‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 190 sur 202 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Comme belligérants vaincus, ils se virent imposer par le gouverneur général, sur les propositions des chefs militaires, une amende de guerre de 36,582,298 francs1, chiffre calculé d’après le nombre de fusils, le nombre de feux ou le quantum des impôts, et arbitrairement fixé en raison de la résistance faite à nos troupes ou même à nos agents administratifs2 3: car, chose singulière et que personne ne releva, cette contribution de guerre fut infligée à des tribus sahariennes et à des gens de l’Aorès et du Souf qui n'avaient jamais tiré un coup de fusil contre nous, mais qui étaient restés en état d'insoumission, quand personne n’était là pour les commander.

•Comme indigènes algériens, les insurgés furent frappés administrativement en vertu de la législation spéciale sur le séquestre, et ils durent payer, en terre ou en argent, une somme uniformément fixée à la valeur du cinquième de leur capital immobilier. Les individus les plus compromis, d’après les résultats d’enquêtes administratives très minutieuses, virent la totalité de leurs biens mobiliers et immobiliers confisquée, ou, pour employer l'euphémisme officiel, réunis au domaine de l’État. De ce chef les insurgés payèrent environ 26,629,953 francs, qui furent représentés par des payements en argent jusqu’à concurrence de 7,933,860 francs, et par l’abandon de 446,406 hectares estimés 18,696,093 francs 3.

Enfin, comme habitants du territoire français, ils furent soumis à la juridiction des tribunaux. L’évocation d'un décret du gouvernement

1. Le chiffre proposé par les commandants de colonnes ou de cercles montait à 38,325,914 francs; il fut rectifié d’après des statistiques revisées, et réduit à 36,382,298 francs.

2. C'est à tort qu’un document officiel a dit (en 1878) que la contribution de guerre représentait environ 100 francs par fusil ; ce n’est qu’une appréciation contestable; il n’y a pas eu 365,001) insurgés, même en comptant les populations de l’Aorès et du Souf. Les commandants de colonnes ont imposé et perçu, comme acompte ou provision , de 40 à 100 francs par fusil; mais le chiffre de la contribution de guerre a été arrêté en fonction des impôts annuels, et il a été fixé à

3, 6, 8, 10 et même 12 fois l'impôt annuel.

Le payement a été réparti en plusieurs annuités, et on a donné des sursis. Le recouvrement vient seulement d’être terminé en 1890; il restait encore, au 31 décembre 1889, une somme de 4,511 francs due par une fraction des Zouagha sur cette contribution de guerre de 1871.

3. 11 serait intéressant de savoir ce que coûta à la France la répression de l'insurrection de 1871. Mais l’auteur n’a trouvé aucune donnée sur le montant des dépenses de l’espèce afférentes aux départements de la guerre, de la marine, de la justice, de l’administration pénitentiaire. 11 ne connaît que les chiffres suivants qui ont déjà été publiés dans un document officiel : Rapport sur la liqui-

Page 1