ÉPILOGUE
Pendant ce temps ces témoins, si malmenés depuis trois ans par les journalistes et les avocats, continuaient à faire leur devoir, et ils apportaient à la réorganisation du pays la même activité et la même intelligence qu'ils avaient déployées avant et pendant la lutte1. Seuls ou avec des commissions spéciales, dans lesquelles chacun leur rendait justice, ils poursuivaient la vaste enquête administrative qui s’occupait de classer les indigènes en trois catégories : amis, comparses et meneurs; ce qui allait permettre de traiter chacun selon ses œuvres sans disséquer des responsabilités individuelles, dont il était moralement et matériellement impossible de préciser l’étendue.
Ces officiers dressèrent les listes des indigènes amis qui devaient être indemnisés dans la mesure des pertes subies à notre service2; ils
1. Voici l’ordre du jour que, le 14 décembre 1871, l’amiral de Gucydon, gouverneur général civil , adressait aux commandants supérieurs et aux officiers détachés aux affaires indigènes de la colonie, ordre qui fut publié dans les journaux officiels de l’Algérie ( Mobacher et Moniteur ) :
« Au moment où je transmets au ministre de la guerre mes appréciations sur votre manière de servir, je tiens à vous témoigner publiquement toute ma satisfaction.
« Malgré les attaques iniques et diffamatoires dont vous êtes incessamment l’objet, vous me prêtez le plus loyal concours pour réaliser les aspirations légitimes de l’Algérie : la substitution graduelle du droit commun colonial au régime transitoire du commandement militaire.
« Je vous en remercie; persévérez et continuons à travailler ensemble à la pacification de ce pays, en procurant à ses habitants sans exception d’origine de légitimes satisfactions... (suivait communication d’une lettre du ministre de la guerre garantissant les droits des officiers des affaires indigènes lors des inspections générales annuelles) ».
D’autre part, le Moniteur du 4 mai 1873 reproduisait l’entrefilet suivant d’un article du Radical de Constantine :
... Mais quelle a été notre stupéfaction et notre douleur d’entendre le grand orateur (Jules Favre) renier ouvertement ses anciennes doctrines et exalter les chefs militaires chargés pendant l’insurrection de l’administration des indigènes! Son discours a été une immense glorification des bureaux arabes, qui, d’après lui, toujours et partout, ont été admirables de dévouement. « L’éternel honneur « des officiers des bureaux arabes, s’est-il écrié, est d’avoir su devenir et rester « les amis des indigènes »; et il ajoute : « 11 est impossible, sous peine de voir k éclater une révolution, de changer [brusquement] l’ancien système; le régime « de la force est encore nécessaire, car on ne sait jamais ce qu’une révolte peut « amener de désastres et de ruines. » — (Cette dernière phrase, ainsi isolée et tronquée par la suppression du mot brusquement que nous avons rétabli entre crochets, dénaturait complètement la pensée de Jules Favre qui, tout en rendant justice aux officiers des bureaux arabes, n’avait nullement renié ses anciennes doctrines).
2. Leurs propositions ne furent par toujours admises, et certaines commissions furent injustes pour de braves gens ruinés à notre service, l’armi ces