ÉPILOGUE
soustraire aux influences hostiles à la France, mais aussi et surtout parce que nous pouvions craindre la continuation des luttes de soffs entre ces populations si profondément surexcitées les unes contre les autres. C’était la rivalité séculaire de ces soffs qui avait livré le pays àBouchoucha et amené le massacre des soldats et des agents de la France à Tougourt. Pour prévenir le retour de pareilles éventualités, il fallait autre chose que l'équilibre instable et dangereux des anciennes influences féodales.
On ne pouvait d’ailleurs songer à remettre sous l'autorité d’Ali-Bey ce pays, qu'il n’avait pas su garder dans un moment de crise. Avec son caractère vindicatif et les légitimes griefs qu'il avait contre ses anciens administrés, ce chef n’était plus possible ni à Tougourt, ni à Ouargla, ni dans le Souf. On ne pouvait non plus confier ce pays aux Bengana, dont les intrigues avaient commencé la désorganisation, provoqué les fautes d’Ali-Bey, et amené les succès de Bouchoucha.
Le général Delacroix prit sur place un moyen terme, excellent en principe, et qui, dans les débuts au moins, donna de bons résultats. Le 2 février, il mit Ali-Bey à la tète du grand caïdat de Batna, et nomma agha d'Ouargla un lieutenant de spahis, citoyen français, ({ui, enfant, avait été l’obligé des Bengana. Ce nouvel agha, Mohammedhen-el-hadj-Bendris, était un homme remarquablement bien doué, et qui, n'appartenant à aucune famille en vue, semblait ne devoir s’appuyer que sur nous.
A Tougourt, dont l'érection en chef-lieu d’annexe fut arretée en principe et confirmée le 22 mai 1872"), on installa des officiers français ayant l'administration directe de la ville et des villages de la banlieue. Enfin, le Souf, après avoir été parcouru par une colonne légère sous les ordres du général de Gallifet, fid confié à un lieutenant de spahis, Larbi-Mamelouk, renégat italien, depuis longtemps connu et apprécié dans le pays, où il avait une réputation bien établie de bravoure et de finesse.
Le nord de l'Oued-Rir fut érigé, le 4 mai 1872, en un caïdat confié à Si-Hamou-ben-Harzalah, des Üuled-Zekri : ce fut tout ce qui resta aux mains du soif Bouokkaz, encore ce chef était-il un des moins en vue du parti. Placé entre le bureau arabe de Tougourt, Larbi-Mamelouk et le commandant supérieur de Biskra, il suffisait cependant à neutraliser les intrigues possibles des Bengana et des Gheraba. Cette organisation ramena le calme, et, en habituant le pays à notre action directe, elle contribua dans une large mesure à préparer la mise en valeur et la colonisation intensive de l’Oued-Rir.
L'Insurrection de 1871.