EPILOGUE
dégagèrent les biens à confisquer sur les meneurs, et ils aidèrent l’administration du Domaine à liquider la situation territoriale et pécuniaire des comparses frappés de séquestre collectif, ce qui ne fut pas une petite affaire* 1. En même temps, ils faisaient rentrer la contribution de guerre et ils procédaient au désarmement intégral des tribus compromises ainsi qu’à l'immatriculation des armes dont la détention était autorisée aux mains des fractions fidèles. Le chiffre des armes retirées, qui était de quatre-vingt-huit mille huit cent soixante-sept en janvier 1872, fut presque doublé l’année suivante.
Grâce à cet incessant labeur, on avait pu, dès le mois d’avril 1872, commencer à faire rentrer en Algérie quelques-uns des nombreux otages qui encombraient les forts de Porquerolles, Lamalgue, Sainte- Marguerite, Ré et Ûléron. Une commission d’officiers des affaires indigènes était arrivée à Toulon le 23 mars 1872, et avait procédé au triage et au rapatriement des détenus appartenant aux tribus qui exécutaient le mieux les conditions imposées et qui reprenaient leur vie normale.
La clémence du président de la République et la sagesse du gouverneur général réformèrent ce que les verdicts des jurys avaient d’excessif ou d’insuffisant. Des meneurs avérés et dangereux, maladroitement acquittés par les cours d’assises ou les conseils de guerre, furent internés en France ou loin de leurs tribus. Des grâces et des commutations de peine intervinrent en faveur des insurgés, et, sauf une ou deux exceptions regrettables2, il n’y eut que fort peu d’exécutions en dehors de celles de quelques malfaiteurs réellement indignes de toute pitié.
Ce furent encore les officiers des affaires indigènes qui prêtèrent à l’autorité civile le concours le plus utile pour la création des nouveaux villages, l’installation des colons immigrants et la réorganisation du pays.
Sur le littoral et les hauts plateaux, cette œuvre de réorganisation était relativement facile. Il en était autrement dans le Sahara, non pas seulement en raison de la difficulté de tenir les nomades et de les
•victimes d’une parcimonie malveillante et imméritée, se trouva le caïd Douadiben-Keskès de Sétif. L’équitable bienveillance des gouverneurs Chanzy, Grévy et Tirinan dut plus tard intervenir pour empêcher cette famille si méritante de mourir de faim.
1. Voir : La Responsabilité collective et le séquestre en Algérie; Revue algérienne et tunisienne de législation et de jurisprudence, 1889 et 1890. — Tirage à part. Jourdan, 1890.