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bilités et affaiblissait le gouvernement central dans un moment de crise.
Le troisième était absurde; il faisait peser sur les colons une charge écrasante, et il aggravait singulièrement pour les musulmans les côtés fâcheux de la naturalisation des israélites.
Les trois décrets furent vivement critiqués par les Européens et par les indigènes; ces derniers relevèrent surtout ce fait que c'était un juif qui gouvernait la France et l’Algérie, que le régime civil était imposé par un juif, et qu’enfin on rendait les musulmans justiciables de jurés juifs, ce qui était une injure et une mauvaise action.
La personnalité de M. Dubouzet, qui, le 17 novembre, vint affirmer le gouvernement civil, n’était pas faite pour en donner une haute idée aux indigènes. 11 n’avait ni le prestige ni les capacités nécessaires pour une pareille situation, et il n’était connu d’eux que comme un journaliste hostile aux officiers chargés de leur administration b
Pendant que l’opinion publique indigène était ainsi surexcitée par ces malencontreux décrets, le bruit courut dans le Sahara oriental, puis dans toutes les tribus de l'est et du centre, que les Turcs étaient débarqués à Tripoli avec une armée devant marcher sur l’Algérie. On ajoutait que l’avant-garde, déjà en marche, était composée de contingents sous les ordres de Naceur-ben-Chohra, Chikh-Selmane, ancien sultan de Tougourt, et Mohammed-ben-Alleg. Les Larba de Laghouat devaient aller rejoindre leur ancien agha, à qui les Prussiens avaient, par l’intermédiaire d'un juif, donné des sommes considérables pour marcher contre nous.
Vers cette époque aussi (deuxième quinzaine de novembre) commença à circuler copie d’une lettre que le journal officiel prussien disait avoir été adressée au roi Guillaume par des musulmans algériens. Dans cette lettre on attribuait les succès du roi de Prusse « à ce qu'il s'inspirait d’Allah seul, tandis que les Français avaient oublié Allah, s’ils l’avaient jamais connu, leur conduite en Algérie étant depuis quarante ans une pratique constante d’athéisme ». Ce factum, qui se. terminait par de lourdes calomnies sur nos procédés de domination en Afrique, fut reproduit en français dans un journal d’Alger, et cette publication donna lieu à une protestation indignée de tous les musul-
1. M. Dubouzet, ancien professeur de philosophie au lycée d’Alger, était un homme distingué et des plus honorables, mais il n’avait rien de ce qui est nécessaire à un homme de gouvernement dans les circonstances difficiles où l’on se trouvait.
LES REVOLTES LOCALES
mans de la ville ayant une situation ou une notoriété comme muftis, imans, jurisconsultes ou lettrés
<( ... A la lecture de ces lignes odieuses, disait l’adresse, nous avons senti notre front se plisser de colère et notre cœur se soulever d’indignation, nous allions dire de dégoût.
« Nous repoussons de toutes nos forces cet infâme écrit, dont le but apparent est de nous dénigrer aux yeux de la France et de nous faire perdre son estime. Ne savent-ils donc pas, les auteurs de cette lettre tracée avec l’encre de la calomnie, que les calamités vomies sur notre patrie d’adoption par un ennemi implacable et barbare, que les ruines amoncelées sous lesquelles se débat héroïquement le peuple français, que les désastres qui ont si injustement suivi ses premiers pas dans le chemin de la guerre, ont rempli nos cœurs d’une immense douleur?...
« Nous qui connaissons la France, qui vivons de sa vie, qui savons tout ce tpi’il y a chez elle de ressources et d’éléments de prospérité, nous qui avons éprouvé sa grandeur d’àme, nous chercherions aujourd'hui, à la faveur d’événements malheureux, à la déshonorer et à désavouer tout le bien qu'elle a fait parmi nous? une pareille lâcheté ne peut entrer dans notre esprit, encore moins dans notre cœur. One nos détracteurs en soient bien persuadés, nous sommes pour toujours liés avec la France, nous formons avec elle une substance une et identique que rien ne saurait diviser ni séparer... Nous le disons, sans crainte d’être démentis, c'est une infâme calomnie que de nous faire manifester un espoir coupable à la nouvelle des désastres de notre chère tutrice, de nous faire éprouver une satisfaction quelconque au bruit de ses défaites, de nous faire souhaiter pour elle des malheurs encore plus grands. Non, mille fois non, c’est là une turpitude de sentiments que nous ne pouvons concevoir, et la preuve c’est l’empressement de nos jeunes hommes à s'enrôler dans l’armée régulière, à former des compagnies d’éclaireurs... ce sont les souscriptions, les ensemencements pour les blessés... les vœux... les bons conseils... etc- Les honteuses et outrageantes insinuations contre lesquelles nous protestons énergiquement ne peuvent émaner d’un véritable musulman de l'Algérie, alors que, tous, nous luisons des vœux pour la France et la servons fidèlement... Nous le disons avec orgueil, voilà des faits qui démontrent, avec bien plus d’évidence que tous les raisonnements, que la lettre adressée au roi Guillaume est entièrement apocryphe, qu'elle n’a germé et pris naissance que dans une imagination perverse, qu’elle
1. A/chbar du 18 décembre 1871). et Courrier d’Oran du 21 décembre.
AVANT LA CMS K
n‘a été écrite que par la plume de gens qui suent le mensonge par tous les pores. »
Cette adresse, qui était très longue, fut publiée in extenso en arabe et en français dans le Mobachcr r, avec les noms estimés et connus des signataires. Elle était l’impression sincère non seulement des citadins éclairés qui l'avaient rédigée, mais bien de tous nos chefs indigènes et de tous ceux en relation directe avec nos fonctionnaires ou avec nos colons ruraux, dont la plupart continuaient à vivre eu très bons termes avec les populations musulmanes.
La lecture de cette adresse provoqua auprès des commandants supérieurs et des chefs de bureaux arabes de nouvelles et nombreuses protestations de dévouement et de fidélité à la France.