‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 171 sur 202 · Voir le chapitre précédent · texte numérisé non relu

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2. Sekhar, pluriel Sekharat ou Sekharine, convoyeurs requis, hommes de corvée. Dans l’est, on emploie aussi avec le même sens le mot Halles.

BOUMEZRAG-EL-MOQKANl

sions territoriales et aux amendes de guerre; ils ne voulaient donc pas se compromettre davantage pour ces Ouled-Moqrane, dont ils comprenaient qu'ils n’auraient jamais plus besoin avec un gouvernement démocratique, qui appréciait les travailleurs et les commercants, et les préférait aux guerriers et aux nobles représentants des anciennes familles.

Boumezrag connaissait bien les sentiments des Beni-Abbès, qu’il méprisait en raison de leur couardise proverbiale dans l’Oued-Sahel, où ils passent pour être d’origine juive; il ne leur pardonnait pas d’avoir laissé le général Lallemand monter à Galaa sans avoir combattu, et, en attendant qu’il pût lui-même se venger, il excita les tribus voisines à les molester et à les compromettre.

Le 9 septembre, sachant qu’un convoi devait porter à Aumale l’argent de la contribution de guerre payée par les Beni-Abbès et par d’autres tribus de l'annexe de Beni-Mansour, il envoya des rezous s’embusquer à El-Adjiba et à Kabouch, sur la route ordinairement suivie. Mais le capitaine Odon ', qui connaissait l’état du pays, lit passer son convoi par la rive gauche de LOued-Sahel. Le rezou dut se contenter d’enlever au poste de Kabouch 6 hommes, 3 femmes, 100 chèvres et un mulet.

Le capitaine Odon, prévenu de ce coup de main , se lança avec dix cavaliers à la poursuite du rezou, en même temps qu’il donnait ordre aux sagas des Beni-Mansour de venir le rejoindre. Avec ses dix hommes, il ne put rien faire que rattraper un mulet et cinq chèvres; un de ses cavaliers eut sa monture abattue d'un coup de feu, et, quand les sagas arrivèrent, le rezou avait disparu dans la montagne.

Boumezrag, à cette date, était, avec le gros de ses contingents, dans la Medjana, ouïe colonel Thibaudin le rencontra, le lOseptembre, dans les Mzita, au pied du Djebel-Tatour. Un combat s’engagea, à la suite duquel Boumezrag, fort éprouvé, dut se réfugier dans les villages qui couronnent les crêtes du Djebel-Mzita comme autant de petites forteresses. A six heures du soir, le colonel Thibaudin s’arrêtait et campait à une portée de canon de l’ennemi, ayant eu dans cette affaire deux hommes tués et sept blessés.

Le 11, la colonne enlevait d’assaut les positions de Tatour, après un engagement de courte durée : car Boumezrag ne savait pas com-

1. Il était chef de l’annexe des Beni-Mansour, mais on l’avait chargé en outre des Beni-Mellikeuch et des Beni-Abbès qui appartiennent à la division de Constantine, et alors, en 1811, au cercle de Bordj-bou-Arreridj (poste de Tazemalt).

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battre derrière des pierres, et il était parti aux premiers coups de canon. La cavalerie le poursuivit pendant près de vingt kilomètres du côté d’Azerou 1 2 (de la vallée d’Abrou). Quant aux villages, ils étaient à peu près vides lorsqu'on les aborda, et ils furent incendiés sans difficulté. Les environs étaient redevenus déserts, et, le lendemain 1 2 septembre, la colonne rentrait à la Medjana.

Pendant presque tout ce mois de septembre, les Beni-Abbès et la route de Beni-Mansour à Aumale furent parcourus par des rezous, qui de jour en jour devenaient plus agressifs, grâce surtout à la connivence des Ouled-Sidi-Brahim-Boubekeur, des Bibane.

Pour châtier cette tribu, le chef de l'annexe des Beni-Mansour organisa une petite colonne avec des éléments indigènes. 11 obtint d’Aumale l'envoi du goum du capitaine Abdelkader, et réunit, sous les ordres du caïd El-hadj-ben-Boukharouba des Arib, 120 fantassins des Cherfa, Beni-Mansour et Mechedalla, ainsi que 300 hommes des Beni-Abbès. Avec cette petite troupe et 20 hommes du makhzène armés de chassepofs, le capitaine Odon marcha, le 25 septembre, contre les Ouled- Sidi-Brahim-Boubekeur.

Mais ceux-ci étaient sur leurs gardes, et les Beni-Abbès, qui formaient le centre de la première ligne engagée, firent demi-tour dès qu'ils se virent accueillis par une fusillade bien nourrie qui tua un homme des Cherfa et abattit la jument du caïd des Beni-Mansour.

Heureusement, les goums d’El-hadj-3oukharouba 1 et le makhzène réussirent à arrêter les fuyards, et le capitaine Odon put renouveler l'attaque avec des contingents plus solides. Les crêtes furent enlevées et le village envahi. Les Ouled-Sidi-Brahim arrêtèrent aussitôt le combat et donnèrent 7 notables comme otages.

Dans cette affaire, nous eûmes 1 homme tué et 1 blessé; l’ennemi eut 3 morts et 8 blessés.

Le 29 septembre , le colonel Thibaudin faisait une sortie chez les O. Taïr, autour desquels s'étaient groupés de nombreux rebelles. Les goums, commandés par le capitaine Thiébaud, du bureau arabe de Sétif, surprirent les contingents ennemis, qui laissèrent 12 morts sur le terrain et auxquels il enleva, sans avoir un seul blessé, des chevaux, des mulets et plus de 3,00Û tètes de bétail.

1. Azerou est un mot berbère signifiant le rocher. Beaucoup de montagnes, de villages et de lieux-dits portent ce nom. On a déjà vu plus haut l’Azerou des Beni-Ourtilane, page 367, et Azerou-Naït-Sabeur, page 362, et, dans I’Introductiox, page 32, le village d’ Azerou chez les Beni-Abbès.

2. Le brave capitaine Abdelkader était malade et n'avait pu, à son grand regret, assister à ce combat.

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Boumezrag n’assistait pas à ces deux combats qu’il n'avait pas prévus; mais il n’était pas loin, et, le samedi 30 septembre, il traversait les Ouled-Sidi-Brahim-Boubekeur, qui le reçurent encore en ami.

De là, il se dirigea sur Qalaa, que les gens du quartier des Aït-Hamdouch avaient promis de lui livrer. Mais il trouva la route barrée par la presque totalité des Beni-Abbès, en tète desquels étaient les gens d'Ighil-Ali, de Boudjelil et des Ait-Ayal1. Ils étaient assez mal armés, mais très nombreux, et Boumezrag, qui n’avait que des cavaliers, ne voulut pas engager le combat dans des conditions douteuses, et encore moins s’enfermer dans Qalaa au milieu d’ennemis. Les deux partis s’observèrent donc sans agir, et, vers le soir, Boumezrag fit mine de se retirer.

En réalité, dès qu'il avait vu les Beni-Abbès s’opposer à sa marche, il avait envoyé chercher ses sagas de l’Ouennougha, et, dans la nuit, il se porta avec elles vers Ighil-Ali. Mais le spahi Hamimi, ancien prisonnier de Boumezrag, le surveillait et avait prévenu le capitaine Odon de ce qui se passait. Cet officier avait pris ses dispositions, et quand, le 1er octobre, Boumezrag atlaqua la ville d’Ighil-Ali, il le prit à revers, et, en quelques instants, lui mit une centaine d’hommes hors de combat. Boumezrag, qui avait cru surprendre la ville, dut se retirer précipitamment. 11 abandonnait 47 morts sur le terrain et laissait aux mains des Beni-Abbès 10 prisonniers, 7 chevaux, 8 mulets et 16 fusils, dont 3 chassepots.

Nos sagas, dans cet engagement, n'avaient eu qu'un seul homme blessé.

Furieux de cet échec, Boumezrag recommence son attaque le lendemain (lundi 20 octobre), alors qu'il sait le capitaine Odon à Beni- Mansour; mais le spahi Hamimi, qui a eu l’heureuse idée d’appeler à son secours ses amis et parents des Beni-Mellikeuch , défend habilement la ville ; les assaillants sont encore repoussés et laissent sur le terrain 14 morts et 3 fusils, dont 1 chassepot.

Boumezrag se retire, attend la nuit et revient alors avec des monceaux de broussailles qu’il fait allumer, et avec lesquelles il réussit à incendier une partie de la ville (32 à 35 maisons environ).

1. Los Aït-Ayal, qui composent les villages de Chouarikh, de Tazaert et d’Azerou, avaient toujours été hostiles aux Moqrani du soif des Ouled-el-IIadj que personnifiait Boumezrag. Ils avaient combattu, en 1847, le maréchal Bugeaud, et en 1851, le général Bosquet. Voir Introduction, page 32.

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Le 3, avant le jour, il brûle aussi une partie du village de Boudjelil, franchit les Bibane, rassemble tous ses contingents de l’Ouennougha et les emmène précipitamment dans le Djebel-Madid, où il arrive le 3 octobre.

Il venait, en effet, de recevoir des lettres inquiétantes de Saïd-ben- Boudaoud et d’Ahmed-Bey, qui lui disaient en substance :

« Le général Delacroix, après avoir vaincu les insurgés de l’Ouedel-Kébir au Babor, est arrivé le 30 septembre à Saint-Arnaud et de là marche sur le Boutaleb, ayant à sa droite la colonne Bonvalet à Qsarettir, et, à sa gauche, la colonne Flogny, qui est chez les Ouled- Soltane.

« Le général Saussier, venant de Batna, est campé depuis le 29 à Barika.

« Le 2 octobre, ses goums, postés à Metkaouak et à Aïn-el-IIadjar, ont eu, dans une reconnaissance, un engagement avec les éclaireurs de Saïd-ben-Boudaoud; ils leur ont tué 3 hommes et enlevé plusieurs chevaux. Cette colonne va évidemment marcher sur Msila et fermer la route du Sahara à la zmala, réfugiée chez les Madid et prise entre toutes ces colonnes. »

Ces renseignements étaient exacts, à cela près que la marche sur Msila n’était pas encore décidée à cette date, et qu’il s’en fallut de bien peu qu’elle n’eût pas lieu. Le général Delacroix n’y pensait pas, car il savait Boumezrag chez les Beni-Abbès et ne se préoccupait que du Boutaleb et d’Ahmed-Bey.

Le général Saussier, très bien renseigné par le commandant supérieur de Bouçada et par le caïd Sakri-ben-Boudiaf, qui était à sa colonne, savait que toutes les zmala de Boumezrag, de Saïd-ben-Boudaoud, étaient dans la montagne des Madid avec les principaux des Ouled-Moqrane. Il avait, dès le 30 septembre, demandé au général Delacroix l’autorisation d’aller occuper le point stratégique de Msila et de se faire remplacer à Barika par la colonne Flogny.

Le général Delacroix avait d’abord refusé, mais il finit cependant par donner cette autorisation, le 5 octobre, au reçu d'une lettre pressante du général Saussier qui, à la date du 4 octobre, lui faisait connaître l'échec de Boumezrag à Ighil-Ali, l’arrivée de ce rebelle dans le Djebel-Madid et la concentration de chameaux qui, par les soins de Saïd-ben-Boudaoud, entraient chaque jour dans la montagne, et que l’on savait être destinés à emporter les zmala dans le Sahara.

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Le 6 octobre, dès qu'il eut reçu de son chef l’autorisation sollicitée, le général Saussier envoya le goum de Si-Smaïl-ben-Meserli-Ali occuper le point de Msif, au sud du chott Hodna, et il alla, le soir même, camper à Metkaouat.

Le 7, il était à l’Oued-Bouhamadou.

Pendant ces deux jours, des cavaliers ennemis rôdèrent isolément à 3 ou 4 kilomètres de la colonne, en avant ou sur le flanc droit; ils allumèrent plusieurs fois des grands feux de drine comme signaux, et disparurent au galop, sans d'ailleurs inquiéter la colonne.

Le 8 octobre, à six heures du matin, après une heure de marche en avant de l'Oued-Bouhamadou, on vit tout à coup, à 3 kilomètres sur la droite de la colonne, un gros contingent de brillants cavaliers immobiles et rangés en bataille avec une régularité peu ordinaire chez les indigènes. Le nombre de ces cavaliers était beaucoup trop considérable pour les laisser venir harceler le flanc ou la queue de la colonne.

Le général arrête aussitôt ses troupes, fait mettre sac à terre, et, laissant le convoi sous la garde de deux bataillons, il marche à l'ennemi.

La cavalerie, sur les deux ailes, ferme l’accès de la plaine et bientôt elle engage le combat.

L’infanterie marche longtemps dans l'Oued-Selmane sans rien rencontrer, puis, arrivée à un affluent de la rivière, elle se divise en deux colonnes; celle de gauche, commandée par le colonel Barbier, voit devant elle le gros des combattants et les contingents de Saïd-ben- Boudaoud, qui cherche à nous occuper de ce côté où le combat est soutenu avec une grande opiniâtreté.

Pendant ce temps, le colonel Barrué remonte, sur la droite, l’autre branche de l’Oued-Selmane, escalade les pentes du Djebel-Djeflane et arrive, vers midi, aux ruines de la Qalaa des Beni-Hammad, au pied desquelles sont entassés des milliers de chameaux, des bêtes de somme , des tentes, des bagages, des palanquins à demi chargés, des troupeaux, etc. C’est toute la zmala des Ouled-Moqrane et ce qui reste de leur fortune.

Un feu plus bruyant que dangereux répond à notre artillerie, dont les obus font de terribles ravages au milieu de ces masses de serviteurs, de femmes, d’enfants et de troupeaux affolés, qui tourbillonnent sur place dans un désordre indescriptible.

Vers les deux heures de l’après-midi, la confusion semble encore augmenter sur ce point, que l’artillerie canonne sans relâche; ce sont

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les Madicl qui renoncent à la lutte et désertent la cause de leurs anciens seigneurs.

Boumezrag, Saïd-ben-Boudaoud, les autres Moqrani, leurs femmes et leurs enfants, montent sur des mulets, et, pendant que sur notre gauche des Ilachem, Ayad et quelques autres de leurs anciens vassaux prolongent la lutte, les Ouled-Moqrane s'engagent dans les rudes sentiers de la montagne et quittent en fugitifs ce Djebel-Kiana où, huit siècles auparavant, leurs ancêtres avaient élevé la capitale d’un célèbre royaume berbère

Les goums sont alors lancés sur la zmala et ramenèrent une formidable razzia: plus de 3,000 chameaux, la moitié chargés de palanquins, de tapis ou de grains, des troupeaux de bœufs, de moutons, des chevaux, des tentes, des cantines, des sacs de provisions ou d’effets, etc., etc.

Il était plus de huit heures quand, le soir, l’arrière-garde, sous les ordres du commandant Robert d’Orléans1 2, rentra au camp de Guebeur-Slougui avec le gros de la prise ; mais, jusqu’à minuit, des groupes de goumiers arrivèrent de tous les côtés avec d’autres prises.

Dans cette magnifique journée il n’y eut que 12 hommes blessés et quelques chevaux tués.

11 fallut malheureusement rester toute la journée du lendemain à ce camp de Guebeur-Slougui afin de se reconnaître un peu au milieu de cette encombrante razzia et de donner un repos indispensable aux hommes et aux chevaux qui, la veille, avaient marché ou combattu de cinq heures du matin à huit heures du soir.

On reçut ce jour-là, 9 octobre, la soumission des Souama, Ouled-Madi, Quled-Adi,Metarfa, Ouled-Sidi-Brahim,Ouled-Mansour-ou-Madi,Ouled- Sidi-Iladjerès ; ce fut encore un encombrement d’otages à faire garder, de fusils à verser à l’artillerie et d’argent à encaisser. Il fallut organiser le convoi pour le lendemain et protéger nos prises contre les déprédations de nos goumiers.

Les Ouled-Moqrane aussi passèrent la journée du 9 à s’organiser. Après avoir marché toute la nuit et avoir traversé Msila, ils étaient

1. En réalité, ce beau combat du 8 octobre fut surtout livré au Djebel-Djafane, un des sommets du Djebel-Ayad (ou Djebel-Kiana), et assez loin de Guebeur- Slougui, qui est le nom de l'endroit où, le matin, la colonne avait mis sac à terre et d’où, le lendemain, le général Saussier data la dépêche annonçant son succès. Mais le nom de Guebeur-Slougui est aujourd’hui consacré. (Guebeur-Slougui signifie en arabe « le tombeau du Lévrier »).

2. - C’était le nom officiel du duc de Chartres, qui était arrivé à la colonne Saussier le 30 août, au Mesloug.

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arrivés au petit jour à Sed-ed-Djir, point de la plaine d’où ils pouvaient choisir leur direction. Leurs montures étaient fourbues ; ils durent s’en procurer d’autres et reconstituer les éléments indispensables à leur fuite dans le Sahara.

Ils étaient au nombre de 150 à 160 environ, parmi lesquels 17 membres adultes des Ouled-Moqrane, des parents par alliance et des amis politiques '.

Le 10 octobre, au matin, la colonne Saussier s’achemina jusqu a Msila; alourdie par son lourd convoi, elle mit près de neuf heures à faire 20 kilomètres; à chaque instant il fallait s’arrêter pour ramener des chameaux ou recharger des bêtes. On ne campa à Msila qu'à trois heures de l’après-midi.

Les O. Moqrane étaient alors à Oglet-el-Beida sur les bords du chott Zahrèz; ils avaient fait 80 kilomètres dans la nuit. Là, ils délibèrent sur le parti à prendre.

Plusieurs d’entre eux, estimant la partie irrévocablement perdue, proposaient de se rendre de suite au général Saussier; les autresvoulaient gagner la Tunisie, par Tougourt, le Souf, Nefta ou Tozeur. Boumezrag était de ceux-ci; rappelant, après sept mois de lutte sans merci, ce que son frère le bachagha disait au mois d’avril, il déclara qu’il se serait rendu depuis longtemps au général Saussier, vainqueur de la Medjana, si ce vainqueur avait voulu le traiteren belligérant et lui éviter la honte d’être jugé par des colons et par des juifs; mais qu’il préférait tout à un pareil affront ; que le général Saussier était au-

I. Les dix-sept Ouled-Moqrane étaient : t° Ahmed-Boumezrag, ex-caïd de l’Ouennougha ; 2° Saïd-ben-Boudaoud, ex-caïd du Hodna occidental ; 3" Ali-Bouzid, ex-caïd des Beni-Abbès ; 4° Ben-Abdallah-ben-el-hadj-Ahmed, ex-caïd des Megueddem ; 5° Chérif-ben-Abderrahniane, ex-caïd des Dreate ; 6° Dahmane-ben-Gandouz, s. p.; 7° El-hadj-Dahmane-ben-Abderrahmane, ex-caïd des Dreate (démissionnaire) ; 8° Lakhedar-ben-Abderrahmane, ex-caïd des Beni-Yadel; 9° Mohammed-ben-Kouider, khalifat du bachagha; 1U° Si-Sghir-ben-Bourenane, ex-caïd des Madid ; 11» Ahmoud-ben-Bourenane, ex-caïd des Mzita; 12° Ahmed-ben- Abdallah, ex-caïd des Ayad; 13° Ahmed-ben-Mahmed-ben-Abdallah, ex-caïd des Ouled-Taïr; 14° Abderrahmane-ben-Gandouz, ex-caïd d’Aïn-Turc; 15° Mohammed-ben-Abdesselem, cx-caïd d’Aïn-Taghrout ; 16° Messaoud-ben-Abderrahmane, 17° Ahmcdben-Chellali.

Les principaux des parents par alliance et des amis politiques étaient :

Ali-ben-Tounsi, ex-caïd des Ouled-Ali-ben-Daoud d'Aumale;

Larbi-ben-Beddar, ex-caïd des Djebaïlia de Bordj-bou-Arreridj ;

El-Amri, ex-caïd des Ouled-Sidi-Adjma d’Aumale:

Si-Dahmane-el-Moutri, secrétaire du bachagha;

Si-Abdelaziz-ben-Mohammed, ex-cadï du Sahel-Guebli ;

Si-Mohamined-ben-IIamouda, ex-cadi de la Medjana;

Sghir-ben-Adda, brigadier de spahis et quatre spahis déserteurs, etc., etc.

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jourd’hui sous les ordres du général Delacroix et qu’il n’y avait rien à espérer de ce dernier, qui avait rejeté les offres de soumission et les prières d’Ahmed-Bey d’une façon hautaine et injurieuse; qu’ils n’avaient donc qu’un seul parti à prendre, gagner la Tunisie. Le plus difficile était de traverser les O. Naïl, ce queSaïd-ben-Boudaoud croyait possible; cela fait, on trouverait aide et assistance à Tougourt auprès de Naceur-ben-Chohra, homme de grande tente, insurgé comme eux, quant aux Arab-Gheraba des Bengana qui couvraient le Sahara de ce côté, ils garderaient une neutralité bienveillante; il en serait de même au Souf, où, avec l’appui de ce soif, ils pourraient braver les partisans d’Ali-Bey qui, en ce moment, n'étaient pas les plus forts.

Cet avis prévalut. Saïd-ben-Boudaoud, qui connaissait admirablement le pays où ils étaient, sut obtenir une dernière fois le concours de quelques familles et de quelques sous-fractions des Ouled-Naïl de Bouçada, qui fournirent des guides aux fugitifs et qui, surtout surent habilement faire échouer les recherches des reconnaissances envoyées de tous les côtés par les chefs militaires de Msila, de Bouçada, de Djelfa, d’Aumale, de Médéa et de Biskra.

Le 11 octobre, la présence des Ouled-Moqrane 1 sur l’Oued-Medjedel2 était signalée à Djelfa, qui prévenait le soir Bouçada par télégramme et envoyait de suite le bachagha des O. Naïl, Si-Belgacem-ben-Lahreuch, dans la direction de Slirn, et quelques mokraznya rallier les Ouled-Aïssa campés au sud du Djebel-bou-Kaïl, pour de là les conduire à Aïn-Rich.

De son côté, le commandant supérieur de Bouçada, dont les goums étaient déjà sortis, monta à cheval dans la nuit, avec 20 cavaliers, 10 spahis et 10 mokhaznya à mulet; en route, il prit le caïd des Ouled-Ferradj et 100 fantassins des Ouled-Naïl. Le 12, à neuf heures du soir, à Aïn-Mgarnez, à Go kilomètres de Bouçada, il atteignit l’arrière-garde des Ouled-Moqrane, qui eurent deux chevaux tués et deux mulets pris. Mais nos cavaliers étaient hors d’état de continuer cette poursuite, et, si quelques fantassins des Ouled-Naïl, marcheurs indomptables, pouvaient encore fournir une course assez longue, ils étaient trop mal armés et trop peu nombreux pour oser s’attaquer en

1. Il peut être utile de consigner ici les noms de ces derniers partisans des Ouled-Moqrane, éparpillés dans des tribus d’ailleurs hostiles à leurs soif, ce sont: les Ouled-Sidi-el-Aoubi des Ouled-Sidi-Brahim ; — les Ouled-ben-Zine, les Zerarda, et les Ouled-Djelloul des Ouied-Khaled de l'Oued-Chaïr ; — les Ouled-Bousouifa des Ouled-Aghaïz (Ouled-Ameur) ; — les O. Nemeur et les Ouled- Zir des Ouled-Amara (Ouled-Aïssa).

2. Rivière qui se jette dans le Zahrez-Chergui à Oglet-el-Beïda.

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rase campagne à une troupe nombreuse et bien armée. Le capitaine de Beaumont fut forcé de s'arrêter, et, le lendemain, il rencontra le bachagha des Ouled-Naïl de Djelfa, qui avait passé la nuit à Oglet-Selim.

Les Ouled-Aïssa ne furent pas plus heureux; leur caïd, avec 10 cavaliers, arriva à Oglet-Trifla, sur l’Oued-Djeddi, le 15 octobre, ayant laissé en arrière tous ses fantassins; les Ouled-Moqrane étaient déjà passés; il ramena un chameau et onze mulets tombés de fatigue et ayant encore intacts leurs chargements d’orge.

Quant aux goums de la colonne Saussier, après être restés vingtquatre heures en selle et avoir crevé six chevaux, ils rentrèrent au camp sans avoir rien vu, et, s’ils ne réussirent pas dans leur mission, ce ne fut certes pas la faute de Si-Sakri-ben-Boudiaf , l’ennemi personnel de Saïd-ben-Boudaoud et de Boumezrag.

Les O. Moqrane, après avoir échappé à nos goums, avaient encore échappé aux O. Naïl et aux Ouled-Zekri, grâce à la connivence de leurs partisans, qui s’étaient groupés autour d’eux, le 14 octobre, dans le Kef-el-Amar; mais, le 15, comme ils quittaient ce point, ils furent signalés à l’ancien makhzène de Tougourt, campé vers Sidi- Khaled, et réduit à 70 cavaliers. Ceux-ci se mirent à la poursuite des Moqrani, et les atteignirent, le 17, à Oum-el-Adam. Les fugitifs, bien plus nombreux que les mokhaznya , engagèrent le combat de pied ferme, afin de donner à leur convoi le temps de gagner du terrain et de se bien grouper. Quand ils surent ce résultat obtenu, ils partirent au galop, laissant sur le terrain quatre morts et un blessé, que les mokhaznya achevèrent séance tenante. Ceux-ci avaient trois des leurs grièvement blessés, et, en présence des dispositions défensives prises par le gros des Ouled-Moqrane, ils préférèrent à une lutte inégale la capture de 2 chameaux et de 26 chevaux blessés au garrot, abandonnés, peut-être à dessein, par les fugitifs.

Le soir, en arrivant à Dzioua, Boumezrag apprit que la veille, IGoctobre, Boulakhras-Bengana était entré sans coup férir à Tougourt, et que Naceur-ben-Chohra était allé rejoindre Bouchoucha à Ouargla. Les Moqrani se dirigèrent alors vers le sud sans se presser, car ils avaient confiance dans la neutralité bienveillante de Boulakhras- Bengana, leur ancien ami.

En effet, ils ne furent pas inquiétés sur leur route, encore bien que leur présence fût connue à Tougourt, d’où ils reçurent, le 18, un émissaire secret. Cet envoyé avait pour mission de les engager à ne pas aller dans le Souf, où le parti des Bengana n’était plus en mesure de les protéger contre les partisans d’Ali-

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Bey. Cet avis décida les Moqrani à aller rejoindre Naceur-ben- Chohra à Ouargla.

A El-Alia, chez les Ouled-Saïah , qui sont du soff Bouokkaz, les fugitifs furent accueillis avec une froideur injurieuse : personne ne leur donna ces marques banales de déférence qui sont la politesse courante des indigènes vis-à-vis des gens de grande famille ; on refusa même de leur vendre de la viande et des dattes.

Le 20 octobre, Bouchoucha, Naceur-ben-Chohra, Zoubir-ould-Sidi- Chikh vinrent en grand apparat au-devant des Moqrani ; ils leur offrirent une somptueuse diflà et leur prodiguèrent les marques de respect et les assurances de dévouement.

Dès lors, Boumezrag, Saïd-ben-Boudaoud et les autres descendants des sultans de la Qalaa ne furent plus que les hôtes de l'aventurier Bouchoucha, dont ils allaient suivre la fortune, en simples comparses, jusqu’en janvier 1872.

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