Voir livre IV, chapitre ni, page
LES DERNIERES LUÎTES
sins et 3,000 cavaliers des Hachem, Ouled-Madi, Soaama, Ouled-Nedja, O. Sahnoun, etc.
Dans la nuit, notre camp fut attaqué, mais sans autre résultat que de forcer les grand’gardes à faire le coup de feu jusque vers le matin.
Le 14, le général Saussier marcha à l'ennemi. Deux colonnes d’infanterie sous les ordres des colonels Barrué et Barbier montèrent en même temps à l'assaut des crêtes et du village fortifié de Babta, que l'artillerie du capitaine Lacombe couvrait d’obus. La cavalerie fit diversion dans la rivière, et alla ensuite brûler les gourbis et les meules qu’elle rencontra.
En raison de la difficulté du terrain et de la ténacité des rebelles, le combat fut rude et se prolongea; mais, finalement, l’ennemi fut chassé de toutes ses positions, village ou retranchements, et il laissa entne nos mains de nombreux cadavres, alors que nous n’avions que 4 hommes tués et 6 blessés.
Parmi les morts des rebelles étaient douze individus des O. Nedja, sous les ordres du chikh Djenane-ben-Derri.
La journée du 15 fut tranquille; des reconnaissances allèrent assez loin, sans être inquiétées, brûler les meules de paille qui servaient à la nourriture de la cavalerie rebelle; mais, vers le milieu de la nuit, le camp fut vigoureusement attaqué, et non moins vigoureusement défendu par les seules grand’gardes. L’ennemi ne put même pas enlever ses morts, que nos hommes enterrèrent le lendemain matin.
Le 16, les troupes firent une sortie chez les Ouled-Khelouf avec lesquels on eut encore un engagement; mais l'ennemi ne tint pas longtemps et prit la fuite dans la montagne, dès qu’il eut quelques hommes blessés ou tués. Le goum razza quelques troupeaux et brûla plusieurs médita.
Ce jour-là, ce qui restait encore d’alliés à Boumezrag dans le Djurdjura était complètement écrasé par le général Deplanque, qui enlevait d’assaut les deux villages retranchés de Taourirt-Naït-Idjeur et des Aït-Feraach, ainsi que la crête fortifiée qui relie ces deux hameaux et sur laquelle s’étaient retranchés les derniers rebelles des environs, au nombre de 8 à 900.
Cette affaire dura de sept heures et demie du matin à onze heures, et le combat fut rude jusqu’au moment où l’ennemi fut rejeté au delà du col d’Akfadou. Nous eûmes 4 hommes tués et 23 blessés, dont 2 officiers ; les pertes de l’ennemi furent considérables, mais elles ne purent être bien appréciées à cause du grand nombre d’étrangers mêlés aux Aït-Idjeur qui, eux, eurent 18 tués et 9 blessés.
Ce furent les derniers coups de fusil tirés dans le Djurdjura.
Le 17 et le 18 août, les troupes du général Saussier se reposèrent; les reconnaissances journalières n'eurent pas d'engagement.
Le 19, le général quitta son camp le matin avec loutes les troupes disponibles eL marcha sur la montagne des Ouled-Yahia.
Les contingents des Ouled-Moqrane et d’Ahmed-Bey, grossis des quelques Qbaïls du Djurdjura échappés lors de l’alfaire de Taourirt- Naït-Idjeur, étaient réunis sur cette montagne dans une espèce de citadelle naturelle entourée de ravins profonds. Écrasés parle tir précis de l’artillerie, attaqués sur deux points différents par plusieurs colonnes d’assaut qui escaladaient ces pentes abruptes, les Ouled-Moqrane et leurs alliés furent mis encore une fois en pleine déroute et rejetés jusque sur le versant sud de la chaîne des Madid. Leurs pertes furent énormes ; les nôtres s’élevèrent à cinq hommes tués et dix blessés.
Le 20 août, le colonel Thibaudin 1 arrivait avec une petite colonne dans la Medjana. Le général Delacroix lui avait donné pour mission de garder et de maintenir cette région à peu près soumise, pendant que le général Saussier, après -s’être ravitaillé à Sétif, irait dans les environs de Batna, où depuis longtemps une intervention armée était urgente.
Le 21 août, en exécution de ces ordres, le général Saussier quittait son camp de Si-Ali-Belkhir et allait s’installer à Belimour, non loin du bordj Chania, propriété du caïd des Ayad, Ahmed-ben-Abdallah-el- Moqrani. Dans la nuit, il y eut quelques coups de feu tirés sans résultat sur les grand'gardes, mais ce fut peu de chose.
Le 22, dans l’après-midi, les hauteurs voisines du camp se garnirent de rebelles ; la cavalerie, avec quelques compagnies de soutien, fut envoyée pour les déloger. 11 y eut un engagement très court dans lequel nous n’eûmes aucun blessé, et l’ennemi fut rejeté dans la montagne.
11 eût été impolitique de quitter le pays dans ces conditions, alors que les rebelles venaient encore nous harceler; il fallait, avant de partir, frapper un dernier coup.
Le 23, le général, laissant son convoi au camp de Belimour, se portait avec ses troupes sans sac à Chania et descendait dans l’étroite vallée de Bordj-Redir afin de brûler les villages des Ayad. L’infanterie,
1. Sa colonne avait été organisée le 25 juillet à Akbou et était restée dans l’Oued-Sahel comme colonne d'observation.
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marchant et combattant sur les hauteurs de droite et de gauche, enleva successivement plusieurs positions difficiles bien défendues par les rebelles. Pendant ce temps, la cavalerie chargeait, dans la plaine, les contingents réunis des O. Moqrane et d’Ahmed-Bey.
A latin de la journée nous n’avions que huit blessés, et tous les villages des Ayad étaient incendiés. Dans le butin enlevé par nos goums on retrouva encore des effets mobiliers provenant du sac de Bordjbou-Arreridj .
Découragés par cette longue série d’échecs, que ni leur bravoure ni leur activité n’avaient pu empêcher, les Ouled-Moqrane et Ahmed-Bey offrirent leur soumission au général Saussier, et demandèrent à quelles conditions on consentirait à leur accorder l’amane.
Mais les ordres du gouverneur étaient formels et le général Saussier dut répondre qu’il 11e pouvait accepter qu'une reddition sans condition aucune.
C'était la prison et la cour d’assises avec les colons pour jurés; les Ouled-Moqrane et Ahmed-Bey étaient convaincus qu’ils 11’avaient à attendre d’eux aucune générosité.
Ils venaient, précisément, d’avoir connaissance d'une longue pétition1 adressée au gouverneur par les chefs el les notables de la subdivision de Médéa, pour se plaindre « des calomnies incessantes ré pandues sur le compte des indigènes fidèles par les colons de Médéa... alors que, depuis cinq mois, les indigènes de cette région laissaient leurs intérêts et leurs cultures en souffrance pour guerroyer contre les rebelles, entretenir des goums, assurer les transports des convois militaires... et combattre les incendies de forêt... »
Cette supplique, très respectueuse et très digne dans le fond comme dans la forme, se terminait par des protestations de dévouement et de fidélité, et demandait que le gouvernement « voulût bien mettre fin à cette malveillance en établissant, entre les colons et les indigènes, une barrière telle que ni les uns ni les autres ne puissent se faire du tort ».
Les plus grandsnoms indigènesdelasubdivisiondeMédéa, bachagha, aghas, caïds, cadis, djouads, marabouts et notables, avaient signé cette pétition; l’amiral de Gueydon avait répondu en ces termes :
« Le général commandant la division d’Alger a mis sous nos yeux vos doléances relatives à certaines imputations de la presse co-
1. La pétition et la réponse du gouverneur ont été publiées dans le Mobacher du 24 août, et reproduites ensuite par plusieurs journaux.
B0UMEZRAG-EL-M0QRAN1
loniale, qui vous font redouter que nous nous laissions entraîner à douter de votre fidélité et de votre résolution de concourir, par tous les moyens en votre pouvoir, au maintien de la tranquillité, qui est la source de tous les biens.
« Nous prenons acte de vos déclarations et nous vous affirmons que vous n’aurez absolument rien à redouter aussi longtemps que vous serez fidèles à la foi dont vous faites de nouveau profession.
« Votre religion, vos biens, vos habitudes, vos positions, en un mot tout ce qui vous intéresse, sera respecté. »
Le ton sévère et le laconisme de cette réponse, à des gens qui étaient en droit d'espérer des remerciements pour leur conduite depuis six. mois, n’étaient pas faits pour donner aux rebelles confiance dans les intentions du gouvernement à leur égard. Le Mobacher leur montrait d’ailleurs chaque semaine, dans les longues listes des gens et des tribus séquestrés, des personnalités ou des groupes que les chefs rebelles savaient, mieux que nous, n’avoir été insurgés que contraints et forcés. Quelques-uns même des indigènes ainsi frappés étaient d’excellents et dévoués serviteurs de la France, inscrits par erreur sur ces listes hâtives qui, plus tard, furent revisées, mais qui, telles qu’elles étaient alors, donnaient aux chefs rebelles une bien triste idée de notre justice ‘.
Boumezrag, ses parents et Ahmed-Bey estimèrent donc que se livrer dans de pareilles conditions serait folie, et que le mieux était encore de gagner du temps et de s’éloigner, sans essayer de continuer une lutte, pour le moment, impossible.
Le 24 août, Ahmed-Bey rentra dans la montagne du Boutaleb et les Ouled-Moqrane allèrent àMsila. Le2o dans la journée, ceux-ci savaient que, le matin, le général Saussier avait quitté Belimour et allait à Batna1 2 par Sétif. C'était pour eux la paix pendant quelques semaines, et ils allaient l’utiliser à recruter de nouveaux adhérents et à relever le moral de leurs anciens partisans en les conduisant à des razzias rémunératrices sur les tribus récemment soumises et hors d’état de se
1. Tous les arrêtés de séquestre pris en 1811 furent révisés une ou deux fois au moins, de 1812 à 1876. De nombreux individus, frappés indûment, bénéficièrent de cette révision; mais, en 1871, les chefs rebelles qui virent les premiers arrêtés imprimés étaient fondés à douter de notre justice.
2. Les opérations de la colonne Saussier, du 2a août au 29 septembre, ayant eu lieu dans la région de Batna, où prédominait l'influence d’Ahmed-Bey, sont exposées au chapitre suivant : Au.hed-Bey-bex-Ciukii-Messaoud.
L'Insurrection de 1871.
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défendre. Saïd-ben-Boudaoud se chargea du Hodna1, et Boumezrag partit le soir même pour l’Ouennougha.
Le chef des Ouled-Moqrane déhula, le 26 août, par un coup de main hardi qui fit grand effet dans la région. En passant dans la plaine de la Medjana, il enleva 128 mulets à la colonne Thibaudin. C’était une corvée de soldats du train et de sekhar 2 des Beni-Àbbès qui s’approvisionnaient de paille dans un village abandonné qu’un accident de terrain dérobait à ila vue des grand'gardes. Trente de ces mulets enlevés appartenaient au train des équipages; cinq soldats furent tués en les défendant. Les sekhar des Beni-Abbès eurent aussi deux, hommes tués, et trente d’entre eux furent emmenés prisonniers.
Dès que les fuyards arrivèrent au camp, la cavalerie fut envoyée à la poursuite des rebelles ; elle ne put attraper qu’une vingtaine de bêtes malingres et quelques sekhar des Beni-Abbès.
Boumezrag, une fois dans l’Ouennougha, mit beaucoup d’activité et d’énergie à reformer ses contingents, et excita les tribus soumises à ne pas exécuter les conditions qui leur étaient imposées : « Les Français, disaient ses émissaires, vous forcent à leur vendre à vil prix vos troupeaux, en payement de la contribution de guerre; et, quand ils auront votre argent, ils vous prendront vos terres; l’insurrection n’est pas terminée: dans l’Oued-el-Kébir, à Cherchel, à Tebessa, dans le Sahara, on se bat toujours; les tribus restées fidèles aux Français les abandonnent et rentrent dans l’Islam, car le gouvernement d’Alger est impuissant à les protéger contre les convoitises des juifs et des mercantis, qui les oppriment, les spolient et les injurient. »
Ces excitations produisirent encore de l’effet : les Ouled-Taïr, Zamora, Megueddem, Beni-Yadel , lui envoyèrent des contingents, malgré la proximitéde la colonne Thibaudin, et il en recruta beaucoup d’autres dans l’Ouennougha, les Ouled-Sidi-Brahim-Boubekeur, le Ahl-el-Qsar, le Ahl-Sebkha, etc.
Seuls de la région , les Beni-Abbès résistèrent aux demandes de Boumezrag : leurs habitudes commerciales et leur fréquentation des Français les avaient rendus plus prudents et plus intelligents ; ils avaient du reste en ce moment encore plus de 600 des leurs, portefaix, commerçants ou employés dans les villes; ils savaient que déjà la plupart d’entre eux étaient en possession de certificats établissant leur alibi lors de l’insurrection et devant les soustraire aux déposses-