ÉPILOGUE
qui en référa au ministre des affaires étrangères, lequel à son tour demanda l’avis du gouverneur général de l’Algérie.
Plusieurs personnes, entre autres le général Delacroix, virent dans cette solution un excellent moyen de nous débarrasser de suite et à tout jamais des Moqrani.Mais ce ne fut pas l’avis du général Chanzy, qui, tout en reconnaissant que la présence des O. Moqrane en Tunisie pouvait nous créer des ennuis, ajoutait, avec un grand sens politique, « qu’il était facile d'agir sur le bey pour qu’il ne les favorisât pas et pour que les difficultés qu‘ils trouveront à vivre groupés leur créent des situations précaires, amoindrissent leur crédit et amènent leur désagrégation ». L'éventualité d’ennuis sur la frontière semblait au général Chanzy préférable encore à l’effet que produirait en Algérie le patronage officiel du Sultan sur des sujets rebelles de la France.
« Ce patronage, dans les circonstances actuelles, ajoutait le gouverneur ', serait aux yeux des populations musulmanes une sorte d’encouragement à la révolte, un acte de suzeraineté politique s’ajoutant à la suprématie religieuse que la Porte exerce déjà en Tunisie. Notre adhésion leur semblerait une concession faite au Sultan au sujet de coreligionnaires qu’il couvrirait de sa protection, quelle que soit leur origine, aussi bien qu'un abandon de notre droit de poursuivre des sujets révoltés coupables de crimes que l’on peut attribuer au fanatisme religieux. »
Le général concluait en demandant qu’il ne fût donné aucune suite officielle à ce projet d'installation collective en Syrie, tout en tolérant, le cas échéant, des installations individuelles. Il fut écrit dans ce sens à Constantinople, et en même temps le bey de Tunis fut mis en demeure d’assurer la dissémination et l’éloignement de la frontière de tous les réfugiés algériens, anciens ou nouveaux1 2. Le bey s’exécuta : les Moqrani, O. El-lladj et 0. Gandouz, à quelques exceptions près, furent cantonnés dans lallakhela, près Teboursouk; les U. Abdesselem aux environs de Mateur.
Saïd-ben-Boudaoud, le seul des Ouled-Moqrane qui avait su, dans cette débâcle, conserver quelque fortune personnelle, avait acheté une propriété près Teboursouk, l’enchir Belamine, il y resta installé.
1. La minute de cette lettre, datée de lluzancy, le 2ü août 1813, est au crayon et entièrement de la main du général Chanzy.
2. Ils étaient en tout, O. Moqrane compris, 200 tentes, soit un millier d'individus.
ÉriLOGUE
Vers cette époque, dans les derniers jours de juillet, Bouchoucha, qui s'était rapproché d’El-Goléa, et qui avait déjà exécuté un rezou sur les troupeaux des Ouled-Yacoub, entre Laghouat et Géryville, parcourut l'extrême sud algérien avec 70 aventuriers, Touareg ou Chamba dissidents, et se mit à détrousser les voyageurs et à piller les troupeaux.
Mal lui en prit, car l’agha de Ouargla ne le perdait pas de vue, et Saïd-Bendris, khalifat de l’agha, en cherchant à l’atteindre, captura, à Ilaci-en-Naga, la nouvelle zmala de Bouchoucha, à qui il tua ou blessa seize individus. Parmi le butin de Saïd-Bendris se trouvait la femme de l’aventurier, la noble Fatma-bent-Djelloul-bent- Sidi- Chikh.
De nouveau ruiné, et abandonné de la plupart de ses compagnons, Bouchoucha alla vivre au sud-est d'Insalah, à l'entrée du plateau du Mouydir, dans le Mader-Degante. Là, a-t-il prétendu, il apprit que sa femme avait subi les derniers outrages entre tfaci-en-Naga et Constantine, et ce fut ce qui le décida à rentrer en campagne contre les tribus de Ouargla au milieu desquelles était la zmala de Bendris.
La vérité était que sa femme, qui, dans son orgueil de patricienne, supportait mal sa mésalliance forcée, s’était exprimée fort librement sur son compte 1 et avait demandé à être rendue à sa famille. Ali-Bey avait été autorisé à l’échanger contre une de ses parentes faite prisonnière à Tougourt et cette combinaison était en voie d’exécution : déjà meme Fatma, avec une petite escorte, était arrivée à Temacine, suivant à un jour de marche le général Liébert2 en tournée administrative dans l’Oued-Bir, quand tout à coup, dans la nuit du 12 au 13 février 1874, Bouchoucha, accompagné de 130 mehara, arriva à Matmat, à 50 kilomètres à l’est d’El-Hadjira.
Gette nuit-là, il faisait dans le Sahara un temps exceptionnel : il pleuvait, et, en pareille occurrence, la surveillance des bergers se relâche toujours. D’ailleurs, le général Liébert était campé à Dra-el- Beguil avec une escorte de 33 chasseurs d’Afrique et de 100 goumiers des Gheraba conduits par Boulakhras-Bengana : nul ne pensait à Bouchoucha.
Celui-ci, profitant de la quiétude générale, enlève dans la même journée 250 chameaux au pâturage à Haci-Sidi-Messaoud, à Haci-Si- Mammar et à El-Mouila : il tue deux femmes et trois hommes et fait