SAÏD-BEN-BOUD A O UD-EL-M O Q R A NI 5G
Saïd-ben-Boudaoud, ne se sentant plus en sûreté à Msila, remonta dans le Djebel-Madid, et prévint Boumezrag, occupé chez les Beni- Abbès, d’avoir à venir défendre les zmala des Moqrani.
Celui-ci arriva quelques jours plus tard, et Saïd-ben-Boudaoud n’eut plus dès lors qu’un rôle effacé, sous la direction immédiate de son cousin.
Ce qui n'empêcha pas ses partisans de continuer à battre le pays à l’ouest de Msila jusque vers le milieu d’octobre.
BOUMEZRAG- EL -MOQRANI
(13 juillet - 29 octobre.)
Combat de Tirourda (15 juillet). — Engagement de cavalerie dans l’Oued-Mahadjar ou journée de Takherat (20 juillet). — Prise des villages des Beni-Meddour (20 juillet). — Soumission des Beni-Abbès (18 juillet). — Soumission et occupation de Qalaa (22 juillet). - — Attaque du camp de Tala-Mezida (23 juillet). — La colonne Lallemand est licenciée à Bougie. (1er août). — Affaire de cavalerie à Chebourdane chez les Mequeddem (25 juillet). — Combat de Sartour (26 juillet). — Engagement de cavalerie chez les Ouled-Hanich des Megueddem (29 juillet). — 'La colonne Saussier arrive à bordj Medjana (30 juillet). — Escarmouches à l’Oued -Bouktone, El-Achir et Aïn-Kahla (2 août). — Combat de Tizi- Tamziante (2 août). — Combat de Sameur (4 août). — Soumission des Beni-Yala (10 août). — Combat d’El-Achir (6 août). — La colonne Saussier à Sid- Ali— Belkhir; attaque de nuit (13 août). — Combat de Rabta (14 août). — Deuxième attaque de nuit à Sid-Ali-Belkhir (15 août). — Sortie chez les O. Khelouf (16 août). — Prise d’assaut des villages des Aït-Idjeur (16 août). — Combat du Djebel-Ouled-Yahia des Madid (19 août). — Arrivée de la colonne Thibaudin à la Medjana (20 août). — Le général Saussier est envoyé dans la subdivision de Batna. — Camp de Belimour (21 août;. — Affaire de cavalerie près Belimour (22 août). — Combat de Bordj-Redir (23 août). — Boumezrag et Ahmed- Bey offrent de se soumettre au général Saussier (23 août). — Doléances des chefs et notables fidèles de la subdivision de Médéa (3 août). — Réponse de F amiral-gouverneur. — Les chefs rebelles se séparent pour continuer la lutte (24 août). — Enlèvement de mulets à la colonne Thibaudin (26 août). — Boumezrag dans l’Ouennougha recrute des partisans. — Ses rezous à Kabouch et à El-Adjiba (9 septembre). — Combat au pied du Djebel-Mzita (10 septembre).
— Prise des villages des Mzita (11 septembre). — Affaire des Ouled-Sidi-Brahim- Boubekeur (25 septembre). — Engagement et razzia chez les Ouled-Taïr (29 septembre). — Tentative de Boumezrag 'pour entrer à Qalaa (30 septembre).
— Attaque d’Ighil- Ali (1er octobre). — Deuxième attaque et incendie d’Ighil- Ali (2 octobre). — Incendie de Boudjelil (3 octobre). — Boumezrag rentre au Djebel-Madid (4 octobre). — Affaire de goums à Metkaouat (2 octobre). — Journée de Gueber-Slougui ; prise de la zmala île Boumezrag (8 octobre). — Fuite des Ouled-Moqrane (8-10 octobre). — La colonne Saussier arrive à Msila (10 octobre). — Conseil tenu par les Ouled-Moqrane à Oglet-el-Beïda (9 octobre). — Les goums à la poursuite des Ouled-Moqrane (11 octobre). — Escar-
mouche à Aïn-Mgarnez (12 octobre). — Combat de Oum-el-Adam (17 octobre). — Émissaire reçu par les Ouled-Moqrane (18 octobre). — Boumezrag et ses compagnons deviennent les hôtes de Bouchoucha (20 octobre).
Après le rude échec qu’il avait subi, le 12 juillet, à Dra-el-Arba, Boumezrag gagna l'Oued-Sahel par les Beni-Ourtilane et les Beni- Aïdel, et s’arrêta chez les Beni-Abbès de la vallée. Là, il passa deux jours à reformer ses contingents et à les compléter avec les volontaires des tribus voisines; puis, le 15, assez tard dans la matinée, il se mit en route avec 3 ou 4,000 Qbaïls dans la direction du col de Tirourda.
Ce col était alors précédé, du côté sud, d’un défilé de 10 kilomètres formé par la route inachevée, taillée dans le roc vif et passant sous deux tunnels. Il y avait là des positions excellentes, où une poignée d’hommes pouvait arrêter une armée. Boumezrag, bien renseigné par les gens du pays sur la topographie des lieux et sur l’intention qu’avait le général Lallemand de passer par ce point pour gagner Bougie, voulait s’emparer de ces positions et empêcher la colonne de descendre dans l’Oued-Sahel.
Le général Lallemand, encore campé à Tizi-Bouïrem, venait d’organiser une petite colonne qui, sous les ordres du général Deplanque, devait rester en observation dans le pays, afin d’assurer la rentrée de la contribution de guerre.
Prévenu le 15, vers les deux heures, de la marche de Boumezrag, le général partit de suite avec cinq bataillons, deux escadrons et une section d’artillerie. La cavalerie, lancée en avant, fut assez heureuse pour dépasser le second tunnel et occuper de bonnes positions avant l’arrivée des rebelles.
L’infanterie arriva un peu après, au moment où les Qbaïls de Boumezrag se portaient sur la crête rocheuse la plus voisine du col. Le contrefort qui se détache de cette crête est alors occupé par ti'ois bataillons, sous les ordres du colonel Faussemagne ; la section d’artillerie y est hissée non sans peine et elle déblaie la crête, que les tirailleurs et le 21e chasseurs escaladent et enlèvent malgré des pentes de 50 à 60 degrés.
Les Qbaïls sont rejetés vers le col; là ils se heurtent aux zouaves du commandant Lucas, se font écraser et vont, affolés, s’entasser dans un ravin où nos feux plongeants couvrent le sol de cadavres. Le général campe alors sur le cul même de Tirourda et y attend le reste de sa colonne et son convoi, qui doivent arriver le lendemain. Nous
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n'avions qu’un seul homme tué et 12 blessés, presque tous atteints par les pierres que les Qbaïls avaient fait rouler du haut des escarpements.
Pendant ce combat, Boumezrag était resté avec sa cavalerie à Timetlite, au pied de la montagne. Quand il vit la partie perdue, il s’éloigna avec ses goums, et alla prendre position sur l’Azerou des Beni-Ourtilane, où il reforma de suite ses contingents. Ce point était bien choisi, soit pour opérer dans la vallée de l'Oued-Sahel contre le général Lallemand, qu’il savait devoir suivre cette route pour gagner Bougie, soit contre le général Saussier, qui était campé à Merdj-el- Oumena, près de Seddouq, et qui semblait à Boumezrag devoir retourner à Sétif par la route des crêtes.
Mais, le 19 juillet, le colonel Flogny1, parti de celte ville le 14, arrivait à Merdj-el-Oumena avec un convoi de ravitaillement. 11 avait pour mission de prendre les malades, les otages et les prisonniers qui encombraient le camp et de les ramener à Sétif, dont il devait ensuite protéger la banlieue. Le général Saussier, dès lors libre de ses mouvements et sachant Boumezrag chez les Beni-Ourtilane, se mit en route le 20 juillet, franchit le Djehel-Trouna et descendit à Temsaout, débordant ainsi les positions de Boumezrag.
Arrivé au camp à midi, par un sirocco brûlant, le général fut forcé de donner trois heures de repos à ses troupes harassées. Boumezrag en profita pour évacuer l’Azerou des Beni-Ourtilane et gagner la djafra des Beni-Yadel; mais, au moment où il traverse l’Oued-Mahadjar, il est attaqué par notre cavalerie, qui a remonté la rivière avec 800 hommes sans sac et une section d'artillerie. Après une courte mêlée à l’arme blanche, les rebelles se débandent et prennent la fuite, laissant entre nos mains des morts, des prisonniers et un drapeau. Nous n'avions que 2 hommes légèrement contusionnés, et, parmi les insurgés notables blessés mortellement, on signalait Si-Mohammed-Larbi-ben Hamouda, ami personnel de feu le bachagha.
Le général Saussier brûla le village de Takhrerat, qui était à proximité, et rentra à son camp à sept heures du soir. 11 y recevait, le lendemain et les jours suivants, les soumissions des Beni-Ourtilane, El-Maïne, Beni-Yadel, et autres tribus voisines. Cet échec, infligé directement aux brillants cavaliers des Ouled-Moqrane et des Hachem, avait produit un grand effet dans le pays. Le souvenir de ce combat
1. Le colonel Flogny avait avec lui l’ancienne colonne Louis, partie de Constantine le Ie1’ juillet. Voir livre III, chapitre iv : De Bougie a Mila, page 428.
LES DE H NIER ES LUTTES
s’est conservé chez les Qbaïls de la région, qui l’appellent « la journée de Takhrerat »
Le même jour, 20 juillet, aux sources de l’Oued-Sahel, le colonel üoursaud, campé à l’Oued-Sidi-Salah, près Bouira, faisait enlever et brûler les villages des Beni-Mcddour, dont les habitants s’enfuyaient en masse sur les crêtes du Djurdjura, après un engagement dans lequel ils avaient été très éprouvés et où nous avions eu seulement 2 hommes blessés.
Pendant que la colonne Saussier coupait ainsi à Boumezrag la route de l’Oued-Sahel, le général Lallemand, qui avait quitté le 18 le col de Tirourda, était allé s’établir en face Tazemalt, à Timetlite, où il avait reçu les soumissions de toutes les fractions des Beni-Abbès, sauf celles de Qalaa.
Le 19 et le 20, il avait campé à Ighil-Ali, et, le 22 au matin, il était à Bordj-Boni, près Qalaa. Les quelques cavaliers laissés en observation de ce côté par Boumezrag n’avaient pu, en raison de la disposition des lieux, inquiéter la colonne, qui, en marche comme en station, était restée sur une crête dominant le pays adroite et à gauche. Par contre, les abords de la forteresse héréditaire des Ouled-Moqrane avaient été couverts de retranchements en pierres sèches, et le sentier, naturellement difficile, qui court sur une crête étroite et abrupte de Boni à Qalaa, avait été rendu à peu près impraticable. Mais Boumezrag n’était pas là, et les anciens féaux de sa famille ne demandaient qu’à séparer leur fortune de celle des Ouled-Moqrane. Aussi, le jour même, deux des fractions de Qalaa, les Beni-Aïssa et les O. Haroun, vinrent au camp faire leur soumission. Seule la fraction du chikh Djerababen-Boudda, homme de confiance et intendant des O. Moqrane, ne se présenta pas.
La fidélité au malheur dictait bien un peu celte conduite aux frères Ben-Boudda, mais la peur d’être passés par les armes, la terreur et l’affolement, étaient encore plus la cause de cette abstention : il semblait plus facile à ces malheureux de se laisser écraser sous nos obus que de venir implorer le pardon d’un vainqueur qu’on leur disait sans pitié vis-à-vis des chefs insurgés.
On sut ces détails par les Beni-Aïssa et les Beni-Haroun, qui, beaucoup moins compromis, n’avaient pas eu les mêmes craintes.
1. « J’ai vu Boumezrag couvert de souillures affirmer à tous qu’il avait la force ; — puis chez les Beni-Ourtilane fuir à bride abattue; — voici Saussier, devant lui se dressent ses tambours; il se dirige droit au but; — Boumezrag hésite, à Takhrerat il sera brisé. « — Couplet d’une chanson kabyle, déjà citée au livre III, chapitre i, page 367.
BOUMEZRAG-EL-MOQRANI
Le général Lallemand, pour éviter une effusion de sang inutile, pria le marabout de Chellata, Si-Mohammed-Saïd-ben-AIi- Chérif, qui était à sa colonne, d'écrire une lettre particulière à Djeraba pour l’informer qu’en dehors des gens qui seraient conduits à Alger pour être jugés, ceux qui viendraient au camp n’avaient rien à craindre.
Cette lettre expédiée, le général s’engagea avec une colonne légère sur la route de Qalaa et vint mettre son artillerie en batterie sur le Dra-Taquerboust, qui domine la position à une bonne portée de canon. A cette vue, Djeraba, son frère et les notables des Ouled-Hamadouch, s’avancèrent sans armes et se rendirent à discrétion.
Les troupes descendirent du Dra-Taquerboust et campèrent sur les grands espaces vides qui séparent les trois quartiers de la ville. On vit alors, pour la première fois depuis la conquête, des Français parcourir en maîtres cette Qalaa qui jusqu’alors n’avait été visitée que par des officiers ou des fonctionnaires venus en touristes et en hôtes des Ouled-Moqrane.
Cette occupation militaire eut un grand retentissement dans tout le bassin de l’Oued-Sahel. Chez les indigènes, et aussi chez les Français, on ne manqua pas de dire que la colonne s’était emparée du trésor des Moqrani ; en réalité, il y avait fort peu de chose dans les anciennes et modestes maisons possédées par les membres de la famille : quelques tapis et quelques hardes qui furent versés au service des domaines et ne se vendirent pas cher. Il y avait longtemps que les derniers bijoux avaient disparu, ou avaient été employés à acheter des partisans; il ne restait que ceux portés par trois femmes demeurées à Qalaa : une des veuves du bachagha, Zohra-bent-Keloudji, originaire d'Alger; sa fille et sa nièce, fille de Boumezrag. Naturellement, on ne réclama rien à ces malheureuses femmes, dont on respecta la triste situation.
Le 23 juillet, pendant que le général était encore à Qalaa, les contingents rebelles que l'on avait aperçus de loin la veille vinrent attaquer le camp de Tala-Mezida, où le gros de la colonne était installé depuis le matin. Mais les grand’gardes firent leur devoir, et repoussèrent facilement les Qbaïls, qui se retirèrent en emportant plusieurs morts.
Ce fut là le dernier combat livré par les troupes de la colonne Lallemand. Le commandant en chef, après s'ètre mis en communication avec le général Saussier et lui avoir envoyé, avec ses félicitations, l'ordre d’aller dans la plaine de la Medjana, descendit, le 24, dans la
LES DERNIERES LUTTES
vallée de l’Oued-Sahel et amena, sans coup férir, sa colonne à Bougie, où elle arriva le 30 juillet1.
Elle fut dissoute le lendemain, 1er août, après avoir, en trois mois, parcouru plus de 600 kilomètres, livré 20 combats, encaissé un million au titre de la contribution de guerre2. Elle avait eu 58 hommes tués, 312 blessés et 1,500 malades évacués sur les hôpitaux. Son artillerie avait tiré 2,859 obus et 380 boites à mitraille; ses fusils avaient brûlé 358,287 cartouches.
Cependant Boumezrag, abandonné par les tribus du massif montagneux entre le Bousselem elles Bibane, craignait d’ètre pris entre les colonnes Lallemand et Saussier. Aussi s’était-il hâté, après son échec du 20 juillet, de rentrer en pays de plaine, et il avait pris position au pied du IJjebel-Bounda.
Là, il essaya en vain de faire occuper le formidable défilé del’Oued- Mahadjar par les gens de Zemora et par les Megueddem; ceux-ci refusèrent de s'exposer pour lui à une attaque de la colonne.
Aussi, quand, le 25 juillet, par un sirocco écrasant, le général Saussier quitta son camp de Temsaout et s’engagea dans le lit de la rivière, il n’eut à surmonter que les difficultés d’une route impossible, qui força les hommes à traverser quatre-vingt-trois fois le mince filet d’eau courant entre les cailloux du thalweg.
Au débouché du défilé on aperçut quelques groupes de bernous ; c'étaient les notables des Megueddem qui venaient protester de leurs bonnes intentions et annoncer la soumission de leurs gens; mais, à mesure que la colonne s’avance, elle voit de tous côtés abattre les tentes et les populations s’enfuir avec leurs troupeaux.
Aussi, dès qu’il a placé son camp aux Cbibourdane, près le contluent de l’Oued-Zemora, le général lance sa cavalerie sur les fuyards. Ceux-ci n’ont qu’un faible goum, car Boumezrag, qui leur tient rigueur de n’avoir pas défendu le défilé, ne s’est pas dérangé pour protéger leurs troupeaux. On échange quelques coups de fusil, et le goum disparait; nos cavaliers cernent alors les piétons, les désarment et ramènent au camp de nombreux prisonniers et plusieurs troupeaux.
Les Megueddem captifs confirmèrent, ce que déjà les espions avaient signalé, que Boumezrag était à peu de distance, au village de