Corps de musique
la colonne Aubry : car, au lieu de se diriger vers Bizot, Mohammedben-Fiala, suivant les crêtes des Mouïa, se rendit chez les Beni-Haroun, où Moulaï-Chekfa l’attendait avec les Beni-Ftah, les Beni-Khettab et d'autres contingents. L’intention de ce dernier semble avoir été de renouveler une attaque sur Mila et de piller sur sa route les propriétés et silos que possédaient, sur les azels des Beni-Haroun, les caïds, chioukh, spahis et autres agents au service de la France.
Mais la colonne Aubry, bien renseignée par le capitaine Villot, était arrivée aux Mouïa, et, le 27 juillet, au passage de l'Oued-Cherchari, elle rencontrait les contingents deBen-Fiala, qui pendant quatre heures lui tinrent tète et qui furent culbutés après avoir subi de grosses pertes.
Le 29, à Nouara (au Souq-Etnine, ou marché du lundi des Mouïa), la colonne Aubry avait un nouvel engagement avec les contingents réunis de Moulaï-Chekfa et de Mohammed-ben-Fiala , qui furent cruellement éprouvés et rejetés sur la rive gauche de l'Üued-el- Kébir.
La colonne campa le lendemain à Sidi-Merouane ; Moulaï-Chekfa resta sur la limite du Zouagha et des Beni-Khettab ; Ben-Fiala regagna les Beni-Habibi , et, sur sa route, il dit qu’il allait chercher des renforts. Alors les Beni-Tlilène accoururent à El-Milia s'excuser de l’appui qu’ils avaient été forcés de prêter à Ben-Fiala, et ils se mirent à la disposition du chef d’annexe.
Pendant que ces faits se passaient du côté du Mouïa, les rebelles incendiaient toutes les forêts des vallées de l’Oued-el-Kébir et de l’Oued-Zhour.
Le 26 juillet, on s’était encore battu sous les murs de Djidjeli : la garnison , aidée des goums des caïds réfugiés en ville, avait fait une sortie pour brûler les villages des Beni-Hassène et des llarratine 1 , qui étaient le rendez-vous de tous les chefs locaux, et où on signalait la présence de Belgacem-ben-Si-Ahmed, frère de Moulaï-Chekfa.
Surpris par cette attaque, les rebelles n’avaient d’abord fait qu'une faible résistance; mais, une fois l’opération terminée, quand nos troupes reprirent le chemin de la ville, les contingents des O. Ali, Û. Mers, O. Belafou, Beni-Amrane, Béni -Khettab-Gheraba , Beni- Ahmed, Beni-Siar, etc., arrivèrent de tous les cotés sous les ordres de Salah-ben-Chater, Salah-ben-Bouchama , Taïeb-ben-Boutefis. Le
1. Les Beni-Hassène, llarratine, Ouled-Mers, O. Ali, sont des fractions desBeni- Amrane-Seflia, comprises dans le douar-commune de FOued-Djendjène.
MOULAÏ -CH EK F A
combat recommença plus sérieux que le malin : nous eûmes deux tués, dont le capitaine Heurteux, et plusieurs blessés, encore bien que l’artillerie de la place couvrit la retraite et fit beaucoup de mal à l'ennemi.
Le même jour, 26 juillet, la fièvre incendiaire avait gagné les Djezia et les Ziabra des Ouled-Attia de Collo, et les mises à feu dans les forêts s’étaient assez rapprochées du bordj de Bounougha pour qu’il fût bien évident que le but des rebelles était de cerner les bâtiments d’exploitation.
Le capitaine Pont s’était, non sans peine, rendu maître des incendies qui menaçaient les dépendances du bordj ; les Ziabra insurgés n’avaient pas osé l’attaquer, mais ils s’étaient retranchés dans la forte position du défilé dit Kheneg-elli-Afeur, situé à 2 kilomètres de Bounougha, sur la route de Collo.
Le 30 juillet, le capitaine Pont marcha contre eux ; il avait avec lui 50 zouaves, sous les ordres du sous-lieutenant Durand, ainsi que les sagas des Beni-Mehenna et des O. Djemma. Les rebelles, bien abrités derrière des abatis qui les masquaient, attendirent de sang-froid les sagas fidèles et ne commencèrent à tirer qu'à bonne portée. Nos contingents, quoique très éprouvés, ripostèrent avec entrain, et, après deux heures de combat, ils culbutèrent les Ziabra, qui s’enfuirent à travers des ravins boisés, où toute poursuite était impossible ; les fuyards emportaient 3 hommes tués et 7 blessés. De notre côté, nous avions 4 indigènes grièvement atteints, parmi lesquels le cheikh Moliammed-bel-Haoussine du Arb-Goufi, et l’ancien spahi El-hadj-el- Arbi-ben-Embarek, garde particulier à Bounougha.
Le capitaine Vivensang, commandant supérieur, craignant pour le détachement une attaque qu’on lui disait imminente, partait de Collo le lendemain 31 juillet avec 200 chassepots, et arrivait le 1er août à Bounougha sans avoir été inquiété.
Les insurgés étaient alors réunis dans les zriba d’Aïmoun et des O. Hanecli. Profitant de l'effet produit par l’arrivée du commandant supérieur, le capitaine Pont, avec 50 zouaves et 200 goumiers, marcha le jour même sur les deux zriba, dont il délogea les défenseurs. Ceux-ci «urent 1 homme tué et 2 blessés, sans que nous ayons un seul de nos hommes atteint. Les deux z.riba furent pillées et incendiées.
Ces deux affaires, loin d’amener les rebelles à composition, ne firent que les exciter, car ils n’avaient eu à combattre que contre des indigènes, et ils savaient que les zouaves n’étaient pas assez nombreux pour tenir le pays.
LES DERNIERES LUTTES
Aussi, le 2 août au matin, pendant que tous les contingents des Ziabra vont attaquer un petit convoi de ravitaillement, envoyé à Collo sous l’escorte de 150 zouaves, les sagas insurgées des Beni-Ferguène, Beni-Belaïd et Beni-Meslem, augmentées de volontaires des O. Aouat et des Mchate d’El-Milia, se portent en masse contre l'établissement de Bounougha, sous la conduite d’un certain Boubegra, qui a été proclamé chef en raison de sa grande bravoure.
Les deux, attaques échouent, et les rebelles ont, sur les deux points, 7 morts et 12 blessés. Parmi ces morts était leur chef Boubegra; il avait été tué à Bounougha par Salah-ben-Saad-ben-Djamaa, caïd des Ouled-Atia, qui l'avait délié à la façon des héros d’Homère et qui l’avait vaincu en un combat singulier, sous les yeux des autres combattants immobiles et formant le cercle autour de ces deux guerriers également renommés par leur bravoure.
De notre côté, dans ces deux affaires, nous avions eu 1 zouave tué et 4 blessés 1 .
Le lendemain 3 août, les Ziabra se vengent de leur insuccès en pillant les zriba des Ouled-Djama2, auxquels ils tuent un homme et en blessent trois autres. Aux premiers coups de feu, 100 zouaves viennent secourir nos amis; mais ils ne tirent pas un seul coup de fusil, car, à la vue des pantalons rouges, les Ziabra disparaissent dans les broussailles, emportant 2 morts et 5 blessés.
Le 5, nouvelle attaque sur le bordj du Bounougha : 2 zouaves sont blessés, et les rebelles ont 1 tué et 6 blessés.
Le 6, vers le soir, les insurgés se concentrent de nouveau au col de Kheneg-elli-Afeur dans l’intention d’attaquer le convoi et le détachement parti le matin de Collo.
Le 7, à six heures du matin, le capitaine Pont se porte contre eux avec une compagnie de zouaves, un obusier et les contingents des Beni-Mehenna et des O. Djama. A huit heures, il engage le combat, qui dure près de deux heures, et enlève la position après avoir tué ou blessé 8 des rebelles. Lui-même avait 1 zouave, 1 spahi et 1 goumier atteints par les balles ennemies.
Grâce à cette diversion, le détachement et le convoi de Collo arrivèrent à Bounougha sans avoir été inquiétés. Ils apportaient au capitaine Vivensang une lettre du commandant de la subdivision lui pres-