‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 201 sur 202 · Le 22 mai · texte numérisé non relu

Le 22 mai

2. 11 répéta à maintes reprises ces trois mots : rien du (oui, qu'il disait en français au milieu de sa phraséologie arabe.

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mis prêt. Mais, pour l'amour de Dieu! délivrez-moi de vos questions auxquelles je n’ai plus rien à répondre; délivrez-moi de vos lenteurs inutiles et accordez-moi la grâce de me, faire fusiller le plus tôt possible! »

On ne lui lit pas cette grâce ; son procès dura quinze jours, et, quand il eut été condamné à mort, on le garda trois mois en prison; après quoi il fut passé par les armes, le 29 juin 1875, à cinq heures du matin, au camp des Oliviers, près Constantine. Il marcha à la mort sans forfanterie ni faiblesse.

L’exécution de Bouchoucha est le dernier acte se rattachant directement à l’insurrection l. A partir de cette date on n’a plus à se préoccuper des faits et gestes des anciens insurgés qui ont échappé à notre répression.

Naceur-ben-Chohra, qui, jusqu'à cette époque, avait continué à vivre de déprédations et de razzias au détriment des Sahariens voisins du Djerid et du Nefzaoua, fut, dans le courant de 1875, forcé de se livrer au beyde Tunis, et embarqué le 2 juin suivant à la Goulette, avec Keblouti ; il fut conduit à Beyrouth. Là, il s'installa près de l’émir Abd-cl-Kader, ou plutôt près de Mahieddine. Il y était encore en 1883 ; depuis il est mort, ainsique Keblouti.

En 1879, à la Nouvelle-Calédonie, lors de l’insurrection canaque, Boumezrag, Ahmed-Bey, Ali-Oukaci et quelques autres déportés algériens, prêtèrent au gouverneur de la colonie le concours précieux de leur intelligence, de leur courage et de leur bonne volonté. En récompense ils furent graciés, mais il leur fut interdit de rentrer en Algérie.

En 1881, au mois de mai, Aziz-ben-Chikh-el-Haddad s’évada de Nouméa et partit le 16 juin suivant de Sidney pour Suez. Il a depuis vécu à la Mecque et à Djedda, en contact avec tous les chefs de l’Islam, n’ayant besoin, pour être honoré et pour vivre largement dans ce mi-

1. Cependant, après la capture de Bouchoucha, « quelques Chamba insoumis, ses compagnons de la première heure et ses derniers fidèles, formèrent une bande de pillards qui, sous le nom de Medaganat , se sont rendus célèbres par des exploits légendaires. Pendant dix ans, 1874-1883, ils ont coupé tout le grand Sahara de l’Oued-Draa jusqu'au Fezzan, razzant, tuant indistinctement amis et ennemis, et ils se sont fait massacrer dans une expédition contre l’Iguidi. Leur sanglante épopée, dont quelques-unes de nos tribus de l’extrême sud furent plusieurs fois victimes, forme un curieux chapitre de l’histoire saharienne... » et est en quelque sorte « l’épilogue de l’aventure de Bouchoucha ».

(Préface et synthèse de l'histoire des Medaganat , par M. le capitaine Le Chatelier [ancien chef de l'annexe de Ouargla]; Revue africaine de 1886 et 1887, et brochure in-8» avec carte. — Alger, 1888, Jourdan, libraire-éditeur).

lieu, que de manifester des sentiments hostiles à la France. Il ne l’a point fait, et il est juste de lui en savoir gré.

11 s’est, au contraire, mis en relation avec notre consul à Djedda et il n’a pas cessé un seul instant de mettre en œuvre toutes les ressources de son esprit délié pour capter la confiance de nos agents diplomatiques. Parlant notre langue avec élégance et facilité, d’un extérieur séduisant et distingué, mûri par l’âge et formé à la dure école du malheur, il a réussi à se faire bien venir du département des affaires étrangères.

Mais il n’a pu obtenir sa grâce complète ni son retour en Algérie : car, malgré ses efforts pour nous persuader de la pureté de ses intentions, « on voit toujours percer en lui les préoccupations ambitieuses du chef de khouan, et c’est moins sa grâce qu’il sollicite que son concours qu’il nous offre 1 ».

Accepter ce concours aujourd’hui en Algérie serait impolitique et peut-être dangereux. Aussi les colons européens, et même les indigènes, sont-ils reconnaissants à M.Tirman d’avoir empêché jusqu’ici le retour de cet homme néfaste, celui de nos adversaires qui nous a fait le pl us de mal en 1871, et le seul qui, alors, n’avait pas à invoquer de circonstances atténuantes à sa rébellion.

Quant aux Ouled-Moqrane réfugiés en Tunisie, ils se sont mis, en 1881, à la disposition du général Forgemol dès son entrée dans la Régence ; ils lui ont fourni des guides, des courriers et un petit goum. Plus tard, quand le protectorat fut un* fait accompli, ils servirent la France dans les compagnies mixtes; plusieurs d’entre eux sont maintenant officiers ou soldats dans l’armée du bey.

Les autres ont obtenu de rentrer en Algérie ; installés du côté de Constantine, sur des terrains domaniaux qui leur ont été loués de gré à gré, ils ne font plus parler d’eux. Quelques-uns des « parents pauvres » qui avaient été exemptés deséquestre en 18712, ontoccupé ou occupent encore des emplois effacés dans les communes mixtes. Ce sont des agents comme les autres.

Boumezrag est sans crédit; il n’est plus le chef des Moqrani, qui, d’ailleurs fidèles aux vieux sofïs de famille, sont très divisés et s'accusent réciproquement de leurs malheurs. En 1882, devenu libre et

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