Ordre général du S juin, publié au Mobacher
LES BANDES DE LA MESTAOUA
assurer la circulation sur les routes de Constantine et de Biskra, et maintenir une sécurité relative dans un certain rayon autour de Batna.
Les indigènes n’essayèrent plus aucune attaque directe contre nous; mais ils s’acharnèrent, avec une âpreté toujours croissante, contre les tribus rentrées dans le devoir, et que nous étions impuissants à protéger. Un instant, nous essayâmes d’utiliser les nomades du Sahara venus dans le Tell , mais ceux-ci pillaient indistinctement nos ennemis et nos amis; il fallut renoncer à ce concours qu’il était impossible de surveiller et de diriger.
Pendant plusieurs mois, les rapports du colonel commandant la subdivision ne sont plus que la nomenclature chronologique des actes de brigandage et des coups de main qui désolent le Belezma, mais qui, heureusement, n'ébranlent pas la fidélité des chefs investis restés dans le devoir, non plus que celle de la majeure partie des tribus récemment soumises.
Les Haracta-el-Mader, les Haracta-Djerma, les Ouled-Ali-Tahamment, qui, depuis leur soumission â Djendelite, maintenaient toujours leurs postes de garde sur la route nationale, eurent particulièrement à souffrir des déprédations et des violences des bandes de la Mestaoua ou des djich des Arabes nomades qui battaient la plaine.
Une de ces razzias, subie le 5 juin parles Ouled-Ali-Tahammemt, entre la Fontaine-Chaude et Aïn-Yagoute1, mérite une mention spéciale.
Elle fut exécutée par des Saliari et quelques nomades Gheraba; le chef du bureau arabe de Batna, en patrouille de ce côté avec le goum des Amamra, fut assez heureux pour atteindre deux djich et pour reprendre aux voleurs un gros troupeau de moutons et quelques chameaux. Il arrêta aussi vingt-six individus de la bande après un échange de coups de fusil, qui blessèrent un de nos goumiers. En raison de
1. Aïn-Yagoute était encore occupé par les mêmes miliciens qui avaient fait la fusillade (lu 5 mai; aussi, pendant son court séjour sur ce point, le chef du bureau arabe fut-il très réservé et très froid dans ses rapports strictement officiels avec l'état-major de la milice, et il ne fraya qu’avec le groupe des simples miliciens qui avaient protesté contre l’exécution du S mai. Par contre, Si-el-hadj- Bengana, dans l’intérêt des prisonniers, se montra courtisan empressé et adroit auprès de cet état-major. 11 en fut récompensé par un article très élogieux du Radical, qui chanta les louanges des Bengana faisant la police du désert, et blâma vertement le chef du bureau arabe de Batna « d’avoir chargé et dépouillé de paisibles moissonneurs ».... serviteurs dévoués de la France « au risque d’in- « disposer les fidèles Bengana, qui, etc. »... et « d’avoir ensuite publiquement « cédé aux injonctions de BowZaMas-Bengana qui, à la télé de ses cavaliers , « avait réclamé la liberté de ces gens arbitrairement arrêtés, etc. » — 1 L’article avait deux colonnes dans ce genre.
LES ECHECS DE LA COALITION
l'heure avancée et de la distance, les prisonniers furent conduits à Aïn-Yagoute. Une heure après, le caïd Si-el-hadj-ben-Bouaziz-Bengana, accompagné de quatre cavaliers, venait demander leur grâce, alléguant qu’ils s’étaient trompés et qu’ils avaient cru avoir affaire à des rebelles. Le chef du bureau arabe n’ayant pas accepté cette excuse, Si-el-hadj-Bengana alla à Batna, et fut plus heureux auprès du commandant de la subdivision, à qui il promit une action énergique dans le Belezma contre les bandes de la Mestaoua. Il revint apporter l’ordre de mise en liberté des gens dont il s’était porté garant, et il rencontra en route le chef du bureau arabe, qui retourna avec lui, à à Aïn-Yagou te, veiller à l’exécution de cet ordre.
Quelques jours après, le 9 juin, sur cettemème route, avait lieu une répression militaire qui fît un excellent effet sur les indigènes, par cela même qu’elle était juste et qu’elle mettait en relief la discipline de nos troupes.
Un convoi de prisonniers des O. Fatma, Aïdouça, O. Chelieh et O. Soltan se rendant à Constantine, marchait sous l’escorte d’un détachement d’hommes des bataillons d’Afrique commandé par un officier. A un signal convenu, vingt-cinq des prisonniers qui avaient comploté de s’échapper bousculent leurs gardiens et prennent la fuite. L'officier, d’une voix claire et impérieuse, crie en arabe : « Couchezvous ! » et en français : « Feu à volonté ! » En quelques secondes, vingt-trois des fuyards tombent sousnos balles, dix-sept mortellement frappés. On charge les blessés sur des cacolets, on s’assure que les autres sont bien morts, puis on aligne les dix-sept corps près le fossé de la route et le détachement reprend sa marche.
Cependant, malgré la situation du Belezma, Si-Saïd-ben-Chérif, caïd des Ouled-Bouaoun, n’avait pas voulu quitter le pays où ses ancêtres avaient toujours commandé 1 et tenu tête aux Berbères des O. Fatma et des Aïdouça indépendants. Mais ces Chaouïa2, que, depuis la conquête française, son père et lui avaient toujours traités avec dédain et arrogance, et qui, le 8 mars, s’étaient révoltés contre lui bien plus que contre nous, étaient en ce moment les maîtres du Belezma. Quand ils furent bien certains que nous n’étions pas en mesure d’intervenir dans leur montagne, ils n’eurent plus d’autre objectif que de satisfaire leur haine contre Saïd-ben-Chérif.