Voir la note de la page 320, livre II, chapitre X
2. Chaouia est un des noms des Berbères ou Qbaïls, et est souvent employé en mauvaise part par les indigènes arabes.
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Le 18 juin, Aïdouça, llalimya. O. Fatma, Tlett, Ouled-Soltane, etc., conduits par Slimane-ben-D rouaï et Ben-Rabmoun se portèrent en masse contre la zrnala du caïd établie à Qsar-Belezma. Les Ouled-Mebenna, les Ouled-Ahmed-ben-Feroudj , c’est-à-dire l’élément arabe, et les Ouled- Bouaoun, tils des anciens Deira-Mezerguia, restèrent, cette fois, groupés autour de leur caïd elle défendirent brillamment. Ils repoussèrent les Chaouïa , qui laissèrent dix des leurs sur le terrain etempor-' tèrent de nombreux blessés. Mais les gens du caïd avaient eu six des leurs tués et trente-deux blessés.
Saïd-ben-Chérif, qui, dans cette affaire avait eu des femmes et des enfants de sa zrnala blessés, crut sage de ne pas exposer plus longtemps sa famille; il la fit rentrer à Batna où il avait un pied-àterre.
Le 24 juin, pendant la nuit, les rebelles plus nombreux que la première fois, incendièrent les meules de blé et les gourbis du caïd et de sespartisans. Saïd-ben-Chérif, surpris, dut quitter son bordj, qui fut brûlé et détruit. Il alla, de sa personne, demander asile au chikli Lakhedar-ben-Brahim et campa sous la tente.
Le 27 juin, 1ers insurgés revinrent avec l’espoir de vider les silos du caïd. Mais celui-ci, prévenu, arriva avec le cadi Si-el-hadj-Abdelqader-el-Madoui ', un des plus solides guerriers du pays, le chikh Lakhedar-ben-Brahim et tous ses partisans.
Le combat s’engagea avec un égal acharnement des deux côtés, et, finalement, les Rebelles furent repoussés, laissant sur le terrain dix morts et deux chevaux tués ; les gens du caïd n’eurent que cinq blessés, deux chevaux tués et cinq juments hors de service.
Le 2 juillet, le frère du caïd, Chérif-ben-Chérif, réussit à faire camper les Sahari à Merouana et à les lancer dans le pays plat des Ouled-Fatma, qu’ils dévastèrent, tout en évitant de s’engager dans la montagne.
Les Chaouïa marchèrent alors contre les Sahari, qu’ils mirent en fuite; après quoi ils attaquèrent et détruisirent le bordj de Taga, appartenant au caïd de Batna Si-Ahmed-ben-Cadi ; ils y enlevèrent à ses
1. El-Madoui, c’est-à-dire des Ouled-AIadi. Il était du soff des Ouled-Bouras et ami des caïds Si-Sakri et Si-ben-Henni, demeurés fidèles. C’était un homme instruit, mais surtout un homme de poudre et de cheval; les circonstances ayant fait de sa fonction une sinécure, il était partout où il y avait des coups de fusil à échanger. L’auteur l'a eu souvent avec lui comme volontaire au goum des Amamra. Il était avec le capitaine Belluc aux combats de Tadjemente et de Teniet-el-Beïda.
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khammès un assez fort troupeau qu’ils ramenèrent dans leur montagne.
Le 10 juillet, le caïd Saïd-ben-Cbérif était abandonné de presque tous ses partisans, qui, ruinés par les Ouled-Fatma, avaient fini par faire cause commune avec les rebelles afin de se faire restituer leurs troupeaux enlevés.
Il alla alors s'installer à Zana, dans les ruines d’une maison française, d’où il lui était facile de gagner la route nationale et Batna. Mais, comme il était devenu pauvre et impuissant, les rebelles le laissèrent tranquille.
En ce moment, du reste, bon nombre d’indigènes étaient fatigués de ces désordres et de cet état de guerre. Aux Ouled-Chelieh, le chikh Messaoud-ben-Zouari, qui, quoique insurgé, n’avait pas cessé de fournir d’utiles renseignements au bureau arabe, avait groupé autour de lui les Ouled-Chelieh du soff Dahri. Ceux-ci, moins compromis que leurs frères du soif El-Guebli, auraient bien voulu dégager leurresponsabilité des faits commis contre leur gré et en dehors de leur direction. A plusieurs reprises, ils avaient essayé d’engager des pourparlers, ils avaient réclamé notre intervention armée contre le soff rival, et Messaoud-ben-Zouari nous avait offert, en leurs noms, la soumission de quelques notables de ses amis ou parents. Il avait été répondu, conformément aux ordres venus d’Alger, qu’on ne pouvait accepter de soumissions individuelles, mais seulement celles de fractions constituées formant des collectivités dont tous les membres étaient solidaires.
Le 9 juillet, Messaoud-ben-Zouari renouvela ces ouvertures dans une lettre par laquelle il se disait autorisé à offrir la soumission de toute la tribu, si les conditions n’étaient pas trop dures. 11 demandait une entrevue avec le colonel ou avec le chef du bureau arabe, mais il déclarait quenilui ni les Kebars ne voulaient s’exposeràvenir à Batna, à cause de la population civile.
Après avoir pris l’attache de, la division, le colonel Adeler envoya, le 10 juillet, son chef de bureau arabe conférer avec les Ouled-Chelieh, sur la route de Biskra, auprès de l’ancien télégraphe aérien.
Le capitaine y alla sans goum et accompagné seulement des caïds Si-Smaïl-ben-Meserli-Ali etSi-Mahmoud-ben-Bachtargi, de deux spahis et de deux mokraznya pour tenir les chevaux.
Trois ou quatre cents Ouled-Chelieh en armes attendaient, à demi abrités derrière un épaulement rocheux à droite de la route. Quand ils virent qu’il n’y avait dans la plaine, jusqu’à Batna, ni goum ni
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soldats, le cheik Messaoud-ben-Zaoui et sept ou huit notables posèrent ostensiblement leurs fusils à terre, vinrent au-devant de l'officier et lui prodiguèrent, ainsi qu’aux caïds, les marques de leur respect et de leur déférence.
On s’assit à terre, et, quand le chef du bureau arabe leur eut fait connaître les conditions de soumission imposées d’une façon absolue par le gouverneur, ils déclarèrent que, personnellement, ils étaient prêts à les accepter, préférant n’importe quoi à la situation actuelle, mais qu’en raison de l’extrême rigueur de ces conditions ils ne croyaient pas pouvoir s’engager au nom de la tribu sans l’avoir consultée de nouveau.
Puis, ces paysans illettrés plaidèrent leur cause avec une habileté et une logique que n’eurent pas toujours les avocats chargés plus tard de les défendre en cour d’assises 1 :
« Lorsque nous vous avons demandé de nous débarrasser des malfaiteurs qui nous molestaient et que nous vous avons offert notre concours, vous vous êtes déclarés impuissants à nous protéger... Les gens de désordre sont devenus les plus forts et les plus nombreux; ils ont fait la loi dans le pays... Gomment voulez-vous que nous vous les livrions, aujourd’hui surtout, qu'ils savent que vous ne pardonnerez pas? Nous vous indiquerons leurs noms et au besoin leurs refuges, ce sera à vous de les prendre, car, si nous avions pu le faire nous-mêmes, ils seraient depuis longtemps entre vos mains... Certes, il y a eu des coupables parmi nous, surtout parmi ceux qui avaient des griefs particuliers contre des colons... On nous avait dit que les juifs et les colons étaient les maîtres du gouvernement et qu’on allait nous prendre le reste de nos terres; nous nous sommes informés ; partout on répétait les mêmes choses : à Constantine, à Sétif, à Batna... Nous avons été, nous propriétaires, dans l’alternative d'être razzés ou de nous mettre avec les insurgés ; nous sommes allés alors vous demander aide et protection; vous nous avez bien reçus, mais vous ne nous avez pas protégés. Nous avons obéi à ceux qui étaient les plus forts. Nous, nous ne sommes ni des Djouad, ni des Mrabtines, nous n'avons ni influence, ni revenus; nous ne mangeons que ce que nous labourons... Par Dieu, nous avons toujours été des gens soumis! C’est de
1. En écrivant ceci, l’auteur a sous les yeux le brouillon de la lettre qu’il a lui-même rédigée le soir de l’entrevue pour rendre compte à la Division. Cette lettre, signée par le colonel Adeler, commandant la Subdivision, porte la date du 12 juillet 1871.
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notre plein gré que nous sommes allés vous trouver avant que la poudre ne parlât, c’est de notre plein gré que, aujourd’hui, nous vous demandons à nous soumettre avant que vos colonnes ne viennent chez nous. Nous sommes vos sujets, vos enfants, nous ne sommes pas des ennemis...
— Les colons de Batna vous ont nourris et sauvés, vous et vos enfants, pendant l’année de la misère; Mme Sallerin, M. Prudhomme, ont toujours été bons et justes pour vous ; ils vous ont fait gagner de l'argent sans jamais vous frustrer d’un sou; ils avaient confiance en vous, et vous les avez trahis, vous avez aidé à les massacrer sur votre propre territoire...
— Oui, ceux-là étaient des gens de bien! Que la miséricorde de Dieu soit sur eux ! Et, par la vérité de Dieu ! nous ne leur voulions que du bien; ce sont les Halimya, les Ouled-Fatma, les Ouled-Soltane et la bande de Benrahmoun qui ont fait tout le mal. Nous autres, kebars et propriétaires, nous ne sommes pas plus solidaires des tueries commises par nos coreligionnaires que vous autres militaires vous n’ètes solidaires des exigences des colons et des tueries d’Aïn-Yagoute. »
A cette allusion pénible à entendre, l’officier se leva et remonta à cheval sans leur répondre directement. Le cheikh et les kebars protestèrent alors de leur dévouement personnel et promirent de faire leurs efforts pour obtenir la livraison des coupables qui leur avaient été nominativement désignés et l’exécution des autres conditions. Puis, à pied, ils accompagnèrent, pendant '200 mètres environ, le capitaine et les caïds 1 en leur prodiguant, à tous les trois, les salutations les plus courtoises et les plus respectueuses.
Quand, ensuite, ils eurent rejoint leurs frères de tribu, ils eurent avec eux de longues discussions; mais le parti du désordre l’emporta, et, le 12, le chef du bureau arabe reçut la lettre suivante, écrite par un taleb du soff de Chabet-Bouarif, qui avait toujours été le plus acharné dans la lutte :
« (Après six lignes de compliments.)
« Le chikh Messaoud-ben-Zouari est venu nous trouver, et il nous a parlé pour nous engager à nous soumettre. Les gens pervers, et ils
1. Ces deux caïds n’avaient aucune relation de service ou d’origine avec les Ouled-Chelieh, mais c’étaient deux personnages très connus et très estimés dans le pays. Le chef du bureau arabe les avait emmenés comme conseils et amis, et aussi un peu comme sauvegarde personnelle si, contre son attente, le rendezvous avait caché un piège ou une embuscade.
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sont ici une multitude, n’ont pas voulu accepter. Ces gens-là n’ont pas de sagesse; ils disent : « C'est Dieu qui a fait tout cela » ; et vous autres (Français) vous en faites retomber le blâme sur les Ouled- Chelieh. Par Dieu ! les Ouled-Chelieh n’ont rien fait, si ce n’est après les autres tribus ; et combien de fois avant ne vous avions-nous pas prévenus de tout ce qui est arrivé ! Aujourd’hui vous nous parlez de paix et de soumission, alors que nous sommes engagés par serment avec les autres tribus insurgées. Si c’est là votre désir, il vous faut révoquer les anciens caïds, car, par Dieu ! rien n’aurait eu lieu si les caïds n'avaient pas fait du tort aux gens. Si vous voulez la paix, gouvernez et pardonnez le mal qui a été fait. Le pardon et la générosité sont le propre de ceux qui commandent. Dieu a dit : « Pardonnez-les et soyez « cléments, ne suivez pas le chemin des gens pervers. » Vous, qui êtes parmi les premiers des gouvernants, vous n’écouterez pas les paroles des méchants ! Que Dieu vous donne la victoire bénie et un royaume considérable. Salut de la part des kebars des Ouled-Chelieh. — Prière de répondre. »
Il n’y avait pas de réponse à faire, et il n'en fut pas fait.
Le même jour, soit pour mieux affirmer leur refus de se rendre à merci, soit par suite d'une simple coïncidence, un djich, composé d’Ouled-Chelieh, d’Aïdouça et d’Ouled-Fatma, dévalisait sur la route de Biskra, à 20 kilomètres de Batna, un groupe paisible de voyageurs des Beni-Maafa de l’Aorès.
Un billet du chikh Messaoud-ben-Zouari nous donnait le soir même le nom des deux Ouled-Chelieh faisant partie de la bande; c’étaient deux mauvais drôles, sans la moindre importance.
L'entrevue n'eut donc aucune suite et la situation resta la même : le désordre , l’anarchie et les brigandages continuèrent dans le Belezma; mais rien ne fut tenté ni contre Batna, ni contre les convois de voilures privées circulant sur la route bien groupées et sous des escortes mixtes de spahis, goumiers, et quelquefois de détachements de troupes françaises 1 .
1. La suite des faits concernant la région de Batna est au livre IV, chapitre v : Ahaied-Bey-een-Ciiikii-Messaoud,
L’Insurrection de 1871.
LES SOFFS DU SAHARA
(30 avril- 13 juillet.)
Le soif Bouokkaz et le soif Bengana dans le Sahara oriental. - Destruction des fermes européennes dans la plaine d'El-Outaïa; attaque de la zrnala du caïd Mohammed-ben-Henni (30 avril). — Ben-Henni se réfugie à Batna (6 mai). — Les nomades Gheraba sur les hauts plateaux. — Bouchoucha dans le Souf.
— Attaque et pillage de la ville de Guemar (8 mai). — Intrigues de Bouchemal-ben-Goubi et du soif des Bengana à Tougourt. — Bouchoucha arrive en vue de Tougourt; défection des Tougourtins (13 mai). — Entrée de Bouchoucha à Tougourt (14 mai). — Attaque de la Kasba (14 mai). — Pourparlers. — Nuit de combat; billet anonyme (14-13 mai). — Mise en liberté des daouaouidu et évacuation de la Kasba (13 mai). — Dernier combat et massacre des tirailleurs à 3 kilomètres de Tougourt (15 mai). — Défense des daouaouida et des mokhaznya dans la Kasba; l’amane de Bouchoucha (15 mai). — Les diplômes; brevets et actes de donations de Bouchoucha à Tougourt (15 au 20 mai). — Réponse de Si-Mohammed— et- Aïd, grand maître des Tidjanya à Bouchoucha (21 mai). — Assassinat des deux khalifats d'Ali-Bey à Blidet-Amar (21 mai). — Renvoi par Bouchoucha de ses prisonniers indigènes (22 mai). — Assassinat des daouaouida à Tougourt (23 mai . — Attitude d’Ali-Bey. — Son entrevue avec le commandant supérieur de Biskra (21 mai). — Lutte des soifs et combat entre Liana et Badès 31 mai). — La petite armée d’Ali-Bey sur l’Oued- Mlili. — Pourparlers à Ensigha (19 juin). — Combat et massacre à Mraïer (20 juin). — Ali-Bey arrive devant Tougourt (24 juin). — Escarmouches et travaux de siège (25 juin-7 juillet). — Assaut infructueux de Tougourt (8 juillet).
— Bouchoucha bat Ali-Bey sous Tougourt et met fin au siège (10 juillet). — Nouvelle attaque de Liana. — Ali-Bey rentre à Biskra (13 juillet). — Insuccès des manœuvres des Moqrani et d’Aziz dans le Sahara oriental.
Dans le Sahara oriental, la mort du bachagha ne causa aucune émotion; on en raconta les détails sous la tente, et ce fut tout.
Les deux soifs inconciliés et inconciliables de Bouokkaz et de
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Bengana1 restèrent en rivalité après comme avant, et cette rivalité amena dans le pays les mêmes ruines et les mêmes malheurs que l’insurrection dans le Tell et la Kabylie.
Biskra, il est vrai, resta indemne de tout pillage et de toute attaque, mais, hors de cette ville, la France était devenue une quantité négligeable.
Lors de son passage, le colonel Adeler, brusquement rappelé à Batna, n’avait pu ni compléter ni affermir l’organisation qu’il avait été forcé de donner afin de retarder un conflit imminent et de sauvegarder au moins les colons de Biskra; il n’avait pu qu’éloigner de ce milieu surexcité les nomades, toujours prêts à en venir aux mains.
1. Le soff Bouokkaz ou d’Ali-Bey comprenait les tribus suivantes :
Ouled-Saoula Ouled-Amor 1/2 Lakhdar Liana (village) Zribet-el-Oued El-Feïd Ahl-ben-Ali Ghamra Cherfa, etc.
Du caïdat du Zab-Chergui.
Tout le caïdat des Arab Cheraga.
Une partie des villages du Zab - Guebli du caïdat des Zibau.
3/iSidi-Oqba, 1/2 Chetrna, 1/2 Drouh.
Ahl-Amour du caïdat des Ziban.
Dreïssa du caïdat des Arab-Gheraba.
Les Messaaba du Souf avec les villes de Guemar, Behirna, Debila, El-Oued.
O. Harkat O. Rahma O. Rabah O. Khaled O. Slimane O, Naceur
3/4 de l’ Ahmar-Khaddou.
[ I 3/4 O. Slimane (Aorès) ; Mchounech. Rassira.
Du caïdat des Ouled-Zekri.
Le soff Bengana comprenait en 1871 :
1/2 Lakhdar Bad'es ( Kior ) Ouled-Bouhadidjci.
Du caïdat des Zab-Chergui.
Sahari, tout le caïdat.
Selinya
Rahmane
Bouazid
Du caïdat du Arab-Gheraba.
Presque tous les villages du Zab- Dahri du caïdat des Ziban.
1/4 Sidi-Oqba, 1/2 Chetna, 1/2 Drouh.
Ouled-Moulète.
Les Achecli du Souf avec les villes de Kouimine, Tarzoul.
1/4 de l’Ahmar-Khaddou.
Sud du Djebel-Chechar.
1/4 0. Slimane, Mchounech.
Nota. — Les tribus imprimées en italiques sont celles qui, dans l’organisation officielle et normale, avaient été placées sous les ordres de caïds appartenant au soif opposé à leurs sympathies et à leurs alliances traditionnelles.
LES SOFFS DU SAHARA
Si-Ali-Bey avait été autorisé à s’installer à Saada, avec mission de couvrir le sud de Biskra au moyen des tribus de son sofif, qu'il devait diriger de concert avec le caïd du Zab-Chergui, Si-Mihoub-Benchennouf, son ami et son parent.
Les tribus du soit Bengana, y compris les Sahari, avaient été groupées au nord du Zab-Dahri, entre El-Outaïa et Doucen.
On avait ainsi fait disparaître l'enchevêtrement des tribus et les causes imminentes de conflit.
Biskra restait entre les deux camps avec sa Kasba et sa garnison française. On avait construit à la hâte quelques travaux de défense autour de la ville européenne, dont l’entrée était interdite aux étrangers et dont le marché intérieur était supprimé.
On pouvait dans ces conditions espérer gagner du temps et attendre l'arrivée des troupes, en utilisant les sympathies très réelles pour nous des deux chefs de soff. Mais il était à craindre que chacun d’eux, uniquement préoccupé d’observer son adversaire, négligeât la surveillance de ses régions lointaines et ne sût pas empêcher les excès de ses propres partisans. C’est en effet ce qui était arrivé dès le départ du colonel Adeler.
Le 30 avril, malgré la présence au milieu d’eux des caïds Boulakhas et Si-el-hadj-Bengana, les nomades Gheraba, Bouazid et Sahari, avaient saccagé les trois fermes européennes situées dans la plaine d’El-Outaïa, et restée sous la garde de domestiques indigènes; ils avaient brisé les poteaux et les fils télégraphiques, incendié les meules du caïd Mohammed-ben-Henni, et, finalement, ils avaient attaqué sa zmala. Le combat avait été acharné : les Bouazid et Sahari avaient eu cinq tués et un blessé; le caïd Ben-Henni, une femme tuée et six blessés, dont quatre femmes et un enfant.
Les Bengana, qui n’avaient su ni prévenir ni empêcher le pillage, s’étaient confondus en protestations ; mais, au fond, ils étaient enchantés de voir Ben-Henni ruiné, battu et forcé, le 6 mai, de se réfugier à Batna.
Les nomades traversèrent la plaine d’El-Outaïa comme une nuée de sauterelles. Ils allèrent d’abord à Bitam, puis plus tard au Belezma et entre Aïn-Yagoute et Mlila. Tout l’été ils vécurent de rapines et de vols, pillant tour à tour et indistinctement les tribus insurgées et les tribus fidèles.
Le village d'El-Outaïa étant devenu désert et rien ne pouvant plus tenter les maraudeurs, il y eut de ce côté une accalmie relative. On mit sous les ordres du chikh Deradji-ben-Dehina, partisan .des Ben-
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gana, les vingt-cinq kielas 1 Sahari qui avaient abandonné Ben-Henni; avec eux et avec le goum de Biskra, augmenté de quelques spahis postés à la ferme Dufour, on assura, tant bien que mal, les communications postales jusqu'à El-Kantara.
Pendant ce temps, Bouchoucha avait continué sa marche vers le nord; mais, n’osant pas s’attaquer à Tougourt, où il y avait une garnison de tirailleurs, il s’était dirigé vers le Souf, se faisant précéder de lettres dans lesquelles il annonçait qu’il venait en ami et en marabout. Il se présenta d’abord à la zaouïa tidjanieyne de Guemar, qui refusa de le recevoir et se mit sur la défensive. Bouchoucha déclara qu’il ne voulait pas user de violence vis-à-vis de religieux comme lui, mais qu'il fallait qu'on lui livrât la zmala d’Ali-Bey. Sur le refus de Si-Mohammed-Sghir-ben-el-hadj-Ali, chef de la zaouïa2 3, il demanda aide et assistance aux Souafa; ceux-ci déclarèrent que rien ne pourrait les contraindre à marcher contre « leur seigneur ».
Bouchoucha se jeta alors, le 8 mai, sur la ville de Guemar, dont une partie fut pillée, malgré la vigoureuse résistance des Souafa, qui eurent là une centaine d’individus tués ou blessés 5. Les habitants des autres villes du Souf accoururent aussitôt; mais ils étaient divisés entre eux, et, ne voulant ni combattre ni servir le chérif, ils se mirent d’accord pour l’éloigner à prix d’argent. On lui apporta la diffa, en signe de déférence, et quelques milliers de francs, à titre de ziara ou aumône religieuse; mais on le prévint que, s'il ne quittait pas le pays, tous les Souafa, sans distinction de soff, marcheraient contre lui. Le chérif accepta, et alla camper à Mouïet-el-Caïd.
Ali-Bey était alors à Aïn-Naga, chez Si-Mihoub-Benchennouf ; dès qu'il apprit l’attaque de Guemar, il partit avec un goum pour la zaouïa, y prit sa zmala et la ramena dans les Ziban.
Pendant ce temps, Bouchoucha, à Mouïet-el-Caïd, avait reçu des lettres dans lesquelles des chioukh et des notables du soff Bengana offraient de l’aider à chasser de Tougourt et la garnison et les derniers partisans d’Ali-Bey.
Ce sont en effet les Arab-Gheraba, les Selmya, les Rahmane et les
1. Khiela, cavaliers soldés, ayant un service d’utilité générale, tandis que les dëira sont plus particulièrement affectés au service du caïd.
2. C’était le klialifat et le frère du grand maître des Tidjanya Si-Mohammedel-Aïd, à qui il succéda plus tard le 19 novembre 1875.
3. Le marabout de Temacine, grand maître des khouans Tidjanya, dit dans sa lettre 100 blessés et 60 tués : ce chiffre paraît exagéré, et il semble qu’il faille comprendre 100 blessés, dont 60 ont succombé. Parmi eux étaient des femmes et des enfants.
LES SOFFS DU SAHARA
Ouled-Moulète, qui sont propriétaires de la presque totalité des palmiers cultivés par les Rouara; ces nomades, depuis longtemps inféodés aux Bengana, n’avaient pas cessé de battre en brèche l'autorité d’Ali-Bey.
Les agents principaux de ces intrigues étaient: le chikh de Nezla, Bouchemal-ben-Mohammed-Goubi, son frère Goubi-ben-Goubi; les marabouts des Medjarya, El-hadj-Ahmed-ben-Ali-el-Trabelsi, El-hadj- Brahim-ben-el-hadj-Amor, tous deux moqaddems Rahmanya de l’obédience de Nefta et ralliés aux dissidents de la zaouïa de Ben-Abid
Plus benganiste que les Bengana, Bouchemal n’hésita pas à appeler Bouchoucha à la rescousse pour donner le dernier coup à l’autorité d’Ali-Bey; il se faisait fort de débarrasser Tougourt de sa garnison si le chérif voulait venir prendre possession de la ville.
Cette garnison se composait alors de 63 tirailleurs, de 2 sergents, dont un français, et de 2 caporaux. Elle était commandée par un lieutenant indigène, M. Mousseli, brave et digne officier, ayant fait la campagne de Grimée, chevalier de la Légion d’honneur, bien noté dans son régiment, quoique peu intelligent. Son insuffisance nous avait même été signalée par le marabout de Temacine et par Ali-Bey, mais ils l’avaient fait avec une grande discrétion, et, comme le rôle de cet officier devait être exclusivement militaire, on n'avait pas attaché grande importance à cette communication.
M. Mousseli, qui croyait n’avoir à se défendre que contre le chérif Bouchoucha, était sans méfiance aucune vis-à-vis les notabilités du pays. Pauvre officier vivant de sa solde, il avait été flatté de l’amitié et des égards que’ lui témoignait le riche chikh Bouchemal-ben- Goubi. Il avait aussi été séduit par les manières onctueuses des marabouts des Medjarya, amis des Bengana et hommes considérables, auprès desquels il trouvait toujours un accueil empressé et cordial, qui contrastait singulièrement avec la morgue et la froideur hautaine des deux frères Namane et Mostafa-Bendebbah, proches parents de l’agha Ali-Bey et ses khalifats1 2 pour les pays de Ouargla et de Tougourt.
Lorsque, le 8 mai, M. Mousseli reçut de Tarzout une lettre par