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Six avaient été tués; douze blessés

LES SOFFS nu SAHARA

Au bout d’une heure il revient et dit que Bouchoucha ne veut rien évacuer, mais qu’il promet la vie sauve aux tirailleurs s'ils livrent les parents d’Ali-bey. Mousseli s’indigne, refuse sèchement et renvoie Bouchemal, qui ne reparaît plus.

Pendant la nuit le feu continue entre les assiégeants et les défenseurs de la Kasba; ceux-ci reçoivent, attaché à une pierre lancée pardessus le rempart, un billet anonyme disant en substance : « Si vous partez vers le nord, le chérif ne vous poursuivra pas, il n’en veut qu’aux daouaouida. »

Le 15 mai, au point du jour, les jeunes tirailleurs étaient exténués et démoralisés ; la lutte semblait sans issue. Le lieutenant Mousseli, croyant que la lettre anonyme est un dernier avis donné par son ami Bouchemal, a la malheureuse idée, pour sauver ses hommes, d’abandonner les daouaouida et de marcher sur Biskra.

Il ne veut cependant pas livrer ses prisonniers au chérif ; il les met en liberté, leur rend leurs armes, leur donne des munitions, leur laisse des vivres et les prévient de son intention. Puis il fait prendre à ses tirailleurs 90 cartouches et quatre jours de vivres, et, malgré les observations énergiques de Jonge et celles, non moins vives, d’un caporal indigène qui, tous deux, traitent de folie le plan du lieutenant, le détachement quitte la Kasba. Il y laissait sept de ses hommes : quatre blessés et trois tirailleurs valides qui avaient déclaré vouloir partager le sort des mokhaznya et des daouaouida.

Le lieutenant et ses cinquante hommes n’avaient pas fait cinq kilomètres qu’ils trouvaient la route barrée par des gens embusqués et qu’ils étaient enveloppés par des Medjarya, Mekhadma, Chambaet autres rebelles. Mousseli essaye de faire former le carré, mais ses hommes manquent de sang-froid, et, avant même qu’ils aient fait usage de leur feu, ils sont abordés, bousculés, et, après une courte lutte corps à corps, ils succombent sous le nombre. Quatre tirailleurs seulement réussissent à s’échapper, deux par la fuite, deux par l'intervention d’amis personnels. Jonge et sa femme sont sauvés par un nègre des Chamba, mais ils sont faits prisonniers.

Le malheureux lieutenant avait été tué un des premiers, et atrocement mutilé. En deux jours 52 tirailleurs étaient tombés sous les coups des rebelles.

Tout était fini quand arriva, à cheval, le secrétaire de Bouchoucha, Djelloul-ben-Moulaï-Smaïl ; on lui remit Jonge, sa femme et les deux tirailleurs.

Les insurgés revinrent avec lui à Tougourt et reprirent l’attaque de

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la Kasba. Ils rencontrèrent une résistance énergique, car les daouaouida, gens de race et de tempérament guerrier, ont une réputation de courage bien méritée. Mais l’un d’eux, Si-Mostefa-ben-Braham, le plus âgé et le chèf du groupe, fut tué après une heure ou deux de combat. Sa mort, et surtout la présence de femmes et d’enfants dont la perte semblait certaine, paralysèrent la défense et décidèrent les deux khalifats Si-Namane et Si-Mostefaà entrer en pourparlers avec le ehérif.

Boucboucha leur envoya son chapelet par son secrétaire Djelloul accompagné de Bouchemal. C’était l’amane religieux, c’est-à-dire la vie garantie par un serment public.

Quelques mokhaznya, cependant, n’eurent pas confiance, et, ne croyant pas que le chapelet était pour eux, ils essayèrent de se sauver en franchissant les murs de la caserne ; plusieurs furent tués à coups de fusil, les autres réussirent à gagner Tamellalt ', asile sacré où ils étaient en sûreté.

Les daouaouida, au nombre de six1 2, leurs femmes et enfants, les sept tirailleurs et plusieurs mokhaznya, sortirent sans encombre et furent conduits au ehérif, qui les confia à Bouchemal.

Bouchoucha s’occupa de suite d’organiser sa conquête ; il nomma Goubi son moqaddem et son khalifat par un brevet en bonne et due forme, et dont la rédaction donne la note exacte de la situation que le ehérif pensait avoir, et qu’il avait réellement, aux yeux des Sahariens :

« Ceci est un avertissement pour quiconque verra le présent diplôme sur lequel est apposé notre sceau, et qui a été délivré aux mains de son porteur le moqaddem Goubi, celui qui est investi du titre de chikh des habitants de Nezla.

« II donnera ses ordres et dirigera ses administrés dans la voie de la soumission au Prophète. Que la prière et le salut soient sur Lui !

« Quant à vous, membres de la djemaa, que Dieu vous accorde, par notre intercession, sa bénédiction, et que le bien règne entre nous.

1. Tamellalt est le nom delà zaouïa, maison-mère des khouans Tidjanya; elle forme, à 1,200 mètres de Temacine, une vaste agglomération de bâtiments et de palmiers entourés de murs solides. — On dit aussi la zaouïa de Temacine, mais, dans le pays, le nom de Tamellalt est seul usité.

2. Si-Sghir-ben-Deblah. — Brahim-ben-Debbah, fils du précédent (sept ans). — Si-el-hadj-Ahmed-ben-Debbah. — Si-Mostafa-ben-Debbah, khalifat d’Ali-Bey pour Tougourt. — Si-Namane-ben-Debbah, khalifat d’Ali-Bey pour Ouargla. — Si-elhadj-Mohammed-ben-el-Guetal.

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Celui qui serait désobéissant et s’écarterait de mes ordres s’en repentirait, mais le repentir ne lui servirait à rien.

« Notre khalifat gouvernera avec justice et se conformera aux prescriptions de la loi Mohainmedia; que Dieu élève cette loi à son apogée! Amen !

« Nous l’avons investi, et, s'il plaît à Dieu, il sera aidé par lui dans l’accomplissement de sa mission; celui qui ne lui obéirapas ne prospérera pas, par la volonté de Dieu! Que votre chikh soit l'objet des honneurs et du respect qui lui reviennent.

« Écrit par ordre de notre seigneur et de notre maître Mohammedben-Brahim ; que Dieu le protège et le dirige! »

Aux autres agents il donna de simples lettres de service dans lesquelles ne figuraient ni le mot de khalifat ni même celui de moqaddem qui entraîne une idée de pouvoir très étendu; ces lettres étaient ainsi conçues :

« Par notre présent ordre, nous nommons N... chef de . en tota¬

lité. Il le gouvernera comme il l’entendra sans que personne n’y mette entrave, mais il remplira ces fonctions avec justice, suivant la loi de Dieu et de son Prophète. Le susdit N... sera chikh de la localité cidessus mentionnée. »

Outre ces nominations, il fit encore des actes écrits portant donation à Goubi-ben-Goubi de tous les biens possédés à Tougourt par le gouvernement français et à Bouchemal de toutes les propriétés détenues par Ali-Bey.

Ces affaires terminées, Bouchoucha se mit en route le 21 dans la direction du sud, emmenant avec lui les deux khalifats, les époux Jonge, ainsi que les tirailleurs prisonniers. En arrivant près Temacine,il s’arrêta et entoura, avec tous ses contingents, la zaouïa de Tamellalt. Mais les murs nouvellement réparés se hérissèrent de fusils, et Bouchoucha, craignant de compromettre son prestige religieux et guerrier en attaquant un sanctuaire aussi vénéré et aussi bien gardé, se borna à écrire au Grand-Maître des Tidjanya pour lui demander la faveur de lui présenter ses respects.

Si-Mohammed-el-Aïd refusa de le recevoir et ajouta à son refus laconique : « C’est par la volonté de Dieu que les Français sont en Algérie, leur gouvernement est durable; prends garde à toi. »

Bouchoucha se le tint pour dit et alla camper le jour même à Blidet- Amar.

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Il n'y était pas depuis deux heures qu’une députation, conduite par Bouchemal, Goubi, El-Trabelsi et El-hadj-Brahim-ben-el-hadj-Mohammed, se présentait et lui demandait la mort des deux lieutenants d’Ali-Bey.

Bouchoucha répondit d’abord par un refus formel ; il ne voulait pas qu’on pût dire qu’il violait son ainane, et, de plus, il tenait à conserver par devers lui comme otages ces deux personnages dont la rançon pouvait être pour lui une bonne affaire.

Les délégués insistèrent sur l’imprudence qu’il y avait à promener dans le Sahara des personnages ayant chez les nomades de nombreux partisans et qui pouvaient lui échapper, un jour ou l’autre, sans la moindre rançon. En même temps, ils remettaient à Bouchoucha 2,500 douros, soit 12,500 francs, « comme dia ou prix du sang payé au maître pour l’indemnité du meurtre de ses captifs ».

Puis, sans attendre la réponse, Bouchemal et ses compagnons reprirent le chemin du Tougourt, où ils arrivèrent dans la nuit.

Après leur départ, Bouchoucha dit quelques mots à son secrétaire Djelloul, qui prit avec lui quatre Ghamba et se chargea de tuer les deux daouaouida.

Ses ordres donnés, le chérit sortit de sa tente et alla à quelque distance faire ses dévotions en plein air, en vue de tout son camp ; il pria longtemps avec une grande ferveur apparente et sans paraître entendre les cris des victimes et les coups de pistolet des assassins 1 .

Le lendemain 22, il quitta son camp de Blidet-Amar; mais, avant de partir, il mit en liberté tous ses prisonniers, sauf les époux Jonge et le tirailleur nègre Embarek-ben-Saïd, qu’il garda comme cuisinier. Il ne fut, du reste, jamais malveillant pour ses deux prisonniers français, qui, dans leur longue odyssée de quatre mois2, furent toujours traités avec humanité. Parfois même Bouchoucha honorait son captif de ses confidences; il ne lui cachait pas le peu de foi qu’il avait dans les suites de son aventure, et il I entretenait de la nécessité où il serait, un jour ou l’autre, d’aller se réfugier à Insalah. C’était surtout quand

1. Deux domestiques indigènes, qui avaient été laissés aux daouaouida, vinrent pour secourir leurs maîtres. L'un d’eux, Mohammed-ben-Mammar, fut abattu d’un coup de pistolet et laissé pour mort; l’autre, Ahmed-ben-Khalif, se voyant impuissant, s’enfuit à Tamellalt à la faveur de l’obscurité, et donna les premiers détails sur ce drame.

2. Au mois d’octobre, Boulakhas-Bengana, maître de Tougourt (voir livre IV, chapitre vi), envoya à Ouargla des émissaires qui ramenèrent les époux Jonge sains et saufs.

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il apprenait le succès de quelque colonne française qu'il causait avec Jonge, et, après ces conversations, il reprenait son rôle de sultan, convoquait ses gens et leur annonçait, avec force détails, que les insurgés du Tell venaient de remporter une grande victoire sur les roumis.

Le 23 mai, à Tougourt, Bouchemal, Goubi et consorts se débarrassèrent des autres daouaouida prisonniers chez eux , en les faisant égorger. Un seul, Si-el-hadj-Mohammed-ben-el-Guelal, échappa à ses assassins en se réfugiant dans une mosquée dont les tolba Tidjanya achetèrent à prix d’argent l’inviolabilité ; ce fut le marabout de Temacine qui donna les fonds nécessaires à cette rançon et qui ensuite reçut chez lui le malheureux parent d’Ali-Bey.

La femme et la fille d’un des daouaouida furent épargnées par Bouchemal et envoyées à Bouchoucha, qui ne garda que la jeune fille, Saadia-bent-si-Ahmed, une fort jolie personne. Mais la descendante desBouokkaz, anciens seigneurs du Sahara, ne consentit jamais à devenir la femme de l’aventurier Bouchoucha, et celui-ci se contenta d’envoyer Saadia à l’autre extrémité de l’Algérie, chez le marabout de Kerzaz

La nouvelle de la marche du chérif sur Tougourt n’était parvenue à Si-Ali-Bey que le 12 au soir dans les Ziban ; il avait de suite rassemblé ses goums et ceux de Si-Mihoub et était parti dans cette direction; mais, quand il arriva, tout était terminé : il n’était pas en force pour poursuivre le chérif, et, après quelques démarches infructueuses pour faire délivrer ses parents, il revint dans le Zab-Chergui concentrer ses gens entre Garta et Sidi-Oqba, au milieu des cultures des Lakhedar du soif Bengana.

On venait d’apprendre à Biskra la prise de Tougourt par le chérif et le massacre des tirailleurs. Cette nouvelle avait été apportée le 18 au soir au caïd de Biskra par un cavalier des Selmya envoyé par Bouchemal. Mais le caïd « n'avait pas cru devoir déranger le commandant supérieur pendant la nuit », et quand, le lendemain, il vint annoncer

1. Kerzaz, oasis indépendante au sud-ouest de Figuig, sur l’Oued-Nsaoura, près le Gourara, est le fief d’une zaouïa célèbre, maison-mère de l’ordre religieux des khouans Kerzazya ou Ahammedine, fondé en 1608 de J. -G. — Cet ordre a pour spécialité la protection des ksouriens contre l'élément nomade; il compte dans la province d’Oran 2,986 khouans : il se tient rigoureusement en dehors des choses politiques et a toujours avec les Français une attitude correcte et même bienveillante. Voir pour plus de détails : Marabouts et Ivhouaxs, chapitre XXIII.

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la chose, le commandant venait de recevoir une lettre du chikh de Mraïer lui rendant compte des faits.

Ali-Bey était revenu profondément irrité contre les Bengana, et son installation au milieu des cultures des Lakhedar était une provocation directe vis-à-vis les gens du soff ennemi. Ceux-ci, de leur côté, criaient bien fort, disant que c’était par suite de leur soumission aux ordres de l'autorité que les Lakhedar et les Gheraba voyaient leurs propriétés dévastées par « cet Ali-Bey, qui n’avait même pas su empêcher une garnison française d’être massacrée ».

Ali-Bey, exaspéré de ces accusations et des nouvelles qu’il recevait de Temacine, arriva le 27 mai à Biskra, accompagné de Benchennouf, d’Amar-ben-Harzalah, chikh des O. Harkat, et d’une quinzaine de chioukh ou notables. Il alla chez le commandant supérieur avec ses amis, et, d’une voix vibrante de colère, il accusa les Bengana d’avoir appelé Bouchoucha à Tougourt, de lui avoir fait livrer la ville par leurs amis et d’avoir donné de l’argent pour faire assassiner les Ben- Debbah. Il demandait la révocation des Bengana et leur expulsion du Sahara, s’engageant dans ce cas à reprendre Tougourt et à poursuivre à outrance Bouchoucha.

Le capitaine de Maëgtlui répondit qu’avant de prendre une pareille décision il fallait d’abord qu'il nous livrât les gens de Tougourt accusés par lui d’être les instruments des Bengana, alors seulement une instruction judiciaire pourrait mettre en relief les responsabilités engagées. Il fut dit aussi à l’agha que, s’il s’était un peu plus occupé des affaires de son commandement au lieu de consacrer toute son énergie et toute son intelligence à surveiller un soff dont il était le premier à nier les vertus guerrières, il aurait empêché et la prise de Ouargla et celle de Tougourt.

Ali-Bey et les siens comprirent la justesse de cette réponse; ils se calmèrent un peu et jurèrent qu’ils allaient venger les tirailleurs et reprendre Tougourt,

Ils étaient personnellement désireux de le faire; mais, quand ils voulurent entraîner leurs goums, ceux-ci, tout en se disant prêts, firent traîner les choses en longueur. Ils trouvaient, en effet, plus agréable et plus lucratif de continuer à manger les récoltes des Lakhedar que d’aller guerroyer pour l’honneur de leur seigneur, sans le moindre espoir de razzia. Puis, beaucoup craignaient aussi pour leurs propres récoltes dans les Ziban, et ils voulaient régler leurs affaires personnelles avant de se lancer dans l’extrême sud.

Pendant ce temps, les accusations contre le soff Bengana prenaient

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plus de consistance; on connaissait le rôle odieux de Bouchemal, et, comme il avait toujours été l’homme-lige des Bengana dans l’Oued- Rir, on en tirait la conclusion que, cette fois encore, il n'avait été que leur agent autorisé.

Pour couper court à ces bruits inquiétants, Boulakhas-Bengana vint offrir au commandant supérieur de marcher sur Tougourt, avec les Gheraba propriétaires des palmiers de l'Üued-Rir, de reprendre la ville et d’arrêter Bouchemal et Goubi.

On ne pouvait accepter cette offre, qui aurait eu pour conséquence immédiate de faire marcher le soff Bouokkaz sur Biskra, où habitaient tous les chefs des Bengana, et de nous forcer à intervenir pour les protéger manu militari. Et cela alors qu’on disait publiquement que la conduite équivoque de ces Bengana avait facilité les succès de Bouchoucha, et que leurs amis et partisans étaient responsables de la perte de la Ivasba et du massacre des tirailleurs.

En ce moment déjà les deux soffs étaient aux prises à l’extrémité orientale du cercle; le village de Liana, du soff Bouokkaz, s’était battu le 31 mai contre le qsar de Badès, du soff Bengana. Il y avait eu 10 tués et 20 blessés. Les deux partis s’accusaient réciproquement avec âpreté, mais les torts semblaient avoir été du côté de Badès, que soutenait le caïd de Khanga.

Cependant Ali-Bey, ayant appris la démarche deBoulakhas, pressa l’organisation de ses goums, et, dans les premiers jours de juin, il avait réuni sur l’Oued-Mlili une véritable armée, comptant dix mille fusils et cinq cents chevaux1. 11 divisa ses forces en cinq colonnes, réglantla marche avec soin, de façon à les faire bivouaquer successivement sur les points d’eaux jalonnant sa route ; puis, partant un peu en avant avec la cavalerie, il arriva, le 19 juin, à Ensigha, petite oasis à quatre kilomètres de Mraïer, grande bourgade dont les maisons et les palmiers appartiennent presque tous aux Arabes Gheraba du soff Bengana. Gomme tous les ksours du Sahara, Mraïer a une

1. Voici quels étaient les contingents réunis par Ali-Bey à l’Oued-Mlili et leur division en cinq groupes :

1° Les tribus du Zab-Chergui (sauf les Lakhdar), sous les ordres de Si-Mihoub- Benchennouf ;

2° Ahl-ben-Ali, Ahl-Amour, Ghemra, Cherfa, Arab-Cheraga, avec Ali-Bey;

3° Ouled-Sassi (des Ouled-Zekri), avec le chikh Bouzid-ben-Harzallah ;

4° Ouled-llarkat (des Ouled-Zekri), avec le chikh Amar-ben-Harzallah ;

5° Un contingent d’Ouled-Naïl de Bouçada, amenés par le caïd des O. Zekri, Si-Taïeb-ben-Harzallah.

L’Insurrection de 1871.

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enceinte en toubes et des portes qui se ferment en temps de trouble.

A l’approche des formidables goums d'Ali-Bey, les khammès fermiers et ksouriens, fort peu rassurés, demandèrent du secours à Bouchemal et à Bouchoucha, qui envoyèrent quelques centaines d’hommes *.

Le chikh de Mraïer, Mohammed-bel-Hadj, personnellement dévoué à son agha Ali-Bey, ne commandait plus rien dans la ville. Son soff, jadis puissant, s’était fondu depuis que les Goufci étaient maîtres du pays; seuls trois ou quatre chefs de famille étaient restés fidèles au parti vaincu.

Quand on vit Ali-Bey si proche de Mraïer, ses anciens partisans se retrouvèrent ; accompagnés d’un certain nombre d’habitants , ils vinrent avec le chikh apporter à l’agha une grande diffa de bienvenue et protester de leur dévouement et de leur obéissance.

Ali-Bey les reçut plus que froidement, leur parla à peine et les congédia pour s’entretenir avec le chikh Mohammed-bel-Hadj et les trois ou quatre chefs de famille qui n’avaient jamais déserté sa cause. Ceux-ci, désireux de se venger des humiliations et froissements subis, forcèrent la note; ils déclarèrent qu’il y avait dans Mraïer quatre cents hommes envoyés de Tougourt par Bouchemal, que toute la population était acquise à Bouchoucha et aux Bengana.

Ali-Bey n’avait nul besoin d’ètre excité; il envoya, séance tenante, le chikh et deux de ses cavaliers signifier aux gens de Mraïer qu’ils eussent, s’ils étaient toujours les serviteurs de la France, à verser le jour même leur impôt de l’année, impôt très léger et dû, il est vrai, depuis longtemps, mais que l’agha n’avait jamais songé à réclamer.

Les Ksouriens n’ayant pas versé dans la journée, Ali-Bey lança sur l’oasis, le lendemain matin 20 juin, cinq cents hommes choisis tant parmi les cavaliers que parmi les fantassins et placés sous les ordres de son jeune et brave cousin Si-Ahmed-Bey-ben-Ferhat1 2. Les cavaliers mirent pied à terre, et les gens de Mraïer marchèrent à leur rencontre, mais ils ne résistèrent pas longtemps. Derrière Ahmed-Beyben-Ferhat arrivaient d’autres contingents; les Ksouriens prirent la

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