LA REDDITION DE C IIIKII-EL- II A D D AD
surrection, il n'était pas admissible qu’on leur imposât les conditions publiées dans le Mobacher comme devant être appliquées à tous ceux qui avaient combattu dans les rangs des rebelles.
Profitant de l’accalmie amenée par ces pourparlers, le colonel remonta vers le nord : il campait le 25 à Aïn-Sefia et le 26 à Mahouane, assurant ainsi les derrières du général Saussier, et protégeant les villages français et ceux des Ouled-Nabet fidèles.
Le 29 juin, les anciens caïds Zerroug-ben-Henni-ben-Illès * 1 et Illèsben-Bouzid arrivaient au camp ; ils offraient, comme Ahmed-Bey, de se soumettre et de racheter leur défection temporaire en se mettant à la tète de goums opérant sous nos ordres contre les tribus insurgées.
Malheureusement, le colonel venait de recevoir notification de la réponse de l'amiral aux propositions du général Augeraud : c’était l’ordre de rester dans la stricte légalité et d'exécuter les prescriptions d'une circulaire, en date du 20 mai, « ordonnant de ne rien promettre à ceux qui se rendraient; d’exiger qu’ils aillent se constituer prisonniers dans les villes et de ne pas les employer comme auxiliaires ».
L’amiral, sur ce point, était inflexible; à la réception de la lettre du général Augeraud, il avait écrit en marge : « Agir comme à Paris, on juge et on désarme; les Kabyles ne sauraient prétendre a plus de ménagement que les Français. »
Opinion respectable assurément, mais fort discutable, et que le général Lallemand combattait le plus qu’il pouvait, sans succès d'ailleurs 2.
Le colonel Bonvalet, très contrarié, donna connaissance à Ahmed- Bey et aux Ouled-Illès de la réponse du gouverneur. Tous furent navrés et quittèrent le camp en déclarant qu’il ne leur restait plus qu'à se faire tuer : « Jusqu’à ce que Dieu nous frappe, ajoutèrent-ils, nous ignorons ce qu'il nous faudra faire pour vivre au milieu des insurgés; nous serons sans doute forcés de vous combattre, mais le jour où vous croirez pouvoir pardonner à vos anciens serviteurs égarés, nous serons toujours prêts à tourner nos armes contre vos ennemis, car nous sommes et nous restons vos enfants. »
Et tous partirent pour rejoindre les rebelles; plus occupés d’ailleurs de s'éloigner de nos colonnes que de les attaquer, mais laissant le champ libre aux Ben-Adda et à tous les coupeurs de routes, avec les-
1. Blessé à noire service le o auii. Voir livre lit, chapitre in, page 393.
i. Voir livre 111, chapitre v, page 430.
LES ECHECS DE LA COALITION
Am
quels, plus tard, ils durent eux-mèmes faire cause commune pour éviter des agressions imminentes.
Nous avions, il est vrai, la satisfaction d'avoir sauvegardé les principes, mais nous prolongions la lutte; nous avions des auxiliaires en moins et des ennemis en plus.
Dès le 30 juin, le colonel Bonvalet dut se porter à Guidjel pour faire face à Zaouï-ben-Chikh-Messaoud, qui, n’ayant jamais partagé les espérances de son frère dans la bienveillance du gouvernement, avait continué à organiser et à recruter son goum. Il avait avec lui la majeure partie des Righa-Dahra, ceux du soff de sa famille, et aussi un grand nombre d’Ouled-Sahnoun du Hodna.
D’Aïn-Azel, où il se trouvait lors de la rentrée de son frère, il se porta sur Qsarettir; son intention était d’enlever les caïds Bel-Laroussi et Mohammed-Sghir-ben-Chikh-Saad, qui persistaient dans leur soumission, malgré l'insuccès des démarches d'Ahmed-Bey.
Le 2 juillet, le colonel Bonvalet arrivait vers les quatre heures du soir dégager nos amis sérieusement inquiétés; il dissipa facilement à coups de canon les contingents rebelles, que la nuit l’empêcha de poursuivre.
Le lendemain de cette canonnade, le 3 juillet, le colonel marchait avec les goums et la cavalerie sur le hordj d’Ahmed-Bey et de Zaouï, le canonnait et l’incendiait. Dans cette seconde affaire, le vieux caïd Mohammed-Sghir-ben-Chikh-Saad et son fils furent blessés en combattant à la tète de nos goums.
Le colonel fut, dès lors, occupé à battre la plaine au sud de Sétif pour protéger les villages suburbains, sans réussir toutefois à atteindre un ennemi qui se dérobait.
Pendant ce temps, au camp de Dra-el-Caïd, le général Saussier continuait à recevoir des soumissions des tribus de la montagne.
Elles furent surtout nombreuses dans les premiers jours de juillet, car, de tous les côtés, arrivaient des nouvelles bien faites pour décourager les rebelles.
Le 1er juillet, on apprenait que depuis la veille Aziz était prisonnier du général Lallemand, à Aït-llichem, dans le Djurdjura, et que les troupes de Bougie avaient fait une sortie qui avait mis fin au blocus de la ville.
Le soir, on avait des détails sur un combat livré dans la journée aux Mezaïa par le colonel Ponsard, qui avait enlevé et brûlé le village d’Aguemmoun et inlligé des pertes considérables aux rebelles, alors que les Français n’avaient eu que 2 tués et quelques blessés.
L A H 10 ]> 1) I ï I O N DE CH IK1I-EL-U A DD A D
Les jours suivants, l'émotion fut plus grande encore chez les indigènes quand ils surent que Chikh-Mahmed-ben-Chikh-el-Haddad était prisonnier à Bougie. Les uns disaient qu’il avait été blessé et pris dans le combat du 1er juillet, les autres qu'il avait été traîtreusement fait prisonnier le 2 par Saïd-Ouraba, son ancien ami, jadis nommé caïd par Aziz ; d’autres enlin affirmaient qu’il s’était livré volontairement et par ordre de son père.
Les deux dernières versions, quoique contradictoires en apparence, étaient exactes; voici ce qui était arrivé :
Ghikh-Mahmed n'avait pas assisté au combat des Mezaïa, car il connaissait la volonté de son père et il n’attendait qu’un mot d’Aziz pour aller se constituer prisonnier. Ce mot lui était arrivé dans la soirée du 1er juillet, et, le 2, il s’était mis en route pour Bougie, n’emmenant avec lui que deux serviteurs. A peu de distance de la ville, il avait rencontré Saïd-Ouraba ; tous deux avaient mis pied à terre pour se donner le baiser de paix, qui est une des formes de la salutation des indigènes se considérant comme parents. En donnant cette accolade, Saïd-Ouraba avait traîtreusement terrassé son ami, et, aidé de quelques serviteurs, il l’avait ligoté et remis sur sa mule. Il l’avait ensuite amené dans cet équipage à Bougie et nous avait fait hommage de sa prétendue capture.
Ce bel exploit valut plus tard à son auteur un acquittement en cour d’assises A
Toutes ces nouvelles accéléraient les soumissions, aussi bien au camp de Dra-el-Gaïd qu’à Bougie. Bu 1er au 8 juillet, dans celle ville, 2o fractions1 2 vinrent livrer des armes et des otages ou verser des contributions de guerre. Üe son côté, le général haussier avait son camp encombré de captifs amenés par toutes les fractions des Amoucha, Beni-Meraï, Bjermouna, Sahel-Guebli , Beni-Yala, Beni-Chebana, etc.
Bès le 3 juillet. Takitount était débloqué, et sa garnison, qui n'avait jamais eu d’attaque sérieuse à repousser en raison de la situation très forte dubordj, put sortir librement.
1. Arrêt ilu 19 avril 1819. Le même arrêt condamnait Aziz à la déportation simple, chikh Mahmed à cinq ans de réclusion, Chikh-el-IIaddad à cinq ans de détention, Ben-Ali-Chérif à cinq ans de détention.
2. Les voici dans l'ordre où elles se présentèrent à Bougie du 3 au 8 juillet : Ituled-Tamzalt, — Oulcd-Amer-Youb, — Toudja, — Senhadja, — Beni-Mellouli'Vnnaya, — Beni-Immel, — Mezaïa, — Beni-Mimoun, — Mcisna, — Aït-Ouaretsou-Ali, — Beni-Mahmed, — Beni-llasseïne, — Aït-Ahmed-ou-Garets, — Beni- Ouglüis-lmzalène, — Beni-Khateb, — llloula, — Mzala, — Beni-Amrous.
Puis venus à la colonne Lallemand : Aït-Amer, Beni-Ksila, Acif-el-IIammam.
LES ECHECS DE LA COALITION
C’était, toute la journée, an camp de Dra-el-Caïd, des allées et venues d’indigènes apportant les preuves demandées de leur soumission ; le général Saussier, toujours prudent, avait prescrit, tant à l’intérieur qu'à l’extérieur, les mesures nécessaires pour éviter le désordre et les surprises ; il ne cessail de rappeler que, quelque sincères que fussent les soumissions des gens qui se présentaient, le pays renfermait encore de nombreux groupes dissidents, d’autant plus dangereux qu’ils comprenaient les meneurs et les personnalités trop compromises pour se livrer.
Ces recommandations étaient sages ; on en vit la preuve dans la nuit du 5 au 6 juillet, où il y eut encore une attaque de nuit dirigée contre le camp; mais on était sur ses gardes, et elle fut loin d’avoir l’âpreté des agressions précédentes.
Elle n’était pas le fait des collectivités des envii ons, qui n’avaient, nulle envie de s’exposer à des représailles; elle était l’œuvre des gens à la dévotion de Boumezrag.
La reddition des deux fils de Chikb-el-IIaddad avait eu lieu malgré lui, et de par la volonté expresse du vieux chef de la zaouïa de Seddouq, qui avait enfin reconnu l’impossibilité de cette principauté théocratique que le bacliagha et ses fils avaient fait miroiter devant ses yeux pour l’entraîner malgré lui dans cette guerre désastreuse. En bon musulman, il s’était le premier « résigné à la volonté de Dieu, qui seul donne la victoire ». 11 avait ordonné à ses fils de déposer les armes, et il avait informé le général Lallemand ainsi quele commandant supérieur de Bougie de l’approbation qu’il donnait à la soumission de ses fils. 11 annonçait tout haut qu’il allait lui-même se remettre à la générosité des Français, et, rentrant dans son rôle de pontife, il prêchait autour de lui la paix et la résignation, en attendant des jours meilleurs.
Aziz aussi, du camp du général en chef, avait écrit dans ce sens à plusieurs moqaddems des environs de Seddouq.
Cela ne faisait l'affaire ni de Boumezrag ni de la plupart des moqaddems gravement compromis dans la direction du mouvement insurrectionnel.
Boumezrag connaissait l’accueil fait a la fin d'avril aux démarches de son frère et du chikh Bouakkaz; il savait la réponse faite plus récemment aux olfres de soumission formulées par Aziz, par Oukaci, par Ahmed-Bey et par les Üuled-Illès ; toujours bien renseigné par ses amis d’Alger et de Constantine sur notre situation politique et administrative, et conservant peut-être encore, comme son frère, une vague
LA lilf&DITION DE CHIK11-EL-U AÜD AI)
espérance de restauration monarchique par cette Assemblée nationale dont on commentait dans nos villes les tendances royalistes, il voulait gagner du temps.
Ni lui ni l'aristocratie indigène qui l'entourait ne pouvaient se faire à l’idée de se rendre à un gouvernement démocratique dans lequel les colons algériens exerçaient une influence prépondérante et qui avait à sa tète un officier général dénommé « gouverneur civil », et dont l’unique objectif semblait être la colonisation. Ces orgueilleux vaincus savaient aussi que, de par la volonté de l’amiral, tous leurs biens étaient confisqués et qu'eux-mêmes devaient être traînés- devant « la justice rouge1 », où ils auraient pour juges ces colons dont ils avaient rêvé le refoulement ou la ruine, et qu’ils croyaient solidaires des violences de la presse algérienne à l’égard de tous « les portebernous ».
Pour eux, mieux valait la mort dans le combat que pareille déchéance.
Quant aux moqaddems, la plupart d’entre eux s’étaient jetés avec ardeur dans la lutte, non par fanatisme, mais parce qu’ils avaient compté se tailler une situation brillante et lucrative. Us avaient échoué, et, se sentant impuissants à protéger contre les exigences du vainqueur ceux dont ils avaient entraîné la ruine et l’humiliation, ils répugnaient à rentrer dans leurs villages après avoir subi la honte d’une reddition volontaire aux chrétiens. Ils sentaient que c’en était à tout jamais fait de leur prestige religieux s'ils ne s’imposaient pas au respect des gens de leurs tribus par l'énergie de leur attitude visà-vis des Français.
Il y eut plusieurs réunions à Djenane-el-Beylik, tout près de Seddouq, entre les Ouled-Moqrane et les moqaddems qui refusaient d’obéir au grand maître de l'ordre des Rahmanya. On convint de répandre le bruit qu’Aziz avait été livré aux chrétiens par une trahison d’Ali-Qukaci ; que Chikh-Mahmed avait été blessé et capturé les armes à la main dans l’affaire des Mezaïa et que Chikh-el-Iladdad était mort. Aux familiers et voisins de la zaouïa qui auraient pu contredire cette dernière affirmation, on persuada que «des hallucinations, signes manifestes de la possession divine et de la sainteté du chef de la zaouïa», lui inspiraient ses discours en faveur de la paix et de la soumission aux infidèles.
Boumezrag lança alors de tous côtés de nouvelles lettres pour ré-
1. C’est le terme par lequel les indigènes désignent la cour d’assises. L’Insurrection de 1871. 30
•466 LES ÉCHECS DE LA COALITION
chauffer le zèle des fidèles et les mettre en garde contre les conseils d’Aziz.
Le 7 juillet, les habitants des Beni-Djelil 1 nous remettaient une de ces lettres ; elle était ainsi conçue :
« Louange à Dieu. A la totalité des champions de l’Islam de la tribu des Beni-Djelil, grands et petits, salut ;
« Vous vous êtes levés pour le djehad. Vous avez suivi Aziz-ben- Chikh-el-Haddad et supporté le poids de la guerre. Dieu vous en récompensera.
« Nous venons d’apprendre qu’Aziz a été pris par la colonne française, et depuis il a écrit aux gens de se soumettre aux infidèles ; mais, sachez-le bien, ô champions de l'Islam, celui d’entre vous qui est un vrai croyant ne doit pas s’arrêter à ces paroles d’Aziz, parce que Dieu lui a retiré la raison et la foi ; cela arrive comme il est dit dans les haddit du prophète : « Beaucoup travaillent pour le ciel, ils y arrivent à la distance de deux empans ; puis, par un retour subit, ils travaillent pour l'enfer , où ils sont précipités. »
« Aziz est dans ce cas ; Dieu et les paroles de son prophète sont sincères.
« O champions de l’Islam, nous venons vous mander par cette lettre de nous informer si vous êtes toujours prêts à continuer le djehad; si cela est, nous irons près de vous, nous marcherons avec vous, nous nous entr’aiderons afin d’arriver au résultat de nos vœux pour le bien de la religion.
« Ne vous préoccupez donc pas de ce qu’a écrit Aziz. Son arrestation ne diminue en rien nos forces, sa présence ne les augmenterait pas. Il n'est en réalité qu’un simple mortel qu’ont suivi les vrais croyants, et il n’aura point la bénédiction de Dieu, parce qu’il vous a trompés et trahis.
« Le gouvernement français s’est affaibli par suite des combats livrés contre les fils deBen-Hamza (des Ouled-Sidi-Chikh) et contre les Ouled-Naïl de Lagbouat, car ces derniers sont revenus à l’islamisme2.
1. Il s’agit des Beni-Djellil, fraction des Abd-el-Djebar des environs de Bougie ; ils avaient fait leur soumission quelques jours auparavant. 11 ne faut pas les confondre avec les gens du village de Boudjellil, des Bcni-Abbès, près le bordj de Beni-Mansour.
2. En 1871, nos troupes n’ont livré qu’un seul combat contre les Ouled-Ilamza, et pas un homme des Ouled-Naïl de Laghouat ne s’est insurgé. Mais, chez les indigènes du littoral, l’esprit de particularisme et l’ignorance des choses qui se passent en dehors de leur canton sont poussés à un tel degré qu’il est toujours possible de leur faire accepter les nouvelles les plus fausses.
LA REDDITION DE C II I K n-EL-II A D D AD
« Si vous êtes de véritables croyants, informez-nous, nous nous aiderons mutuellement, car nos frères des Ouled-Moqrane parcourront les tribus pour cette cause. Ne craignez rien et ne perdez pas courage. Si vous donnez votre adhésion à l'acte d’Aziz, vous vous en repentirez comme lui-même se repent aujourd'hui.
« Salut, par ordre du protecteur de la religion (Naceur-ed-dine) Ahmed-Boumezrag-ben-el-hadj-Abmed-el-Moqrani , bachagha de la Medjana. »
Grâce aux excitations contenues dans ces lettres, grâce à l'activité déployée par l’entourage de Boumezrag, les désespérés, les fanatiques et les gens tarés qui se traînent à la queue de toutes les insurrections, affluèrent au camp de Djenane-el-Beylik. En quelques jours Boumezrag eut près de lui plus de 10,000 fusils. 11 vint alors prendre position sur les hautes crêtes d’Ilmatène, à Dra-el-Arba, où, de vingt lieues à la ronde, les Qbaïls aperçurent un grouillement de bernous et des reflets d’armes qui signalèrent à tout le pays l'armée des fidèles prête à défendre la zaouïa de Seddouq contre la colonne des Français.
Cette impression fut de courte durée.
Le 9 juillet au matin, par une chaleur suffocante, le général Saussier suivait la crête qui conduit à Dra-el-Arba et arrivait le soir, sans coup férir, à Tala-Ifacène, où il campait au lieu dit Merdja-Ahmarène.
Lamarche n’avaitpas été inquiétée, car, ce jour-là, Boumezrag, avec une partie de ses contingents, était allé mettre à feu et à sang la petite tribu des Beni-Djelil qui s’était soumise, et il menaçait les Beni-Immel. A la nouvelle de l’arrivée de la colonne à Tala-Ifacène il revint précipitamment à son camp de Dra-el-Arba.
Le général Saussier exigeait beaucoup de ses soldats, mais il avait toujours pour eux cette sollicitude éclairée et bienveillante qu’on rencontre surtout chez les anciens officiers d’infanterie ; avant d’engager un nouveau combat contre des forces supérieures, il donna un jour de repos à ses troupes et ne reprit la route de Dra-el-Arba que le il, à quatre heures du matin.
On arriva, après une marche très pénible, mais sans incident, aux ruines du caravansérail incendié en avril par les insurgés. On n’était guère qu’à un kilomètre ou deux des contingents rebelles, masqués en partie parle relief des escarpements du Dra-el-Arba. Si l’ennemi avait eu de l’artillerie, la position n’aurait pas été tenable ; elle était au contraire excellente en face de gens ayant un armement aussi défectueux.
LES ECHECS HE LA COALITION
Le 12, à midi,Boumezrag elles Ouled-Moqrane, bannières déployées et suivis de contingents très nombreux, marchaient sur le camp, où il leur semblait que nos troupes étaient endormies. Mais en un instant nos hommes sont debout à leur place de combat, et, avant d’être abordés, ils marchent en plusieurs colonnes sur l’ennemi qu’ils accablent de leurs feux rapides et que bientôt iis cernent de tous côtés. La cavalerie descend vers le lit de l’Oued-Bousselem et coupe le chemin des montagnes de Tala-Amoqrane ; les Qbaïls, qui se sont embusqués par petits groupes dans les ravins, sont écrasés.
Le terrain est couvert de morts, les prisonniers deviennent encombrants, une vingtaine d’individus pris les armes à la main sont fusillés par les tirailleurs qui ne peuvent se résigner à rester à les garder pendant qu’on se bat à côté d’eux.
On ramasse de nombreux fusils, dont plusieurs chassepots, et l’on rentre au camp n’ayant qu’un seul homme tué et quelques blessés, dont deux officiers.
Le soir, le général recevait une lettre par laquelle Chikh-el-Haddad demandait l’amane et disait qu’il avait déjà donné des assurances de soumission au général Lallemand et au commandant supérieur de Bougie.
Le général Saussier lui répondit que, s’il en étail ainsi, il devait rendre cette soumission effective et visible en venant à son camp, qui, le lendemain, serait à Merdj-0umena(10kilomètres de Dra-el-Arba).
Le 13 juillet, la colonne, après avoir suivi la route des crêtes et etre passée dans la vallée del’Oued-Sahel par Tizi-Lekehal, venait d’établir son camp, lorsqu’on vit arriver, porté sur une civière et suivi d’une longue file de khouans sans armes, le grand maître de l’ordre des Rahmanya.
Ce fut un spectacle imposant que la reddition de ce vieux pontife octogénaire, quand, descendu de sa civière et soutenu par ses petitsfils, il s’approcha de la tente du général.
Son âge, ses malheurs, sa figure de cire émaciée par toute une vie d’ascétisme et de réclusion, la dignité de son attitude, frappèrent les plus indifférents et les plus sceptiques de nos soldats.
Quant à nos caïds, spahis et auxiliaires, il fallut un service d’ordre afin de les empêcher de se précipiter pour toucher ou pour baiser respectueusement les pans de son bernous.
Chikh-el-Haddad répéta au général Saussier la même phrase qu’il avait écrite au général Lallemand : « Je suis comme un mort entre vos mains ; je suis entre les mains du Miséricordieux et du Puissant, qui a pour attribut de sa dignité le pardon et la miséricorde. »