Ali-Bey, dans son rapport, dit 400 hommes
2. Alnned-Bey-ben-Ferhat était alors caïd des Beni-Slimane et Rassira (Aorès méridional). Il fut plus tard blessé et décoré lors de l'insurrection d’El-Amri en 1876, et se distingua encore, en 1879, dans nos rangs, lors de l’insurrection de l’Aorès.
LES SOFFS DU S A II A R A
fuite, et les vainqueurs entrèrent avec eux clans la ville, qui fut mise à sac. Les silos furent viciés et les habitants, même inoffensifs, massacrés sans pitié; cent soixante-quinze au moins succombèrent en quelques heures, et, clans ce nombre, 24 seulement furent tués en combattant. Ahmed-Bey-ben-Ferhat eut de son coté de 10 à 15 tués et de 20 à 40 blessés 1 .
Le soir, la ville était déserte, ses habitants avaient fui dans la direction de Tougourt.
Ali-Bey quitta Mraïer le 21 juin, clans l’après-midi; le 24, il était en vue de Tougourt, ayant trouvé sur sa route tous les qsours abandonnés, sauf celui de Djamaa, où étaient réunis les gens de Zaouïet- Riab, de Temdla et Sidi-Ammar, qui fournirent à leur agha la diffa et un contingent de cent fusils.
Les habitants des autres villages, Nezla, Tebesbest, Zaouïa, Tamerna, etc., étaient tous, ainsi que les fugitifs de Mraïer, réfugiés clans Tougourt. Le grand fossé fangeux qui, à cette époque, entourait la ville2, avait été rempli jusqu’au bord; les ponts étaient coupés, les portes barricadées, les maisons et les terrains s’étageant jusqu’à la mosquée qui domine la ville étaient couverts de défenseurs. Ces gens-là étaient décidés à résister jusqu’à la mort: car ils avaient tous, plus ou moins, trempé clans les assassinats des daouaouida, et ils n’avaient nulle merci à attendre de leur agha.
Ali-Bey, qui connaissait la force de cette ville, où il résidait habituellement en hiver, essaya d’abord de la ruse et de la corruption; il engagea des pourparlers avec les deux frères Ben-Goubi, qui com-
1. Ces chiffres minima sont peut-être un peu faibles; ils sont officiels et ont été donnés à la suite d’une vérification faite après l’événement et dans un moment de réaction contre l’agha dont les Bengana avaient fortement ébranlé le crédit : dans cette vérification , il n’a pas assez été tenu compte des éléments étrangers enfermés dans Mraïer. Cependant nos chiffres sont peut-être plus près de la vérité que ceux donnés en juin 1871, dans le rapport de l’agha, qui s’exprime ainsi : « Les pertes de notre côté sont de 16 tués et 41 blessés; celles de l’ennemi de 236 tués, parmi lesquels 135 des gens venus de Tougourt. » 11 est à peu près certain que dans les chiffres officiels de l’enquête on n’a pas compris un certain nombre de gens appartenant au commandement des Bengana, aux Ouled-Naïl de Bouçada ou aux Chamba, tous gens qui avaient intérêt à dissimuler leurs morts, ou qui pour des causes diverses échappaient aux investigations faites après coup.
2. Ce fossé, qui avait existé de temps immémorial, pouvait être rempli au moyen d’un lac ou bahar d’eau saumâtre voisin de la ville. C’était un cloaque infect et un foyer pestilentiel. 11 a été comblé de 1872 à 1875 par l’agha Mohammed Bendris, et, en partie, couvert de plantations qui ont assaini le pays. Aujourd'hui Tougourt, sans être encore un sanitarium, est très habitable; ce n’est qu’une question d’hygiène et de confortable.
LES ECHECS DE LA COALITION
mandaient les assiégés. Bouchemal répondit « qu'il ne se rendrait jamais ».
Les forces d’Ali-Bey éLaient considérables, et elles comprenaient les sagas des Ahl-Amour, des O. Zekri et des O. Naïl, toutes réputées pour leur énergie et leur solidité ; mais c’étaient des contingents sahariens n’ayant ni la discipline ni la cohésion des contingents qbaïls. Excellents pour une surprise ou pour la résistance derrière les murs en terre d’une oasis, iis étaient inhabiles dans l’attaque d’une ville en état de défense.
Ali-Bey disposa un cordon de sentinelles et de petits postes autour de Tougourt, et fît faire des patrouilles en tous sens, afin que le blocus fût aussi rigoureux que possible, ce qui n’empêcha pas Bouchemal <le faire sortir des émissaires, qui allèrent à Ouargla demander des secours à Bouchoucha.
Quinze jours se passèrent à échanger des coups de fusil, sans autre effet que quelques blessures de part et d’autre. La nuit, Ali-Bey faisait sonder les fossés et jeter de la terre, des djérids 1 et des troncs de palmiers pour rendre guéables certains passages. Lorsque ce travail fut terminé, l’assaut général fut décidé.
Le 8 juillet, à un signal donné, les assaillants s’élancent de tous les côtés vers la ville, au bruit d’une fusillade plus bruyante que dangereuse ; sur cinq ou six points à la fois des volontaires s’engagent dans les fossés; beaucoup arrivent jusqu’au pied du mur; mais les uns ont leurs munitions mouillées, et ils sont tués sans pouvoir se servir de leurs armes, les autres ne peuvent escalader les remparts, et ils tombent sous les coups des assiégés. En vain ils renouvellent leurs tentatives, en vain les O. Amor et les O. Zekri s’acharnent contre ces murs; il faut renoncer à les franchir.
A la fin de la journée, l’agha avait 48 tués et 149 blessés2, et ses contingents, découragés, parlaient de remonter vers le nord. Cepen-