‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 128 sur 202 · DANS LE DJURD.JURA · texte numérisé non relu

DANS LE DJURD.JURA

Vers deux heures du malin, un chant religieux se faisait entendre sur les hauteurs de Tablabalt; un quart d'heure après, le même chant était répété à Ourfîa et suivi de quelques minutes de silence. Puis, tout à coup, mille cris sauvages retentissent de tous les ravins, la fusillade éclate de tous côtés, des gerbes de balles passent sur le fort : les 2,280 imessebelène sont au pied du mur, disposant leurs échelles pour l'escalade. A ce moment, le fort s'enveloppe d'un ruban de feu : ce sont les défenseurs qui, avec un rare sang-froid, fusillent à bout portant tout ce qui se présente, pendant que l'artillerie, croisant ses feux dans toutes les directions, écrase pêle-mêle ceux qui reculent et ceux qui accourent à la rescousse.

Pendant une heure, la lutte continue acharnée, et, au jour, l’ennemi a disparu, laissant au pied du mur une vingtaine d'échelles que les gens du makhzène vont chercher et rapportent en trophée, sans être inquiétés dans leur sortie.

Pendant ce temps on voyait, du haut des remparts, de longues files de Qbaïls qui suivaient la route d’Alger, et qui emportaient des morts ou des blessés sur les échelles transformées en civières.

De notre côté, il y avait un spahi tué et 9 hommes blessés, dont un officier.

Le 22 et le 23, l’ennemi ne se montra que pendant la nuit, pour achever d'enlever ses morts et occuper les embuscades avec ses meilleurs tireurs.

Le 24, le capitaine Ravez sortit avec les contingents kabyles, quelques tirailleurs et des hommes du train ; il refoula les tireurs ennemis et les maintint à distance, pendant que les sapeurs du génie détruisaient leurs embuscades. Dans cette sortie, le sous-lieutenant de tirailleurs Debay fut blessé mortellement.

A partir de ce jour, et jusqu’au 1er juin, l'attaque se ralentit; il n'y eut plus que les tireurs isolés qui s’avancèrent jusqu’à portée de fusil. On put réduire à 42 sentinelles le service pendant le jour, mais, la nuit, on continua à camper sur les bastions, pour éviter les surprises.

Le 26, le colonel Maréchal recevait du général Lallemand la lettre suivante, qui fut communiquée, par la voie de l’ordre, à tous les vaillants défenseurs de la place :

« Mon cher Colonel,

« Temda, 25 ruai.

« Je vous fais compliment sur le succès de la nuit du 21; complimentez de ma part votre brave petite garnison. Vous avez dû comprendre le but que j'ai poursuivi depuis le premier jour de mon dé-

LES ÉCHECS DE LA COALITION

part d'Alger. J’ai sauvegardé la Mitidja sérieusement menacée, puis débloqué Tizi-Ouzou; j’ai pacifié la rive droite du Sebaou, en attendant les renforts dont j’avais besoin pour tenter la grande affaire de votre déblocus. Ces renforts et un grand convoi de ravitaillement, je vais les recevoir. Il faut m’accorder huit jours encore pour que j’assure mes communications par la soumission des Maatka et des Beni- Aïssi. J'irai en besogne le plus vite possible. Tenez ferme comme vous avez fait jusqu’à présent. C’est une belle page de plus que vous écrivez dans les annales de la guerre d’Afrique. »

Huit coups de canon tirés à intervalles égaux annoncèrent au général l’arrivée de sa lettre et la réponse affirmative du colonel.

En ce moment, la situation semblait s’améliorer; quelques ouvertures de soumission étaient même faites par les Qbaïls ; le parti des moqaddems perdait du terrain.

Il en regagna bientôt en exploitant les affaires de Djemaa-Saharidj et de Taksebt1, qui, disaient les moqaddems, avaient été désastreuses pour nous; nous n’avions pu ni occuper Djemaa-Saharidj, ni continuer notre route sur Fort-National; nous avions été forcés de nous replier sur Tizi-Ouzou; nous avions été battus à Taksebt, etc.

Ali-Oukaci, exaspéré par la perte de ses biens, poussé à bout par le désespoir, écrivait et disait partout « qu'il n’y avait plus de pitié ni de générosité à attendre des Français, que les contributions et les conditions imposées à ceux qui se soumettaient étaient excessives et qu’il valait mieux mourir que de les subir ».

Toutes ces excitations eurent pour effet d’exalter l’esprit de résistance des Qbaïls et de leur faire abandonner les idées de soumission qui avaient un moment prévalu ; ils reprirent donc leurs travaux d’investissement, et construisirent une forte ligne de retranchements continus reliant ensemble Tablabalt, Taddert-Oufella, Aboudid, Taguemmount, Aït-Attelli, Aguemoun et Imaïnserène.

Mais le mauvais temps intervint; la pluie et les brouillards suspendirent les hostilités.

On s’occupa alors à Fort-National de construire un télégraphe aérien pour communiquer avec Tizi-Ouzou ; il fut prêt à fonctionner le 6 juin, mais les brumes en empêchèrent l’usage jusqu’au 9.

Pendant ce temps, le général Lallemand, à Tizi-Ouzou, avait organisé son expédition dans le massif des Aït-Aïssi2 et envoyé au général

1. Voir livre III, chapitre i : Du Sebaou a la mer, page 369.

3. Le massif des Aït-Aïssi ou des Maatka est occupé par les deux grandes

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Cérez des instructions pour que la colonne de Dra-el-Mizane attaquât ce massif parle sud, tandis que celle de Tizi-Ouzou l’attaquerait par le nord.

Ayant reçu, dans la journée du o juin, des renforts d’Alger et un ravitaillement de Dellis, le général en chef se mit en route la nuit suivante et se dirigea vers le khemis des Maatka.

En môme temps, une partie de la garnison de Tizi-Ouzou, avec la cavalerie et quelques canons de -4 rayés amenés de Dellis, se dirigeait sur Bou-Hinoun, de façon à donner le change sur le but de l'expédition et à forcer l’ennemi à diviser ses forces.

Ce fut, en effet, sur ce dernier point que les Qbaïls concentrèrent leurs contingents ; plus de 8,000 fusils entouraient Bou-Hinoun au lever du soleil, quand la colonne principale, déjà arrivée sur les crêtes, attaquait les positions des Aït-Khelifat. Elles furent vivement défendues par Mohammed-el-Haoussine-ou-Ali, amine-el-oumena, par l’ancien spahi Slimane-ou-Mohand, par les moqaddems El-hadj-Mohammedou-Chabane, ouquil de la zaouïa de Tirmitine, par Si-Saïd-Abouyahiou et par son père, qui fut blessé en cette affaire.

A dix heures, ces positions étaient à nous, malgré l’énergie des Qbaïls et les renforts envoyés, trop tard, de Bou-Hinoun.

A trois heures, la colonne campait à Imezdatène *, point culminant du pays (500 mètres), après avoir enlevé les villages de Taddert-Tamogrante, Ahrouka, Tighilt-èn-Terah (des Aït-Khelifa), Ikemmoudène, Biamrane, Taddert-Oufella, Imezdatène (des Ibetrounène)* 1 2, dont la

confédérations, portant ces noms et comprenant ensemble une population totale de 28,975 habitants, ainsi répartis :

A l’est, les Aït-Aïssi, comprenant sept tribus : 1° Aït-Abdelmoumen, avec 4 toufik, 7 villages, 1,279 habitants; — 2° Aït-Ameur-ou-Faïd, 2 toufik, 5 villages, 1,611 habitants; — 3° Aït-Mahmoud, 6 toufik, 9 villages, 5,258 habitants; — 4° Aït-Douala, 10 toufik, 13 villages, 2,917 habitants; — ■ 5° Aït-Zmenzer, 8 toufik, 12 villages, 3,831 habitants; — 6° Aït-Iferdjiouez, 3 toufik, 7 villages, 1,480 habitants; — 7° lhassenaouène, 3 toufik, 4 villages, 1,547 habitants;

A l’ouest, les Maatka , comprenant trois tribus : 1° Maatka, 15 toufik, 41 villages, 7,027 habitants: — 2° Ibetrounène, 3 toufik, 6 villages, 1,603 habitants; — 3° Aït-Khelifa, 4 toufik, 10 villages, 2,432 habitants.

Voir sur les Maatka, dans la Revue africaine de 1874, un article ’de M. Delpech sur la zaouïa de Sid-Ali-ou-Moussa, page 81.

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