MALEK- E L- B E R K A N I
cerné, envahi; les Zatima furent bousculés, et Braham-Ghobrini, menacé de mort, fut forcé d’interrompre le désarmement, de rendre les fusils confisqués et de se rembarquer.
Cherchel était alors étroitement bloqué ; on ne pouvait plus faire sortir le troupeau, car, les rebelles ayant leurs avant-postes à Sidi- Yahia et à la ferme Caroli, la garnison avait grand'peine à assurer la garde des remparts, dont le développement est considérable. Cependant, grâce à l’artillerie de la place et à celle des bateaux de guerre, il n’v eut aucune attaque réelle contre la ville; mais tout, dans la banlieue suburbaine, fut pillé, détruit ou incendié.
Le 20 juillet, le Desaix porta une mitrailleuse à Tipaza, où la situation restée bonne ne devait pas se modifier.
Le 21, la Dryade débarqua à Alger la colonne Ponsard, partie de Bougie et forte de 2,000 hommes qui furent immobilisés quelques jours, faute de moyens de transport. On tenait, en effet, à les envoyer à Cherchel par terre, afin de raffermir la situation à l’ouest d’Alger avant d’opérer chez les Beni-Menaceur.
Le 22 juillet, de grand matin, le village de Vesoul-Beniane était attaqué par les Beni-Menaceur et les Beni-Menade, qui tuèrent deux colons miliciens et incendièrent les meules. La défense, qui se composait de 60 colons miliciens et de 50 soldats du 11e provisoire sous les ordres du capitaine Duvaux, fut énergique et efficace, grâce à la chemise en maçonnerie qui entoure les habitations. Aux premiers coups de fusil, les caïds des Righa et des Bou-Alouane accoururent avec quelques serviteurs et s’employèrent à éteindre les incendies des meules dont la fumée aveuglait les défenseurs de Vesoul. Un courrier indigène envoyé à Miliana arriva assez à temps pour que le commandant de la subdivision pût faire partir 150 hommes sous les ordres du capitaine Grad, chef du bureau arabe : à trois heures, ils étaient à Vesoul-Beniane, et les rebelles, à leur vue, se repliaient sur la montagne. Dans la soirée, le bachagha du Djendel, Boualemben-Cherifa, arrivait avec 450 goumiers de choix et en même temps un train express amenait d’Alger le commandant Mothasavec un bataillon du 9e provisoire.
Le 23 juillet, le capitaine Grad, le bachagha Boualem, l’agha Slimane-ben-Siam, à la tète de 300 goumiers que soutiennent 80 chassepots, firent dans la vallée d’Hammam-Righa une reconnaissance qui battit les rebelles, leur tua quelques hommes et les repoussa jusqu’à l’hôpital, où ils se retranchèrent.
Le 24, toutes les troupes et tous les goums réunis à Vesoul-
L'Insurrection de 1871.
LES DERNIERES LUTTES
Beniane sous les ordres du commandant Mothas allèrent reprendre possession de l’hôpital d’Hammam-Righa. Ce ne fut pas sans un vigoureux combat dans lequel nous eûmes un homme tué et deux blessés, dont un officier, M. Lutz. L’ennemi, ayant plus de vingt tués et de nombreux blessés, fut pourchassé avec un entrain remarquable par les goums qui les rejetèrent au delà de la crête dominant Hammam-Righa. A leur retour, une partie de ces goums avec le bachagha restèrent à Vesoul-Beniane avec 100 hommes du 80e commandés par le sous-lieutenant Lutz, dont la blessure était légère. Le reste regagna le lendemain Miliana pour faire partie de la colonne qui s’organisait dans cette ville sous les ordres du colonel Nicot.
Malek-el-Berkani, ayant appris l’organisation de cette colonne et le prochain départ d’Alger du colonel Ponsard, écrivit à l’agha Slimane-ben-Siam une longue lettre dans laquelle, sans d’ailleurs citer un fait ou une preuve, il rejetait tout le mouvement insurrectionnel des Beni-Menaceur sur les intrigues de Mohammed-Saïd-el-Ghobrini. Dans cette lettre diffuse et vague il ne faisait en somme que prier l’agha de témoigner le cas échéant en faveur des Brakna et d’intervenir au mieux de leurs intérêts. L’agha se borna à remettre la lettre au commandant de la subdivision.
A cette époque, Slimane-ben-Siam avait auprès de nous, à Miliana, un très grand crédit; il le devait à la valeur et à l’importance des services qu’il nous rendait, en mettant sans arrière-pensée à notre disposition son influence personnelle qui était grande, en dehors même de celle que lui donnait sa position officielle. Il nous aida beaucoup dans l’organisation de la résistance, en nous facilitant l’emploi de ces moyens indigènes dont on a l’habitude de ne pas faire grand cas, mais qui sont cependant très efficaces. Il fut le trait d’union entre nous et le marabout des Braz Si-el-hadj-Djelloul-ben-Abdesselem que d’anciennes relations, remontant au temps de l’émir, rattachaient aux Brakna, et qui, malgré cela, grâce à Slimane-ben-Siam, s’affirma et s’employa relativement pour nous.
Du reste à Miliana nous avions des serviteurs remarquables qui nous servirent tous avec zèle et sans arrière-pensée. C’était, entre autres, le vigoureux et redouté bachagha Boualem-ben-Cherifa, cet énergique guerrier dont les goums valaient des escadrons; c’étaient tous lesKhalladi desBeni-Ferah, lesvénérésdescendants de Si-Ahmed-ben-Youcef
1. Si-el-hadj-Mohaunned-ben-Bouziane-el-Khalladi, chef de famille, et son parent Abdelqader-ben el-hadj'Khalladi, caïd des Beni-Ferah.