‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 149 sur 202 · En voici le détail numérique · texte numérisé non relu

En voici le détail numérique

Zmala de Si-Ali-Bey . 3 2

Ouled-Zekri. . . 10 27

Ghamra . 5 14

Ahl-ben-Ali . 2

Zmala du caïd Ben-Henni . 3 5

Ahl-Amour . 4 14

Cherfa (A. Cheraga) . 6 33

A reporter. . . 31

LES SOFFS DU SAHARA

dant rien n'était perdu ; la situation des assiégés était même très précaire; la ville, encombrée de bouches inutiles, manquait déjà de vivres et surtout d’eau potable. La reddition de la place n'était plus qu'une question de jours si aucun secours ne survenait de l’extérieur.

Ali-Bey avait prévu l’éventualité de l’arrivée de Bouchoucha, et il avait échelonné des embuscades, des coureurs et des vedettes (chouafs) jusqu’à El-lladjira, à mi-chemin de Ouargla; sa cavalerie battait le pays: elle ne vit rien de suspect.

Bouchoucha avait déjoué toutes ces précautions, et, pendant que les Cheraga lui barraient la route directe, il s’était jeté à l'est, à travers les dunes bien connues des Chamba et des Mekhadma, amenant avec lui Naceur-ben-Chohra, 80 chevaux et 900 fantassins à mehara.

Le 10 juillet, à midi, le muezzine monté sur le minaret de la mosquée de Tougourt pour appeler à la prière du dohor, vit les bannières de Bouchoucha, qui arrivait par le nord. Aussitôt les femmes montent sur la terrasse et déchirent l'air de leurs you-you stridents.

C’est ainsi qu’Ali-Bey connut l’arrivée de son ennemi; immédiatement il saute à cheval, entraîne ses cavaliers et s’élance pour barrer la route. Le combat s’engage avec fureur, et dure jusqu’à la fin de la journée : Bouchoucha a 79 hommes hors de combat, dont 54 tués; il perd 10 chevaux et 10 meharas, mais il entre dans Tougourt.

Ali-Bey a 6 tués et 15 blessés, et ses contingents, découragés, n’ayant plus de vivres, l’abandonnent et partent vers le nord.

Pour beaucoup de ces goumiers il était urgent de rentrer, car, pendant cette longue absence, leur pays était ruiné par les partisans des Bengana, qui toujours manœuvraient pour affaiblir les gens du soff Bouokkaz. C’est ainsi que le caïd du Djebel-Chechar, Si-Ahmed-Bennaceur, était sorti deux fois de Khanga-Sidi-Nadji pour offrir le combat aux habitants de Liana. La première fois, un marabout, Benabdelafid, avait empêché le combat; mais, la seconde fois, le qsar avait été attaqué, et ses assaillants, repoussés, avaient eu 3 hommes tués. Le

Report. . . 31 97

Ouled-Zid . 2 5

O. Naceur . 7

O. Amor (des Zab-Chergui) . 11 23

O. Hamida et Troud du Souf. . . 2 12

Ahl-Tciuacen . 2 5

LES ÉCriECS DE LA COALITION

retour de Si-Mihoub-Benchennouf clans le Zab-Chergui empêcha une nouvelle attaque.

Quant à Ali-Bey, de plus en plus exaspéré contre les Bengana, il rentra à Biskra le 13 juillet, ramenant avec lui les Arab-Cheraga, qui s’éparpillèrent à travers les [Ziban, et apportèrent ainsi de nouveaux éléments de désordre dans la banlieue de Biskra.

Pendant ce temps, Bouchoucha, après avoir fait de Naceur-ben- Ghohra son khalifat dans le Sahara, alla battre le pays entre Tougourt et Doucène.

Telles furent, dans le cercle de Biskra, les ruines et les humiliations qu’attirèrent à la France les plus nobles, les plus dévoués et les plus anciennement ralliés d’entre les représentants de cette féodalité indigène, dont nous avions cru longtemps pouvoir utiliser et équilibrer à notre profit les influences plusieurs fois séculaires.

Ni Ali-Bey, ni Bengana, ni aucun de leurs parents, ne s’étaient insurgés; chacun d’eux prétendait même avoir le monopole de la fidélité à notre cause, chacun d’eux avait protesté et protestait encore tous les jours contre la coupable révolte des Moqrani, et, tous, conscients ou inconscients, ils servaient en réalité la cause de l’insurrection.

Mais, quelque grave que puisse avoir été pour nous cette complicité indirecte, il ne faudrait pas s’en exagérer les conséquences. En fait, à cette époque et pour les indigènes, la coalition aristocratique et religieuse des Moqrani et d’Aziz s’était heurtée, dans le Sahara, à un double et éclatant échec. Ni le bachagha, ni Boumezrag, ni Abdesselem, n’avaient pu obtenir l’alliance ou l’adhésion déclarée d’un seul de leurs pairs et anciens amis du pays des palmiers. Aziz, parlant au nom de Dieu et de l’Islam, n’avait pu modifier l’attitude si nettement sympathique à la France des deux plus grands seigneurs religieux du Sahara.

De la part de Mohammed-el-Aïd, grand maître des Tidjanya et seigneur de Temacine, Guemar et autres lieux, cela n’étonnait pas trop les indigènes, qui savaient l’ordre des Tidjanya en rivalité de doctrine et d'inlluence avec les Rahmanya. Mais, de la part de Si-Ali-ben- Amor, marabout de Tolga et grand maître des Bahmanya du sud, le fait était très remarqué et très commenté. Il avait une portée d’autant plus grande qu’une partie des Rahmanya de l’obédience de Nefta et la totalité des Rahmanya de la zaouïa de Cherfet-el-Hamel, près Bouçada, suivaient la même ligne de conduite que Tolga.

Seul Bouchoucha triomphait; mais les succès de ce faux chérif

LES SOFFS DU SAHARA

n’avaient qu’un effet relatif et ne faisaient impression que sur les simples et les naïfs : car il était de notoriété publique, chez les indigènes, qu’il ne représentait ni l’élément aristocratique ni l’élément religieux, ayant à un titre quelconque les directions politiques ou spirituelles des populations sahariennes.

Aussi, le 13 juillet 1871, malgré nos revers, malgré les fautes ou les défaillances de quelques-uns de nos agents, nous restions toujours, aux yeux des indigènes, les souverains incontestés et les amis reconnus des seigneurs politiques ou religieux du Sahara.

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