DANS LE DJ U RD J U RA
tifîés d’Agouni-Boufal et de Tighilt-Mahmoud; sur toute son étendue, cette erete était coupée de retranchements en pierres sèches.
Dès le soir, on vit des feux illuminer cette longue ligne entièrement garnie de défenseurs.
La nuit ne fut pas tranquille: des Qbaïls, embusqués dans les ravins que dominait le camp, venaient à chaque instant tirailler sur les grand'gardes dans le but d’em pécher nos soldats de dormir et de les fatiguer par des attaques incessantes.
Le 9 au matin, presque aussitôt le camp levé et les troupes en marche, on vit apparaître, vers la droite, l'avant-garde de la colonne Gérez qui arrivait par le sud. Aussitôt, le général Lallemand fait masser sa colonne et prend ses dispositions pour attaquer les crêtes.
Le colonel Barachin commence le mouvement sur la gauche et enlève le village d’Agouni-Boufal; le colonel Faussemagne, au centre, marche vers les hauteurs de Coudiat-Fekerine, sur lesquelles les Qbaïls ont élevé une double ligne de retranchements en avant de Qalaa- Aberkane. Trois bataillons de la colonne Cérez, sous les ordres du colonel Méric, abordent de l’autre côté cette position formidable, qui, écrasée par l’artillerie, est enlevée au pas de course.
L’ennemi, partout repoussé, se retire dans le village de Tighilt- Mahmoud, bcàti sur le point culminant de la crête, mais il ne tarde pas à en être délogé et à fuir dans les ravins où la cavalerie de la colonne Gérez le poursuit encore.
Le général Lallemand campa sur la crête, à Tighilt-Mahmoud, dont les retranchements furent remis en état pour nous abriter.
Le général Gérez, qui, dès le matin et avant son entrée en ligne, avait eu à soutenir un long et rude combat d’arrière-garde commencé au passage de l’Oued-Mechtra, campa un peu au-dessus de la zaouïa de Si-Ali-Moussa.
Nos pertes, dans cette belle journée, avaient été de o tués, dont un ollicier, et de 50 blessés, dont 4 officiers.
Le soir, les Maatka venaient au camp faire leur soumission, et ils y trouvaient leur amine-el-oumena, le brave Si-Sadok-ben-Arbi, qui, après être resté enfermé à Tizi-Ouzou, servait de guide au général en chef. Une partie des Aït-Abdelmoumène amenèrent aussi des otages.
La nuit lut calme; Ali-Oukaci l’employa à rassembler ses contingents et à les retrancher sur les hauteurs d’Ighil-Taboucht.
Le 10 au matin, la colonne Lallemand, marchant sur les crêtes, Ira-
LES ÉCHECS DE LA COALITION
versa, sans coup férir et en les respectant, les villages des Aït-Abdelmoumène qui avaient fait leur soumission la veille, tandis qu’à micôte, sur la droite, la colonne Gérez incendiait les autres fractions restées en insoumission.
Le général Lallemand établit son camp à Aguemmoun, à quelques centaines de mètres d'Ighil-Taboucht; puis, dès que les troupes ont fait et bu le café, elles laissent leurs sacs dans les tentes et marchent à l'ennemi.
Pendant que l'artillerie balaye les ouvrages du centre de la position, le 4e zouaves gravit un escarpement qui le défile en partie des coups de l’ennemi, et tout à coup il débouche sur la crête; en tète, à 100 mètres en avant de leurs camarades, trois zouaves, Delmas, Doublier etGac, sautent les premiers dans les retranchements ennemis, et Delmas tue un des chefs kabyles '.
L’ennemi, surpris, se replie vers la gauche, mais il est chassé de position en position.
A la droite, la résistance est acharnée; quoique culbutés dans les ravins, les Qbaïls ne cessent pas leur feu, et ils essayent des retours offensifs. Le général fait alors occuper Ighil-Taboucht par un fort détachement qui utilise et approprie à son usage les retranchements abandonnés.
Grâce à cette précaution, la nuit fut tranquille.
Le 11, on resta à Aguemmoun et à Ighil-Taboucht; l’ennemi avait disparu; on ne vit que de nombreux cadavres qu’il n’avait pu enlever; nous n’avions, de notre côté, qu’un seul homme tué, Doublier, et 8 blessés, dont 2 officiers : l’un d’eux, mortellement frappé, ne survécut que vingt-quatre heures à sa blessure1 2. .
Le gros des troupes resta au camp et se reposa de ces trois jours de combats; mais un détachement fut envoyé en reconnaissance chez les Aït-Douila et chez les Aït-Mahmoud, qui avaient abandonné leurs villages. On fit sauter à la mine la kouba de Sidi-Mohammed-el-Hadj, dans le village du même nom, car Si-Saïd-ou-Amar-Naït-Goudjil, descendant du saint et gardien du tombeau, avait été remarqué la veille un drapeau à la main et excitant les Qbaïls au combat.
Les tirailleurs, emportés par leur ardeur, descendent jusqu’à l’Oued- Aï ssi et surprennent un groupe d'indigènes cachés dans les roseaux avec des femmes, des enfants, des effets et des troupeaux. Ces malheureux
1. Ces trois braves furent portés à l’ordre de la colonne. Doublier fut tué à la fin de la journée et Gac blessé à l’attaque d’une autre position.