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compromis qu'eux, les avaient effrayés : ils avait voulu mettre au moins leurs personnes en sûreté et éviter des arrestations ou des exécutions sommaires.
Le lendemain 15, le colonel arriva avec sa colonne; et, dès le 1 G , il fit commencer la démolition des maisons du qsar et couper les palmiers désignés par les indigènes des goums comme étant ceux des meneurs.
Un émissaire de Mohammed-ben-Amar, qui depuis 1857 était chikh de l’oasis, apporta alors une lettre dans laquelle il était dit que les gens de Négrine se rendaient à merci et acceptaient toutes les conditions qui leur seraient imposées.
On suspendit l’œuvre de destruction, et l’émissaire repartit, avec l’ordre d'avertir les fugitifs qu’on leur donnait vingt-quatre heures pour rentrer chez eux.
Cet émissaire était consterné de ce qu'il avait vu, et le chikh, sachant sa maison détruite et ses palmiers coupés, refusa de continuer des négociations inutiles à ses intérêts privés et à ceux de son soff. Ce fut le chef d’un soff rival, un nommé Salah-ben-Redjeb, qui reprit les pourparlers : il se rendit seul au camp, demanda à être fixé sur les conditions, et repartit en promettant de s’employer à la soumission de ses amis. Mais les conditions ayant paru trop dures, personne ne se présenta au camp.
Le 27 novembre, des patrouilles des goums des Allaouna capturèrent dans la montagne d’El-Madjour le neveu de ce Ben-Redjeb et un autre notable. De leurs réponses on fut en droit de penser que les gens de Négrine, ayant trouvé l’hospitalité dans les oasis de Midas et de Tamerza, en Tunisie, ne reviendraient qu’après le départ de la colonne.
Le colonel Plogny fit aussitôt reprendre la destruction systématique des maisons et des palmiers. Le 28, il ne restait pas une seule habitation dont les toits n'eussent été enlevés et les murs en toubes plus ou moins abattus; 500 palmiers étaient coupés. Singulier moyen d’augmenter les revenus de l’État et d'encourager les nomades à se fixer au sol!
Le 30, la culonne quitta Négrine et remonta l’Oued-Mechera jusqu'à Cheria, pour, de là, rentrer dans le cercle de Balna. Quand elle eut quitté le cercle de Tebessa,le 10 décembre, les gens de Négrine revinrent, tirent acte de soumission, à Tebessa, fournirent des otages, rebâtirent leurs maisons, plantèrent des palmiers et payèrent, à titre de contribution de guerre, douze fois leur impôt annuel (d’ailleurs très L’Insu/'rection de 1871.
LES DERNIERES LUTTES
faible); puis ils versèrent encore 1,900 francs pour reprendre possession de ce qui restait de leurs palmiers séquestrés.
Quant aux vrais coupables, les Ouled-Khelifat, ils obtinrent du Kaïa du Kef l’autorisation de se fixer avec leurs troupeaux à Behiretel-Zouarem, à 25 kilomètres au S.-E. du Kef. Le chérif les avait amenés en triomphateur et bannières déployées; mais, sur fes représentations énergiques de notre agent diplomatique à Tunis, il fut incarcéré par ordre du bey et on n’en entendit plus parler.
Six sous-fractions1 qui avaient suivi la fortune des Ouled-Khelifat eurent à payer des contributions de guerre et furent frappées de séquestre. Ainsi finit l’aventure de ce chérif Mohammed-ben-Abdallah, sur lequel Bouchoucha et Naeeur-ben-Chohra avaient compté pour opérer une diversion profitable à leurs intérêts. Il n’avait même pas une seule fois osé combattre les troupes françaises.
Pendant ce temps, l’Oued-Rir et Ouargla étaient restés dans un calme relatif : Bouchoucha, Naceur-ben-Chohra, Si-Zoubir et Boumezrag n’avaient pas fait parler d'eux; ils attendaient les événements et essayaient de rallier àleurcause la tribu des Saïd-Ûtba qui, depuis l’arrivée de Bouchoucha dans le pays, étaient allés s’installer entre le Mzab et Laghouat, vivant en paix et se bornant à remettre de temps à autre au commandant supérieur de Laghouat les lettres par lesquelles le chérif les invitait à se joindre à lui.
Cette situation, en somme satisfaisante pour nous, se serait certainement prolongée jusqu’à l’arrivée de nos colonnes dans le Sahara, si, tout à coup, Boulakhras-Bengana n’avait voulu faire du zèle et reconstituer à l'état normal l’aghalik qu’il espérait conserver pour
lui.
A la fin d’octobre, il avait écrit aux Saïd-Ûtba que « l’autorité française lui ayant donné le commandement de Tougourt, Ouargla et Oued-Rir, il leur enjoignait de rentrer dans leur pays où, disait-il, il était en train de rétablir l’ordre et la paix ».
Les Saïd-Ûtba avaient depuis quelque temps grande envie de revenir faire la récolte de leurs dattiers; mais leur caïd Kaddour-ben-Embarek avait déclaré qu’il ne fallait pas aller du côté des insurgés, et que lui,