‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 127 sur 202 · Du village d’Adeni · texte numérisé non relu

Du village d’Adeni

2. Lire dans la Revue africaine de 1874 l'article du commandant Robin sur les Imessebelène, page 401. — Imessebelène est la forme et la prononciation du pluriel berbère, c’est pourquoi ce mot ne doit pas prendre une s finale. Le singulier est Amessebel.

L’Insurrection de 1871.

LES ECHECS DE LA COALITION

enrôlements, pour fixer le nombre des imessebelène et pour déterminer leur rôle.

Quand le groupe est constitué, on appelle un marabout ou un taleb, qui va prendre les imessebelène et les conduit devant la djemaa et les notables assemblés. Le taleb et tous les assistants disent la prière des morts : les imessebelène debout, immobiles et silencieux, écoutent, mais ne prient pas, car c’est sur eux que se fait la prière, et déjà leur vie ne leur appartient plus.

De ce jour, ils sont l’objet de la vénération et des prévenances de tous; la caisse de la djemaa pourvoit à tous leurs besoins. Ils doivent combattre sans se mêler aux autres combattants; s'ils sont tués, ils ont un cimetière particulier, qui devient un lieu de dévotion, leurs femmes et leurs enfants sont nourris par la djemaa et traités avec de grands égards. Si, survivant à leurs blessures ou victorieux, ils échappent à la mort, ils ont la préséance partout et sur tous. S’ils faiblissent ou s'ils manquent à leurs engagements, il ne sont plus que de misérables parias, sans feu ni lieu, reniés par leur tribu et par leur famille.

En 1871, les moqaddems eurent de la peine à obtenir des notables l’enrôlement d’imessebelène. Ceux qui trouvaient que les khouans prenaient, dans les affaires du pays, un rôle trop prépondérant, étaient opposés à l’adoption de cette mesure, par cela même qu’elle était mise en avant par les moqaddems. Cependant, comme ces moqaddems étaient du pays, et comme les circonstances justifiaient ces enrôlements, les amine-el-oumena des insurgés finirent par céder, et ils arrêtèrent que chaque toufile fournirait 20 imessebelène.

Le cercle de Fort-National compte 153 toufik, 114 fournirent leurs imessebelène : cela donnait 2,280 volontaires, ayant fait d’avance le sacrifice de leur vie. Leur rôle devait être, dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22 mai. d’appliquer contre les remparts les 150 échelles préparées à l’avance et de monter les premiers à l’assaut.

Le samedi 20 mai, l’amine-el-oumena des Aït-Attaf, Bousaad-Naït- Kaci, parvint à pénétrer dans la place et annonça au commandant supérieur le jour et les conditions de l’attaque.

On se prépara.

La soirée du dimanche 21 fut d'un calme extraordinaire, aucun coup de feu ne fut tiré, aucun cri ne se fit entendre à l’extérieur. Quand on alluma les réchauds de rempart, dont on faisait usage dans les nuits obscures, le silence était absolu, les environs semblaient déserts.

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