A II MED -B EY-BEN-CI1IKI1-MESSA0UD
trouverait des troupes fraîches et les contingents amis de Sghir-bel- Laroussi. On ne s’arrêta donc que pendant deux heures et on continua la route de la même façon que le matin ; mais, le pays devenant plus plat, les chassepots firent plus d'effet, et l’ennemi cessa bientôt son escorte incommode.
On arriva, à sept heures du soir, à Osarettir, sans un hlessé, alors que l'ennemi avait eu plusieurs tués. Mais les mobiles étaient exténués, beaucoup entrèrent à l’ambulance, et l'un d’eux mourut dans la nuit.
Ces deux jours de combats étaient le fait de Mohammed-ben-Adda et de Mohammed-ben-Abdallah, des Ayad; Ahmed-Bey n'y était pour rien, car il était resté au sud des liigha, près de son bordj.
Les 20 et 21 juillet, au camp de Osarettir, le colonel Bonvalet reçut la visite de trois membres de la famile des 1 1 lès, Zerroug-ben-Henni, Ahmed-ben-El-Hadj et Salah-ben-Ahmed-ben-Illès. Ce dernier, qui était sous mandat d’amener, consentit, malgré le sauf-conduit qu’il avait demandé pour venir au camp, à se constituer prisonnier, et Ahmed-ben-el-Hadj resta comme otage. Zerroug-ben-Illès, le plus franc et le plus sympathique des trois, repartit pour engager ses parents à se rendre à merci ; démarche inutile, car, malgré toutes les explications du colonel. Bonvalet, il n'avait pu comprendra l'arrestation de son cousin Salab-ben-Illès, contre lequel il n’y avait rien de sérieux, — et qui du reste lut plus tard acquitté en cour d’assises. ,
Salah fut conduit à Sétif et remis au procureur de la République; immédiatement les Ben-Adda proclamèrent que les Ben-Illès, venus au camp français en parlementaires, avaient été arrêtés, et que l’un d’eux avait été livré à la justice des «juifs et des mercantis... qu’on ne devait plus se lier aux Français... etc. »
Le résultat de ces excitations fut, dans la nuit du 25 au 26 juillet, vers une heure du matin, une attaque contre le camp de Qsarettir, dont on avait vu partir, le 23,1e colonel et les mobiles, et, le 24, deux escadrons rentrés à Sétif. Le colonel Marié commandait le camp; il repoussa l’attaque sans avoir de blessé, tandis que l’ennemi eut plusieurs tués.
11 faut sans doute aussi mettre sur le compte des excitations de Mohammed-ben-Adda la démonstration faite dans la journée du 25 juillet contre le bordj de Barika par les contingents insurgés des Ouled- Sahnoun, qui signifièrent au chikh Mihoub-ben-Sghir d’avoir à quitter ce bordj et de cesser ses relations avec les Français s’il ne voulait pas être razzé. Le chikh fut contraint de partir et d’aller camper au milieu des rebelles et sous leur étroite surveillance. A sa place, les Ouled-
L'Insarrection de 1871.
LES DERNIÈRES LUTTES
Bouabderrahmane et les O. Sahnoun installèrent un vieux marabout, Mohammed-ben-Boucetta, mystique exalté, et, pour cette raison, très vénéré, mais au fond inoffensif et très bon. Il protégea le bordj peutêtre mieux encore que son prédécesseur, et fit respecter tout ce qu'il contenait : le mobilier de l’officier chef de poste, aussi bien que celui du caïd Si-Smaïl-ben-Mserli-Ali.
Quant à Ahmed-Bey, il restait inactif et indécis; ce rôle d’insurgé lui pesait; il aurait voulu combattre dans nos rangs, ne fùt-ce que pour se venger de son ennemi Ben-Adda. Mais l’accueil fait aux Ouled-1 liés par le colonel Bonvalet, qui personnellement avait toujours été bienveillant pour les indigènes, lui montrait que, malgré les victoires des généraux Lallemand, Saussier et Cérez, il n’y avait pas encore de clémence à attendre de l’autorité supérieure, et que, par suite, il n'y avait nul profit à se soumettre.
En ce moment il était sollicité par Boumezrag, qui réclamait son concours et ses contingents pour prolonger sa lutte désespérée, et par les Ouled-Soltane, qui lui demandaient aide et assistance contre les Beni-Ifrène, qui, réfugiés dans Mgaous1, ne voulaient pas faire cause commune avec les rebellés. Pour gagner du temps, il promit des deux côtés, mais il ne bougea pas.
Cette promesse suffisait aux O. Sultane pour n’avoir rien à redouter des populations du Boutaleb, dont quelques-unes, comme le Ald- Mouassa , leur fournirent des auxiliaires énergiques. Ils avaient déjà avec eux tout le Belezma et une partie des O. Derradj-Cheraga, et ils comptaient bien avec ces nombreux contingents . avoir raison des Beni-Ifrène.
Dans la nuit du 28 au 29, les O. Soltane réunirent leurs amis, et, au point du jour, des masses considérables entouraient les tentes des Beni-Ifrène et des O. El-Louifi 2, campés sous les murs de Mgaous. Mais ceux-ci, prévenus, se gardaient bien : ils accueillirent leurs agresseurs par une fusillade bien dirigée et ils les forcèrent à se reti-
1. Mgaous avait, en 1841, donné asile pendant quelque temps au Dey Ahmed, qui y perdit sa mère El-hadja-Requia-bent-Bengana, enterrée dans cette ville.
2. Toutes les tribus de la confédération des O. Soltane sont berbères et de même origine que celle du reste du Belezma. Mais les O. Soltane sont des Haouara et les Beni-Ifrène des Zenata. Quant aux O. Louifî, ce sont des Lakhedar-Halfaouïa du douar Segana que des convenances topographiques et administratives ont fait rattacher (par décret du 23 septembre 1869) au caïdat des Ouled- Soltane. Ils comprenaient en 1871, 70 familles, et les Beni-Ifrène 245. Les noms de ces 315 chefs de famille sont au Mobacher du 11 septembre 1875, où est publié l’arrêté du 31 juillet qui les a déclarés exempts du séquestre apposé sur les autres Ouled Soltane.
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rer en emportant 12 morts et plusieurs blessés. Le combat avait été très vif et les défenseurs de Mgaous avaient cinq hommes tués, parmi lesquels le fils du chikh Abdallah-ben-Lounis; sept autres étaient grièvement blessés.
Ce même jour, 29 juillet, d’autres groupes du Belezma, obéissant aux excitations de Mohammed-ben-Adda, étaient venus, à une heure du matin, attaquer les tentes de gardes placées par nous au lieu dit Le Tournant, à 20 kilomètres de Batna. Ces tentes, qui appartenaient aux Haracta-Djerma et aux Haracta-El-Mader, eurent 15 tués et 4 blessés, dont un spahi en tournée de service. Elles perdirent le peu qui leur restait de troupeaux; quelques-unes furent enlevées, et leurs malheureux propriétaires, désespérés, vinrent à Batna exposer leurs doléances et supplier qu’on les dispensât de cette garde qui les mettait à la merci d’un ennemi plus nombreux et plus fort qu’eux. On les envoya dans le Bouarif.
Ils n’avaient pas été les seuls razzés; les Ouled-Mahenna, groupe arabe des Ouled-Bouaoun, avaient eu aussi leurs troupeaux enlevés et quelques hommes tués. Jusqu’alors ils étaient restés dans le devoir, mais, à la suite de l’affaire du Tournant, ils firent savoir qu’ils se mettaient du côté des ‘insurgés, non pour nous combattre, mais afin de se faire rendre leurs troupeaux et de donner à leurs familles la sécurité que nous étions impuissants à leur assurer.
Alors, pour remplacer ces groupes de tentes soumises qui, s’échelonnant sur la route, maintenaient la sécurité de Batna à Ain-Yacoute, on envoya de petits détachements de tirailleurs qui se retranchèrent dans des maisons européennes : au Tournant, à Ain-el-Qsar, Aïn- Fesdis, El-Mader. Ces maisons se reliaient entre elles et avec Batna par des signaux sémaphoriques ; mais ce système était loin de valoir le précédent.
A Mgaous, les Ouled-Soltane et leurs alliés n’entendaient pas rester sur leur échec : le 30, ils recommencèrent l’attaque et concentrèrent leurs efforts sur la maison du cadi Si-Ahmed-ben-Mahfoud, située à 200 mètres de l’enceinte de la ville; ils finirent par s’en emparer, non sans éprouver des pertes sensibles, et, s’y étant retranchés, ils pratiquèrent des créneaux et se servirent de la terrasse pour diriger des feux plongeants dans l’intérieur de la ville. Ils reçurent ce jour-là l'appoint d’un certain nombre de cavaliers des Righa, qui leur dirent qu’Ahmed-Bey marchait sur la ville avec ses contingents.
La nouvelle n’était pas exacte ; Ahmed-Bey était bien en route avec 200 cavaliers, mais son objectif n’était pas Mgaous; ce qu’il voulait,
LES DERNIERES LUTTES
c’était forcer les Ouled-Sellem et les Ouled-Ali-ben-Sabor à lui fournir des contingents : il tenait beaucoup à les avoir avec lui, car les indigènes de ces deux tribus connaissaient bien la montagne du Boutaleb, et, s’ils n’étaient pas insurgés, ils pouvaient fournir des guides et des sagas utiles à une colonne opérant contre lui dans ce massif. Ahmed-Bey s’était adressé en vain à Embarek-ben-Khellaf ; n’ayant pu réussir, il s’était décidé à compromettre ces tribus en détruisant les établissements français situés sur leur territoire.
Douze colons restés dans le pays venaient alors chaque soir coucher chez l’un d’eux, propriétaire dubordj Tabarout, bordj que sa bonne construction rendait défendable. Le chikh Embarek-ben-Khellaf avait mis à l’intérieur quelques gardiens indigènes, et il y passait lui-même à peu près toutes les nuits.
Dans celle du 30 au 31 juillet, un homme des Righa, Taïeb-ben-El- Haïcha, l’appela du dehors, lui disant qu’il avait des choses graves à lui apprendre.
Le chikh, connaissant cet homme et le croyant seul, sortit sans méfiance; on se rua sur lui et on le conduisit à Ahmed-Bey, qui était à quelques mètres de là avec ses 200 cavaliers.
Aussitôt le chikh prisonnier, l’attaque du bordj commença; mais la construction était solide et les colons bien armés. Aidés des gardiens indigènes ils avaient déjà tué douze des rebelles et en avaient blessé treize autres quand le chikh de Mcil, Ahmed-ben-Khellaf, entendant la fusillade, arriva au secours des assiégés avec des contingents.
Cette intervention surprit les rebelles, qui s’éloignèrent. Les douze colons, estimant qu’ils n’avaient pas intérêt à s’enfermer dans le bordj de Tabarout, qui manquait d’eau, acceptèrent de sortir sous la protection d’Ahmed-ben-Khellaf , qui s’offrait à les conduire dans la montagne, où il répondait d’eux.
A peine étaient-ils partis que, sans chercher à les poursuivre, les goums d’Ahmed-Bey se ruaient sur le bordj, le pillaient et l'incendiaient. Pendant deux jours ils saccagèrent tous les établissements européens abandonnés autour de Tabarout et de Bordj-el-Beïda. Grâce à ces déprédations, Ahmed-Bey retrouvait sa popularité et son influence sur les Righa que sa conduite circonspecte avait éloignés de lui, et en même temps il compromettait les Ouled-Sellem, qu'il laissait désorganisés et sans chef.
Ahmed-ben-Khellaf était en effet un jeune homme n’ayant pas la situation et l’autorité de son frère; il ne semblait pas à Ahmed-Bey