Voir plus loin, livre IV, chapitre îv : Boumezrag
SAÏD-BEN-BOUDAOUD-EL-MOQRANI
11 y avait seize ou dix-sept jours que Saïd-ben-Boudaoud était à cheval; c’était là un effort insolite pour ce gros homme indolent; aussi rentra-t-il à Msila se reposer, ce qui ne l'empêcha pas d’exciter ses partisans à redoubler d’activité et à chercher leur vie en razzant les tribus soumises.
Le Ilodna occidental fut de nouveau parcouru par des rezous nombreux, et ni le gourn de cent chevaux que commandait aux Beni-Messelem le sous-lieutenant El-Iseri, ni ceux des autres tribus fidèles qui faisaient bonne garde, ne réussirent à préserver complètement les gens ralliés à notre cause des déprédations de nos ennemis.
Nos succès en Kabylie et dans le Tell donnaient, en effet, trop souvent une confiance exagérée à des gens qui payaient cher leur manque de prudence.
C’est ainsi que, le 6 septembre au matin, en dépit des observations réitérées du chef du bureau arabe d’Aumale, et des notables de la ville, cinq Européens et quelques muletiers indigènes s’étaient mis en route pour Bouçada, avec un convoi de marchandises. La première journée de marche s’étant bien passée, ils riaient des craintes des gens d’Aumale, et, négligeant les précautions les plus élémentaires, ils cheminaient sans être groupés et s’en allaient chassant chacun de leur côté. Mais le 7 septembre, à huit heures du matin, à Dayet-el-Atrous, ils tombèrent au milieu d’un rezou des O. Slikh (O. Ameur de Bouçada). Trois Européens et 7 indigènes furent tués; 2 indigènes et 2 Européens échappèrent par la fuite à une mort certaine.
Un de ces Européens, un enfant de dix-sept ans, parlant bien l’arabe, alla jusqu’à Msila demander aide et protection à Saïd-ben- Boudaoud, qui le reçut très bien, lui permit d’écrire à Bouçada, et, plus tard, le 16 septembre, consentit à l’échanger contre un de ses partisans détenu dans cette ville.
Le second Européen gagna le qsar de Benezouh et se confia aux marabouts de la localité. Ceux-ci, dont les chefs de famille étaient comme otages entre nos mains, accueillirent très charitablement le fugitif et tirèrent même assez finement parti de la situation : ils allèrent ramasser les cadavres des trois Européens assassinés et les portèrent à Bouçada, « pour qu’ils fussent enterrés suivant les usages chrétiens ». En même temps, ils rendirent compte delà présence chez eux de leur hôte, qu’ils tenaient à la disposition de l’autorité, et qu’ils n’avaient pas amené parce que celui-ci avait préféré rester chez eux jusqu'au passage d’un convoi pour Aumale.
11 serait sans intérêt d’énumérer les nombreux coups de main faits L'Insurrection de 1871.
LES DERNIERES LUTTES
en septembre par les rezous de Saïd-ben-Boudaoud sur des gens qui se gardaient mal; ces coups de main ne furent que des actes de brigandage. Les 0. Msellem, les Ouled-Si-Amor, les Beni-Intacène et les Adaoura d’Aumale, les Ouled-Khaled, les Ouled-Feradj, le caïd des Ouled-Sidi-Aïssa de Bouçada, furent successivement éprouvés. Celle de ces razzias qui fut la plus remarquable eut lieu le 6 septembre, à huit heures du soir: cent fantassins des Ouled-Ameur insurgés de Bouçada surprirent les troupeaux des Ouled-Ali-ben-Saad, des Sahari-Ouled-Brahim du cercle de Médéa, et enlevèrent sans coup férir 1,290 moutons, 1,660 chèvres et 9 bergers.
Vers le 14 septembre, Saïd-ben-Boudaoud alla dans l'ouest avec de nombreux contingents. A son approche, les Ouled-Ameur1 fidèles de Bouçada, alors dans leurs parcours du nord, se concentrèrent chez les O. Abdallah, en un point défendable du Djebel-Afoul, et ils appelèrent à leur secours le goum des Ouled-Mokhtar de Médéa, qui était dans le voisinage. Les rebelles vinrent les attaquer le 15 septembre, mais ils furent repoussés après un petit combat, dans lequel ils eurent 4 hommes tués et 4 chevaux perdus.
Saïd-ben-Boudaoud continua sa marche jusqu’à la kouba de Sidiel-Hadjerès; ses éclaireurs prirent position à Tamezlit, à quarante kilomètres de Birine, où ils annoncèrent que leur chef allait razzer les O. Mokhtar et pousser jusqu’à Aïn-Malakoff.
Mais Saïd-ben-Boudaoud n’allait pas si vite; il s’arrêta à Sidi-el- Iladjerès, laissa ses goums opérer isolément de tous les côtés, et rentra de sa personne à Msila vers le 20 septembre. Là, il s’occupa de mettre ses parts de prise en sûreté dans le Djebel-Madid et de rassembler des chameaux en vue d’une émigration lointaine, que Boumezrag lui annonçait comme imminente. Apprenant, quelques jours plus tard, que la colonne Saussier était partie deBatna, le 23, dans la direction du Ilodna, il échelonna ses goums au nord du chott et spécialement sur l'Oued Selmane. En ce moment, une partie des Ouled- Sahnoun l’abandonna pour aller s’installer à Barika et se présenter le 29 au général Saussier avec leurs frères qui étaient restés dans le devoir.
1. Les Ouled-Ameur de Bouçada faisaient jadis partie de la grande confédération des Ouled Naïl. En 1871, ils formaient un caïdat divisé en deux chikliats : O. Ameur-Uahra, O. Ameur-Guebala; la sous-fraction des Ouled-ben-Souifa, appartenant aux Ouled-Ameur-Dahra, était la seule collectivité insurgée, mais autour d’elle s’étaient groupés des individus appartenant à toutes les fractions, notamment à celle des Slikh et des Ouled-Fekroun, tels que Mohammed-ben-Chaouli, chikh des O. Slikh, Lakhdar-ben-Azouz, etc., etc.