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fit séjonr, et nos cavaliers allèrent donner la chasse aux goums ennemis. Ceux-ci, combattant toujours à la manière numide, entraînèrent nos escadrons dans le Djebel-Mouassa où les attendaient des groupes de fantassins solidement retranchés sur des positions inaccessibles aux chevaux. Deux bataillons d'infanterie, envoyés comme soutien, escaladèrent ces positions, et, poussant en avant avec les éclaireurs, ils tombèrent sur des campements qu'ils enlevèrent. Ils rentrèrent au camp avec plusieurs troupeaux.
Nous n’avions eu que quelques blessés et des chevaux tués.
Ce combat du Djebel-Mouassa fut le dernier livré par la colonne Saussier aux contingents d’Ahmed-Bey.
Le lendemain, le général campait à Ras-el-Aïoun, à 20 kilomètres de Mgaous, et les Ouled-Soltane levaient précipitamment le blocus de la ville pour se réfugier dans la montagne.
Le 7 septembre, la colonne arrivait en vue de Mgaous où l'attendait une véritable ovation. Les habitants de cette vaillante bourgade, conduits par le chikh, le cadi et les notables, étaient venus en masse audevant du général Saussier. Un drapeau tricolore, de fabrication indigène, flottait fièrement au minaret de la mosquée, et les terrasses étaient couvertes de femmes poussant de joyeux « youyou ».
Le général Saussier fit placer des gardes d’honneur aux portes de la ville, et un médecin militaire fut chargé de soigner les blessés des Beni-Ifrène : ils étaient en ce moment au nombre de 30.
L’arrivée dé « la colonne victorieuse » à Mgaous amena un calme général dans tout le Belezma, dont les habitants les plus compromis se réfugièrent dans la Mestaoua.
Le 8, quinze des dix-sept chioukh des O. Soltane insurgés venaient faire leur soumission, au grand désespoir des gens de Mgaous, qui avaient offert leur concours pour aller vider les silos et enlever les troupeaux de leurs ennemis.
Le 10, l’effet produit par la présence de la colonne était tel que le chef du bureau arabe de Batna quittait cette ville avec les caïds Si- Smaïl-ben-Meserli-Ali et Si-Mahmoud-ben-Bachtarzi, n’ayant à eux trois que 6 cavaliers d’escorte, et ils arrivaient à quatre heures du soir sans avoir été inquiétés. (Ils avaient, il est vrai, pris la route de Segana, et non la route directe.)
Le 11,1e général partait de Mgaous, se dirigeant à travers le Belezma vers la Mestaoua qu’il voulait investir et réduire par la famine, sans essayer une attaque de vive force. Le chef du bureau arabe de Batna lui avait apporté la liste nominative de tous les assassins, ban-
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dits de profession, meneurs et autres réfugiés dont il importait de s’emparer.
Dans ce but, le général Saussier avait envoyé l’ordre formel au colonel Flogny, qui devait arriver le 14 à Batna, d’aller, par une marche de nuit, prendre position, le 15 au point du jour, devant l’unique issue de la Mestaoua ; et, là, d’attendre son arrivée, qui aurait lieu dans la matinée.
Le colonel Flogny, qui venait d’ètre nommé au commandement de la subdivision de Batna, reçut cet ordre le 13 septembre, à 25 kilomètres environ avant d’arriver dans cette ville. Ignorant quels étaient les individus réfugiés dans la Mestaoua, il ne comprit pas la portée de l’ordre du général, et, comme il n’était qu’à quelques kilomètres de cet Oppidum, il jugea inutile d’aller à Batna pour en revenir par une marche de nuit, et se jeta, en plein jour, sur la droite, dans la direction des rebelles.
Ceux-ci, qui savaient la colonne Saussier à Aïn-el-Foul depuis la veille, comprirent qu’ils allaient être bloqués, et ils envoyèrent au colonel une députation chargée d’offrir leur soumission. Mais, pendant que ces délégués engageaient des pourparlers, Slimane-ben- Drouaï, Ben-Rahmoun, El-Khomati, Ben-Bahloul1, ainsi que les principaux assassins des scieries Sallerin et Prudhomme, quittaient la Mestaoua et trouvaient, chacun de leur côté, des refuges d’où, plus tard, ils devaient gagner, sans être inquiétés, l’Aorès méridional ou la Tunisie.
Le colonel Flogny imposa aux délégués, comme première condition de la soumission offerte, l’évacuation, dans les vingt-quatre heures, de la Mestaoua, évacuation qui se ferait sous le contrôle d’un officier prenant note des fractions et des gens qui s’y trouvaient. Chaque fraction aurait en outre à fournir un nombre d’otages proportionné à son importance numérique. Les délégués déclarèrent que le colonel serait obéi.
En effet, le 14 au matin, le capitaine Yillot, chef du bureau arabe de Constantine, qui accompagnait le colonel comme chef d’état-major, et le caïd des O. Bou-Aoun, arrivé de Batna dans la nuit, montaient avec quelques spahis sur la Mestaoua et faisaient procéder à une éva-
I. Sur ces quatre individus, voir le chapitre x du livre II : Batna, et le chapitre vu du livre III : Les Bandes de la Mestaoua. — Ben-Bahloul se retira en Tunisie; El-Ivhouiati dans le Djebel-Chechar, où il fut tué dans les conditions indiquées déjà à la note de la page B 16 ; Sliinane-ben-Drouaï disparut et on n'eu entendit plus parler.
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cuation régulière et contrôlée de toute la forteresse, sur laquelle il ne resta ni un seul rebelle, ni un seul troupeau.
C'était certes beaucoup d’avoir, sans coup férir, obtenu l’abandon de ce refuge de bandits et la rentrée des insurgés sur leur territoire; mais ce n'était pas assez. Etant donné l’échec du colonel Adeler, le 21 mai; étant donnés surtout les crimes commis par les chefs locaux du Belezma contre les Européens, et la façon dont ils avaient jeté dans l’insurrection des populations paisibles, il eût été politique et juste de faire plus. Il fallait se faire livrer les meneurs, les bandits et les assassins, en passer quelques-uns parles armes sur les lieux mêmes de leurs crimes, ou tout au moins les arrêter et les ramener captifs à Batna, pour les livrer ensuite aux tribunaux.
C'était là ce qu'avait voulu faire le général Saussier quand il avait prescrit au colonel Flogny de revenir de Batna, par une marche de nuit, surprendre et fermer l’issue de la Mestaoua, alors que la forteresse contenait encore les principaux meneurs. La fausse manœuvre du colonel 1 avait fait échouer ce plan, et lorsque, le 15 septembre, le général vint camper à Bas-el-Ma, entre les ruines de la scierie Prudhomme et la Mestaoua, sa présence sur ce point n’était plus nécessaire. Il y reçut cependant la soumission des Üuled-Chelieh, des Aïdouça et des O. Mehenna; mais ces tribus se disposaient à faire leur démarche à Aïn-el-Foul, où, le 12 et le 13, étaient déjà allés les U. Fatma.
Au surplus ces soumissions n’avaient pas grande portée: ces tribus nous versèrent des armes et de l’argent; elles nous donnèrent comme otages des notables ou des braves gens contre lesquels nous n'avions aucun grief, et elles nous déclarèrent, ce qui était vrai, qu’ elles étaient hors d’état de nous livrer les meneurs et les bandits qui avaient quitté le pays. Ce ne fut en effet que plus tard que nos agents purent, sur leurs indications, rattraper quelques-uns des individus directement compromis dans les massacres ou dans les faits insurrectionnels.
Le 17 septembre, le général Saussier, laissant le colonel Flogny à la Mestaoua, allait campera Djerma, pour arriver le 18 à Batna, où sa colonne devait se ravitailler.
En ce moment, il ne restait plus d'insurgés que dans les massifs du
1. La fausse manœuvre du colonel Flogny à la Mestaoua amena contre lui, dans la presse algérienne, un débordement d’injures et de sarcasmes que ne méritait certes pas cet honorable officier, h' Indépendant publia une complainte qui eut un grand succès, et dont le colonel, pourtant homme d’esprit, eut le tort de se fâcher.
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Madid et du Boutaleb où s’étalent concentrés les derniers partisans des Ouled-Moqrane et d’Ahmed-Bey.
Le jour même où le général Saussier campait sous les murs de Batna, le colonel Bonvalet, établi avec sa petite colonne à Guebeur- Attia (moulin Saint-Rames), envoyait 50 chasseurs d’Afrique et une centaine de goumiers disperser des contingents qui se dirigeaient vers le Djebel-Madid ; il n’y eut pas d’engagement, mais une simple poursuite.
Boumezrag était alors dans l’Ouennougha occupé à recruter des partisans et à se venger de ceux qui avaient déserté sa cause.
Ahmed-Bey, de son côté, avait grand’peine à empêcher les montagnards du Boutaleb d'aller faire leur soumission à Sétif. Malgré leur attachement traditionnel pour leur ancien seigneur, ces paysans commençaient à se fatiguer de- cette lutte qui les ruinait plus sûrement encore que ne pourraient le faire les exigences des Français. Pour les retenir auprès de lui, Alnned-Bey essaya de les indemniser de leurs pertes; dans ce but, le 23 septembre au matin, à la tête de ses cavaliers qui avaient marché toute la nuit, il tombait sur les troupeaux des Ouled-Abdelnour, dans les Zbakh des Eulma, et leur razzait 2,000 moutons. Mais les goums des Abdelnour, aidés de ceux des Eulma, se mirent à la poursuite du rezou, lui tuèrent un homme, reprirent leurs troupeaux et deux chevaux en plus. Ils eurent, il est vrai, deux hommes tués et sept chevaux blessés.
Ce jour-là la colonne Saussier quittait Batna pour aller reprendre officiellement possession du bordj de Barika et remettre en main les Ouled-Derradj du Hodna oriental, encore insoumis. Le général, passant par le sud des montagnes des O. Soltane, marcha à petites journées, se faisant livrer, à chaque campement, de l’argent, des armes, des otages et des prisonniers.
Pendant ce temps, la colonne Flogny continuait à parcourir l’intérieur du Belezma, où elle procédait aux mêmes opérations. Elle ne rencontra aucune résistance.
Le 23 septembre, le jour même de son départ, le général Saussier désarmait le village d’Aïn-Drine qui livrait, sans résistance, un chikh insurgé et deux des assassins du Ravin-Bleu.
Le 24, à Kherbet-Beghich, les Ouled-Soltane du Ahl-Issoumeur, se. montrèrent plus récalcitrants et refusèrent de livrer les assassins cachés chez eux. La colonne séjourna deux jours sur ce point, et, le 25, le général lançait contre le village d’Aouacheria deux sections de tirailleurs et deux pelotons d’éclaireurs, afin de prendre de vive force ceux
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qu'on refusait de nous livrer. L'opération fut vigoureusement exécutée; en quelques instants le village était enlevé, 5 rebelles étaient tués dans le combat, M étaient prisonniers, parmi lesquels 5 des assassins réclamés; leur identité bien constatée, ils furent fusillés sur place. Après quoi on enleva ou on brûla tout ce qu'on trouva dans le village. lTn vieux spahi, homme pratique, agissant d’ailleurs sans ordre, coupa la tète du principal des assassins et la rapporta au camp pour la montrer aux muletiers des O. Soltane qui étaient au convoi.
Ce petit combat fut le seul que la colonne Saussier livra dans le cercle de Batna, où il avait suffi que nous nous montrions en force pour que les populations se séparassent immédiatement de ceux qui les avaient entraînées, malgré elles, dans l'insurrection.
Le jour même de l'affaire de Kherbet-Begliich, les tribus du Hodna, Ouled-Sahnoun, Ouled-Bouabderrahmane et Zoui, avaient rejoint à Barika les débris des Ouled-Amor fidèles ; de là, elles avaient envoyé des députations au caïd Si-Smaïl-ben-Meserli-Ali pour le prier d'intercéder en leur faveur. Seuls, tous les Ouled-Nedjaa, le chikli Djenaneben-Derri et quelques individualités étaient restésavec les O.Moqrane et gardaient le sud des Madid.
Quand, le 29, le général Saussier arriva à Barika, les O. Derradj- Cheraga offrirent leurs services à la colonne, et le marabout Mohammed-ben-Boucetta remit au caïd Si-Smaïl le bordj qu'il avait préservé de tout pillage et de toute destruction.
Dans ces conditions, les affaires des O. Derradj furent vite réglées, et le général Saussier, dès qu’il y fut autorisé, continua sa route vers Msila, ayant comme objectif de couper la route du sud aux O. Moqrane1.
Au moment où la colonne Saussier campait à Barika, le général Delacroix avait terminé son expédition dans l’Oued-el-Kébir et le Babor, et marchait sur Saint-Arnaud, où il arriva le 3U septembre. Ce fut de ce point que le commandant de la division de Constantine donna ses instructions pour cerner Ahmed-Bey dans le Boutaleb, en faisant concourir à cette opération les colonnes Thibaudin, Eonvalet et Flogny2 3, et aussi les goums des Eulma et des Ouled-Abdelnour > réunis sous les