rendre leurs troupeaux, à la condition qu’ils fourniraient des contingents armés à l’insurrection, ce qu’ils firent après quelques hésitations.
Grossis de ces nouveaux adhérents, les Beni-Habibi se rendirent, le 3 juillet, chez les Beni-Ferguène ? et chez les Beni-bel-Aïd, les menaçant de razzia s’ils ne marchaient pas avec eux contre les Mchate d’El-Milia, qui, désarmés au mois de février, ne pouvaient se défendre. Mais ils trouvèrent là le caïd Belgacem-Bouziane, qui, prévenu en temps utile, était venu au secours de ses amis.
1. Dans presque tous les pays kabyles et plus particulièrement dans la région entre Collo, El-Milia et Bougie, l’incendie d’un gourbi ou d’une maison a un caractère infamant pour le propriétaire. Dans un écrit relatant le droit coutumier des Ouled-Attia de Collo, on trouve ceci : « Si quelqu’un tue injustement un membre de sa fraction, on brûlera sa maison, ses biens seront confisqués...; en outre, il sera banni. »
2. La pénurie de troupes avait forcé de retirer le détachement qui gardait l’établissement forestier de Bounougha; mais les Djezia et les Ziabra avaient spontanément, organisé une saga pour préserver l’établissement des déprédations des pillards isolés.
3. Déjà compromis, en février, par l’incendie de l’usine à huile de Mers-el- Zitoun.
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Les Beni-I-Iabibi retournèrent alors à Ledjenali; mais, dans la nuit, profitant de l'imprudence de Bouziane, qui, pour protéger les Mchate, avait dégarni le poste d’El-Aïnseur, ils s’assurèrent la connivence d’un certain Ali-ben-Guidoun, garde particulier de la concession Bock, et, au point du jour, ils cernèrent le petit groupe resté au camp avec le caïd des Ü. Aouat. Celui-ci ne put tenir; il résista cependant de son mieux, eut 2 hommes blessés, en tua 4 aux rebelles et en mit quelques-uns hors de combat; mais, abandonné par une partie des Ouled-Aouat qui jugeaient la défense impossible, il se replia avec 27 hommes de sa tribu et quelques étrangers sur le bordj d’El-Milia, où il allait rester auprès du chef d’annexe jusqu’à la fin de l’insurrection.
A son départ, la concession Bock fut pillée et incendiée, ainsi que les forêts voisines; l’insurrection gagna alors toutes les tribus de la vallée de l'Oued-el-Kébir et de Collo.
Toutefois, le capitaine Vivensang, commandant supérieur de ce cercle, avait, dès le 3 juillet, signalé la situation créée par les incursions des Beni-Habibi et par les menées des émissaires de Ben-Fiala et de Moulaï-Chekfa. Il avait insisté pour l’envoi dans l'Oued-Zour de quelques zouaves avec des goums, afin d’affirmer notre autorité et d’essayer de sauvegarder les grands intérêts commerciaux engagés dans les forêts de chênes-lièges de la Société Besson, Lecouturier et Cie.
Ses instances triomphèrent des appréhensions, d’ailleurs très légitimes, que l’on avait à la subdivision de Constantine, en raison de la gravité du mouvement insurrectionnel.
Le 5 juillet, le capitaine Pont, chef du bureau arabe, parcourait les Üuled-Attia avec une compagnie de zouaves et une saga de 400 indigènes des Beni-Mehenna, Arb-Goufi et O. Djemaa. Cette démonstration eut un excellent effet : elle maintint dans le devoir les Ouled- Attia, rendit les Beni-Fergène hésitants et donna le calme à cette région jusqu’au 20 juillet.
Mais, pendant que ces faits avaient lieu vers l’embouchure de l’Oued-el-Kébir, Moulaï-Chekfa et Ben-Fiala avançaient de leur côté par la crête jusqu'au col de Fedj-el-Khemis, chez les Beni-Ftah, qui se rallièrent à l’insurrection.
Là, il se mit en relation avec les chioukh des Arrès, Ali-ben-Hamimoud, Ali-Bennaceur, et ceux du Zouagha-Dahra, Mahadi-ben-Larbi, Djoudi-ben-Bouchlarem, qui lui promirent des contingents pour marcher contre Mila. Mais le moment n’était guère propice pour s’attaquer à cette ville; le 1er juillet, une colonne, partie de Constantine
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pour Sétif, sous les ordres du colonel Louis, avait laissé 150 hommes du 8e provisoire dans Mila, et, le 3 juin, elle avail continué sa route avec près de 2,000 hommes et de l'artillerie.
Moulaï-Chekfa excite alors les gens du Zouagha à donner des gages à la cause de l'Islam en attaquant celle colonne: « Toutes les crêtes, leur dit-il, sont garnies de moudjehadines ; nous sommes plus nombreux que les Français, avec l'aide de Dieu nous en aurons raison, lui seul donne la victoire!... »
Les indigènes l’écoutent, et, le 't juillet, des masses relativement considérables s’approchent du bivouac de Redjas et prennent position sur la rive gauche de l’Oued-Maïla. Le colonel Louis, voulant éviter une attaque de nuit, se porte contre eux, à trois heures du soir, avec deux bataillons sans sac et une section d’artillerie. 11 les disperse à coups de canon, leur t ue une vingtaine d’hommes, a 4 blessés, et rentre à son bivouac sans être inquiété1.
Les indigènes avaient fui dans l’Oued-Endja, et le colonel n’avait pu les poursuivre à cause de l’heure avancée et surtout à cause de l’extrême fatigue qui résultait pour ses troupes de ce combat livré après une étape faite sous un ciel de feu. Il dut même, malgré l’ordre qu’il avait de se rendre à Sétif sans s’arrêter, donner un jour de repos à ses hommes.
Quand les rebelles virent la colonne arrêtée, ils remontèrent sur les crêtes auprès de Moulaï-Chekfa. Ils étaient si nombreux que les trois cents Beni-Khetlab postés à El-Aroussa se débandèrent sans même les attendre. Le caïd Ben-Meradji et quelques chioukh ou notables coururent se réfugier à El-Milia et annoncer l'arrivée du chérif ; les autres firent leurs offres de service à Moulaï-Chekfa, qui, le 3 au soir, vint camper à El-Aroussa.
Le 6 juillet on vit, du bordj d’EI-Milia, les masses rebelles descendre les coteaux des Ouled-Ali2 au nombre de cinq ou six mille ; mais c’était une véritable cohue, et cela ne ressemblait en rien aux colonnes des camps d’Aziz ou à celles des Qbaïls du Djurdjura.
Prévenu dès le 5, le capitaine Mélix avait pris ses dispositions.
Le 7 juillet au matin, quand les bandes du chérif eurent commencé
1. Il repartit la nuit suivante à une heure du matin, le 6 juillet, et fut rejoint au Ferdjioua par le colonel Flogny, qui prit le commandement. Celui-ci arriva à Sétif, le 11, sans avoir été inquiété. Il devait, dans cette ville, prendre un convoi et le conduire au général Saussicr.
2. Les Ouled-Ali sont, depuis le 23 octobre 1809, officiellement dénommés : douar-commune ou section de l’Oued-Addar.
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à passer la rivière, assez large et assez profonde, quoique guéable, et au moment où ils commençaient à tirailler sur le bordj, le goum des raids, chioukh, spahis et mokhaznya, la saga des Adjankia 1 et celle îles isolés des diverses tribus, tombent avec une véritable furie sur cette foule en désordre, et, après une heure de lutte, rejettent les rebelles de l’autre côté de la rivière. Ceux-ci laissaient entre nos mains 4 cadavres, 100 fusils, 20 prisonniers, et ils emportaient de nombreux morts et blessés. Nos contingents avaient un deïra tué et deux ou trois hommes légèrement blessés.
Les Ouled-Aouat, qui n'avaient pas voulu suivre leur caïd au bordj d’El-Milia le 4 juillet, étaient arrivés en armes sur la rive gauche delà rivière, et, quand ils virent les rebelles en déroute, ils les poursuivirent à coups de fusil dans la plaine des Ouled-Ali.
Moulaï-Chekfa remonta à El-Aroussa sans être découragé; il attribuait uniquement son insuccès au désordre occasionné par le passage de la rivière et à l’impossibilité où il s’était trouvé de faire entrer en ligne tous ses contingents.
Revenant alors à sa première idée, il emmena, le 9 juillet, les sagas des Beni-IIabibi, Beni-Ideur, O. Askeur, Beni-Ftah, Ai res et Zouagha, dans la direction de Mila.
Cette petite ville, qui fut si longtemps le Versailles des Turcs de Constantine, ne renfermait pas alors de colons français; mais presque tous ses habitants étaient des parents d’indigènes au service des chrétiens, et l’on disait que Moulaï-Chekfa avait des rancunes particulières à satisfaire contre ces musulmans.
Peut-être aussi était-il simplement l’agent de Bouakkaz-ben-Achour, qui désirait compromettre son cousin et ennemi Ahmed-Khodja-ben- Achour et le faire remplacer par son fils à la tète du Ferdjioua. On n'eut pas la preuve de ces intrigues, mais elles furent alhrmées par beaucoup de personnes désintéressées et bien au courant des affaires du pays.
Quoi qu’il en soit, le 9 juillet, Moulaï-Chekfa menaçait Mila; le 1U, à sept heures du matin, il ouvrait le feu sur la place, que défendaient cent cinquante hommes du 8e provisoire et quelques tirailleurs, commandés par le capitaine de Lorges. Les murs de la ville, con-
1. Adjankia, village à portée de fusil au nord du Bordj. il est habité presque exclusivement par les familles des mokhaznya ou des agents au service de la France. Il fait partie de la tribu des Ouled-Aïdoun dont le nom, célèbre dans cette région, a disparu du vocabulaire otliciel : les O. Aïdoun ont formé les deux sections des O. Kacem el des O. Debbab.
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struits par les Romains, étaient solides, et celte attaque n’avait aucune chance d’aboutir. Cependant nous eûmes, ce jour-là, sur les remparts, un sous-ofïicier français et un auxiliaire indigène tués, et 2 tirailleurs furent blessés.
Pendant cette attaque, des bandes rebelles battaient le pays autour de la ville, et le bruit courut un instant que les insurgés marchaient sur le village de l’Oued-Atmenia. Il y eut même un moment de panique chez les colons de la banlieue de Constantine. Le capitaine Villot, chef du bureau arabe, à la tète du goum des Abdelnour, parvint à les rassurer.
Le 11 juillet, trois cents hommes d’infanterie et quatre cents cavaliers du 1er hussards, arrivés le matin de Philippeville, partirent île Constantine sous les ordres du lieutenant-colonel Yata, et arrivèrent le 12 à M i la avec le goum des Ouled-Abdelnour.
Les rebelles, qui, le 11, avaient continué leur tir inutile contre les murs de la ville, se dispersèrent sans coup férir à l’arrivée du goum du capitaine Vi Ilot, précédant les hussards de quelques kilomètres.
Us se replièrent vers le bordj de Zraïa et s’organisèrent dans les montagnes du Zouagha, où Moulaï-Chekf'a s’occupa, pendant plusieurs jours, à organiser ses contingents et à recruter de nouveaux partisans J.
1. La suile des faits relatifs à la région de l’Oued-el-Kébir est au livre IV, ehapitre ii : Moui.aï-Ciiekfa.
DANS LE DJÜRDJÜRA
(8 mai -19 juillet. )
La situation à Fort-National 8 niai). — Défense de l’égout principal 10 mai).
— Sortie du makhezène et des mobilisés de la Côte-d'Or 1 12 mai). — Le canon d’Imaïnserène (17 mai . — Les Imessebelène. — Assaut de Fort- National (22 mai i. — Sortie du capitaine llavez (24 mai). — Lettre du général Lallemand au colonel Maréchal (23 mai . — Nouvelles menées des rnoqaddems et nouveaux travaux d’investissement. — • Départ de la colonne Lallemand pour le massif des Aïl-Aïssi (6 juin1. — Prise des villages des Aït- Khelifa et des Ibetrounène (6 juin . — Soumission de ces deux tribus 7 juin .
— Combat au Souq-el-Khemis des Maatka (8 juin;. — Combat d’arrière-garde à l’Oüed-Mechtra dt juin). — Prise des villages d'Agouni-Boufal et de Tighilt- Mahmoud (9 juin . — Combat de Ighil-Taboucht 10 juin . — Razzia” dans l’Oued- Aïssi (Il juin:. — Destruction de Taguemmount-Azouz (il juin,. — Séjour des colonnes à Tizi-Ouzou (13-15 juin . — Pointe de la cavalerie vers le haut Sébaou et vers Ïizi-Rached 1 5 juin . — Sortie de la garnison de Fort- National et prise d'assaut des villages d’Aguemoun et d'imaïnserène (16 juin).
— Les colonnes Lallemand et Gérez débloquent Fort-National (16 juin). — Ordre du jour du général Lallemand (18 juin . — Combat et prise d’Icheridéne 24 juin). — Nombreuses soumissions. — Démarches des Mahieddine cl de Ali-Oukaci. — Remise des colons captifs de Bordj-Menaïel par Ali-Oukaci (28 juin). — Soumission d’Ali-Oukaci et d’Aziz-ben-Chikh-el-Haddad au camp d’Aït-Hichem (30 juin). — Lettre d’Aziz au gouverneur (30 juin). — Lettre de Ghikh-el-IIaddad au général Lallemand (30 juin . — Lettre du gouverneur au général Lallemand (12 juillet). — A Tizi-Bouirem, la colonne Gérez quitte le général Lallemand (G juillet). — Soumission de Mahmed-el-Djaadi et des principales tribus de Dra-el-Mizane (9 juillet:. — Prise des villages des Aït-Gouli (11 juillet). — Nouvelles soumissions. — La colonne Gérez quitte Dra-el-Mizane et rentre à Aumale.
Au 8 mai, la ville et la garnison de Fort-National étaient toujours sans nouvelles de l'intérieur; le blocus s'était resserré; l’ennemi, que ses pertes incessantes ne décourageaient pas, avait rapproché ses travaux d’attaque et commençait à creuser des galeries de mines.
Le 10 mai, on s’aperçut qu’il s’était engagé dans l'égout principal
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et qu'il attaquait au pic ou à la pioche le mur de maçonnerie construit en travers au moment de l'investissement. Des sapeurs du génie percèrent aussitôt la voûte, et, avec une barre à mine, ils firent dans la pierre un trou étroit qui permit d’engager un canon de chassepot. Le tir rapide de cette arme éloigna les mineurs qbaïls, que lebruit de notre travail n'avait pas réussi à faire partir. On fabriqua desuite des pots à suffoquer, et une surveillance spéciale réussit à empêcher l'établissement de fourneaux de mine.
Les Qbaïls exécutèrent aussi, avec beaucoup d’adresse, une autregalerie vers le saillant du bastion 8; une contre-mine faite par nos sapeurs allait aboutir, quand le 12 mai, dans une sortie, on rendit impraticable le cheminement extérieur.
Ce jour-là (12 mai), Si-Lounis-Naït-Ameur, avec cinquante hommes d’Azouza, parvint jusqu'au pied des remparts, et remit au lieutenantcolonel Maréchal une lettre du général Lallemand datée du 30 avril. Mais il apportait deux nouvelles plus fraîches et de nature à réconforter les assiégés: la mort du bachagha et le débloquement de Tizi- Oitzou par la colonne du général en chef.
Profitant de ce petit renfort, le lieutenant-colonel fait sortir le capitaine Ravez, chef du bureau arabe, avec la saga de Si-Lounis, le makbezène, commandé par le lieutenant Fiak, et quatre-vingts mobiles de la Côte-d’Or, conduits par le lieutenant Villard. La petitetroupe s’élance au pas de course, par la porte d’Alger, gravit leS' hauteurs qui commandent cette porte, s’empare des positions de l’ennemi et incendie les villages d'Imaïnserène, Ourfia, Afensou etTighiltel-lïadj-Ali1.
Les Qbaïls, surpris de cette brusque attaque, sont frappés de stupeur; le moqaddem Mohammed-AJi-ou-Sabnoun, pris d’une panique restée légendaire dans le pays, entraîne les siens dans une fuite désordonnée; les gens de Tablebalt et de Taddert-ou-Fella les arrêtent et les ramènent au combat.
Mais il est trop tard; notre but est atteint: les villages servant d’embuscades sont brûlés; le capitaine Damarey, avec les habitants du fort, a bouleversé ou détruit les travaux d’approche et les galeries de mine; le capitaine Ravez rentre sans difficulté, protégé, maintenant, par l’artillerie de la place.
1. Villages des Aït-Akerma de la confédération des Aït-Iraten. — Imaïnserène et Ourfia forment un seul toufik de 166 habitants; Afensou, un village de 170 habitants; Tighilt-el— hadj-Ali, un autre de 160 habitants.
DANS LE DJURDJURA
Nous avions 2 hommes tués et 7 blessés, dont le lieutenant du bureau arabe, M. Fiak.
La fidélité de Si-Lounis-Naït-Ameur lui coûta cher: le 13, les moqaddems firent piller et détruire à Tamazirt tout ce qui appartenait au soff de nos auxiliaires des Aït-ou-Ameur.
Cette mesure était politique de la part des rebelles, car la présence de la colonne à Tizi-Ouzou ranimait les espérances du parti hostile aux moqaddems, et ceux-ci n’ignoraient pas que ce parti, favorable aux Français, était, somme toute, en majorité à Adeni, Tamazirt, Aït-Saïd-ou-Zeggou, Aït-Yacoub, Aït-Hag, Iazzouzène et Aguemmoun, villages qui bordent la route nationale, et aussi àTizi-Rached, Abouda, Aït-Atelli, etc.
Le 13 mai, un émissaire apporta une lettre du général Lallemand datée de Tizi-Ouzou, mais il ne put sortir pour porter la réponse.
Le 17, les Qbaïls, ayant réussi, sous la direction de El-Haoussineou-Hamadouch1, à amener, du cercle de Tizi-Ouzou, un vieux canon turc, le mirent en batterie à Imaïnserène, et lancèrent des boulets pleins, de dix centimètres environ de diamètre et du poids de 2 kilog. 500. L'un de ces projectiles atteignit l’angle de la maison du commandant de place, un autre la toiture du poste de la porte d’Alger, le troisième traversa cette porte. Mais la confection de boulets forgés était une très grosse affaire, le pointage difïi cile, sans justesse, et cette pièce, dont les Qbaïls étaient très fiers, ne nous fit jamais de mal.
Ce n’était pas sur elle non plus qu’avaient compté les moqaddems pour prendre la ville; depuis l’attaque du 17 avril ils n’avaient cessé de proclamer la nécessité d’obtenir l’enrôlement de volontaires spéciaux au pays et appelés en berbère imessebelène2.
Ces imessebelène, qui, par un vœu solennel, font le sacrifice de leur vie, ne sont pas des confesseurs de la foi, mais des guerriers. Leur enrôlement ne peut avoir lieu que « pour défendre le sol du pays contre une nation étrangère ou pour en chasser les envahisseurs » ; il est interdit dans les guerres de tribu à tribu. Les représentants de l’autorité politique et guerrière ont seuls qualité pour provoquer ces